‹ La Sainte Bible (volume 2)Chapitre 235 sur 832 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

1. In anno secundo regni Nabuchodonosor, vidit Nabuchodonosor somnium, et couterritus est spiritus ejus; et somni-im ejus fugit ab eo.

1. La seconde année de son règne, Nabuchodonosor eut un songe, dont son esprit fut efcayé ; puis ce songe lui échappa.

(et. vers. 5). — Jntroduxit... Le pronom eos désigne tous les aiiolescents qui avaient fait leur éducation avec Daniel et ses trois amis. Comp. les vers. 4 et 19. — Cumque... locMfws... (vers. 19). Nabuchodonosor se chargea donc lui -même de les Interroger. — Non sunt iuvenii... Conséquence de la sagesse merveilleuse que Dieu avait mise en eux. — Steterunt in conspectu... Hébruïsme (voyez les vers. 4'» et S"»), pour dire qu'ils furent admis à la cour, ".n qualité de serviteurs personnels du roi ; sUuatlon regardée comme très honorable. — Omne verbum... (vers. 20). Le narrateur Insiste sur les succès de ses héros. Une fois au service du monarque, Us continuèrent de manifester en toute occasion leur supériorité. — Decuplum super... Chiffre rond, pour dire : Incompar.-iblement plus. Les quatre jeunes gens, après avoir brillé plus que tous leurs condisciples, surpassèrent ensuite les hommes regardés comme les plus savants et les plus habiles du royaume. — Aridios et magos. llébr. : les hatlummim et les 'aiiâ/lrn. Le premier de ces deux mots, qu'on ne rencontre pas en dehors du livre de Daniel et du Pentateuque, semble dériver de la rnclne ^éret, poinçon, et désigner les hommes habiles à manier le poinçon dont on se servait pour écrire, par conséquent les savants, et probablement les Upo. pa(x(jLaT£Î;, ou scribes sacrés, dont parle Hérodote. Comp. Gen. xli, 8, 24 ; Ex. vii, 11. etc., où les prêtres égyptiens sont aussi nommés hartummim. Le substantif 'aiSâfim vient de la racine 'âSa/, souffler, murmurer. Daniel est seul à l'employer dans la Bible. Il fait sans doute allusion à la manière mystérieuse dont les devins prononçaient leurs formules de conjuration. Kn ^issyrien, les enchanteurs portaient le nom presque

identique d"asîpii. — Des premières années du règne de Nabuchodonosor, le narrateur nous transporte tout à coup au règne de Cyrus (vers. 21), pour nous montrer Daniel résidant encore au palais, y Jouissant toujours d'une haute considération et continuant d'y remplir son rôle. Tel est le sens de la locution assez extraordinaire /uif... Daniel... — Ad annum primum... C'est-à-dire, jusqu'à la première année de sa domination sur Babylone et toute la Chaldée. Cf. Esdr. v, 13 ; VI, 3, etc. Date très Importante pour les Juifs, puisque ce fut celle qui mit fin à la captivité de Babylone. Cf. ix, 25; II Par. xxxvt, 22. Toutefois l'écrivain sacré ne dit pas que Daniel mourut la première année du règne de Cyrus, mais seulement qu'il vivait encore à cette époque. Cf. X, 1. — Cyri. En hébreu, Korei; reproduction assez exacte du persan KuruS.

§ II. — Le songe de Nabuchodonosor reloH/ à la statue gigantesque. II, 1-49.

Événement remarquable, d'abord en ce qui concerne Daniel et ses amis, qu'il va contribuer à élever très haut ; mais surtout à cause des révélations qu'il fournit sur l'avenir des quatre grands empires païens et du royaume messianique.

1» Nabuchodonosor rassemble dans son palais les sages do Babylone, pour se faire expliquer un songe mystérieux qu'il avait eu. 11, 1-3.

Chap. II. — 1. Le songe, effrayant, mais aussitôt oublié par le roi. — Tti anno secundo^ Plus haut (voyez la note de i, l'), l'historien sacré a donné par anticipation h Nabuchodonosor le titre de roi ; maintenant 11 compte d'après l'avènement proprement dit du prince, à U mort

Dan, II, 2-4.

3. Le roi ordonna donc de rassembler les devins, les mages, les enclianteurs et les Chaldéens, pour qu'ils lui fissent connaître ses songes. Ils vinrent et se présentèrent devant le roi.

3. Et le roi leur dit : J'ai eu un songe ; mais mon esprit est confus, et j'ignore ce que j'ai vu.

4. Les Clialdéens répondirent au roi en langue syriai^ue : 0 roi, vis éternellement; dis le songe à tes serviteurs, et nous en donnerons l'interprétation.

de son père Nabopolassar : voilà comment 11 ee fait que, trois ans au moins après les événements que raconte le chap. i" (comp. les vers. &*• et 18»), le nouveau roi de Babylone n'est encore qu'à la seconde année de son règne. Il n'y a pas de contradiction entre ces deux données chronologiques. Cf. Jer. XXV, 1, et le commentaire. — Vidit... somnium... Hébr, : Nabuchodonosor songea des songes. Il n'y eut qu'un songe en réalité ; mais, comme le montrera la suite du récit, 11 se composait de plusieurs parties distinctes : de là l'emploi du pluriel. Cf. vers. 31-35. — Contei-rltua est... : à cause du caractère effrayant du songe. L'hébreu dit simplement : Son esprit se troubla. — Somnium ejus... Cette expression est amphibologique en latin ; mais le texte primitif ne laisse aucun doute sur la pensée : C'en fut fait de son sommeil pour lui. Cf. vr, 18; Esth. vi, 1. L'anxiété que le songe avait excitée dans l'âme du roi et les efforts faits par le prince pour se rappeler les détails l'empêchèrent de pouvoir se rendormir. Sur l'Importance extraordinaire que les Assyriens et les Chaldéens attachaient aux songes, voyez F. Vigoureux, la Bible et les découvertes modernes, t. IV, p. 286 et S8. de la 6« édlt.; Maspero, Lectures hUtoriques, Paris, 1892, p. 333 et ss.

2-3. Les mages sont convoqués pour reconstituer le songe et en donner l'interprétation. — ArioU et magi. Hébr. : les hartummlm et les 'aSsâfîm. Sur ces deux expressions, voyez i, 20, et la not\ — Malefid. Hébr. : m'kôSfîm ; de là racine kâéaf, murmurer des paroles magiques. Cf. Ex. vu, 11 ; Deut. xvin, 18. Isaïe, xlvii, 9, 12, mentionne également ces sorciers comme formant à B»bylonc une caste nombreuse. — Le mot Chaldœi (hébr., Kaidîm) a ici le même sens spécial qu'au chap. !<;», vers. 4>>. ciomp. Hérodote, i, 181, et Dlodore de Sicile, n, 24. Toutes les classes •avantes sont appelées au palais à cause de la gravité de l'affaire : ut indicarent... Ces mages de divers genres étaient «les docteurs de l'époque. Ils avalent donné une forme scientifique k l'interprétation de tous les présages, rédigé par écrit leurs (.bservations, réuni comme en une sorte d'encyclopédie toutes les règles concernant l'astrologie, !a nécromancie, les augures, les aruspices, l'explication des phénomènes atmosphériques, les rencontres fortuites, les naissances œonstnieuses, eu un mot, de tout ce qui peut servir d'aliment ù la superatition. Ils étaient devenus lo oorps le plus puissant du royaume, et Ils s'ac-

COWMENT. VI.

2. Prsecepit autem rex ut convocarentur arioli, et magi, et maleiici, et Chal- I dœi, ut indicarent régi somnia sua. Qui j cum venissent, steterunt coram rege.

I 3. Et dixit ad eos rex : Vidi somnium, j et mente confusus ignoro quid viderim,

j 4. Responderuntque Chaldsei régi sj'-

I riace : Rex, in serapiternum vive! die

j somnium servis tuis, et interpretationem

I ejus indicabimus.

quirent une telle réputation, que, longtemps après encore, Chaldéen fut synonyme de magicien et de devin». P. Vigoureux, Bible et découvertes, t. IV, p. 290-291 de la 6« édlt. — DixU... rex (vers. 3). Quelques commentateurs, s'appuyant à tort sur le vers. 9, ont supposé que Nabuchodonosor feignit d'avoir oublié les circonstances du songe, afin de mettre à l'éprouve l'habileté des mages; mais l'ensemble du récit montre qu'il s'agit d'un oubli réel. Le roi ne se rappelle que vaguement et confusément son rêve mystérieux ; les détails et môme les grandes lignes lui avalent échappé. Cependant 11 était capable do se souvenir des moindres traits lorsqu'on les lui aurait décrits. Phénomène psychologique qui n'a rien de trop extraordinaire. — Mente confusus... quid... A la lettre dans l'hébreu : Mon esprit est troublé de savoir le songe. C.-à-d., est troublé et désire savoir...

2° Nabuchodonosor réitère son ordre et exige des mages, sons peine de mort, l'Indication et l'Interprétation du songe. II, 4-13.

4. Première réponse des devins. — Dans ce verset et les suivants, le substantif Chaldœi représente toutes les catégories de mages qui ont été citées plus haut (vers. 2). Peut-être les « Chaldéens » formaient- ils la classe principale du corps savant. — Syriace. Hébr.: 'arâmît ; LXX et Théodotlon : aupitrù. D'après de nombreux exégètes contemporains, cet adverbe ne doit pas être rattaché aux mots qui précèdent, parce qu'alors il exprimerait une fausseté, les mages ayant dû répondre au roi, non dans un Idiome étranger, mais dans la langue de la cour et du pays, l'assyro - babylonien. Voyez la note de I, 4*>. Il formerait donc un titre Isolé : En araméen. C.-à-d. : Ce qui suit est écrit en araméen. En effet, à partir des mots suivants, rex in s'empitemum... , Jusqu'à la fin du chap. vu, ce n'est plus l'hébreu qui est employé, mais la langue araraéenne. Voyez l'Introd., p. 215. Ce changement d'Idiome est et demeurera toujours un problème. On en a donné des explications plus ou moins subtiles; celle-ci, par exemple : « Dieu est sur le point de révéler des faits qui se rattachent au monde païen, et c'est pour cela qu'un langage païen est employé comme véhicule de la révélation. » Il est plus simple de supposer que l'écrivain sacré a essayé d'imiter, en su servant d'une langue différente de l'hébreu, ridlome étranger dans lequel parlèrent les mages

Dan. II, 6-8.

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