‹ La Sainte Bible (volume 3)Chapitre 3 sur 847 · LES LIVRES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

LES LIVRES HISTORIQUES

to Leur nombre. — On en compte seize en dehors du Pentateuque : 1° Josué, 2° les Juges, 3*^ Ruth, 4° le premier livre des Rois, 5° le second livre des Rois, 6° le troisième livre des Rois, 7° le quatrième livre des Rois, 8" et 9° les deux livres des Paralipomènes, 10° L'sdras, 11» Néhémie, 12° Tobie, 13° Judith, 14° Esther, 15° et 16° les deux livres des Machabées. Ces derniers sont séparés des autres, dans le canon latin, par tous les écrits poétiques et prophétiques; on leur a laissé leur rang chronologique, et ils servent ainsi de conclusion à l'Ancien Testament.

2° Leur nom et leur contenu. — Ces livres sont appelés à bon droit « historiques »; car, si le Pentateuque raconte l'établissement d'abord lointain, puis immédiat, de la théocratie ou du royaume de Dieu sur la terre, ils en exposent les développements successifs à travers les mille péripéties de la vie du peuple hébreu : c'est de l'histoire proprement dite qu'ils contienaent d'une mjanière à peu près exclusive.

Nous avons vu* que, dans la Bible hébraïque, six de ces livres (Josué, les Juges, I-IV des Rois) sont groupés sous un titre spécial : N'bi'im ri'ëônim, « Prophètes antérieurs^ » ; que six autres d'entre eux (Ruth, Estlier, Esdras, Néhémie, I et II des Paralipomènes) appartiennent à la catégorie dite des K'tûhim, ou-des Hagiographes ; tandis que les quatre autres (ïobie, Judith, I et II des Machabées) font totalement défaut, et qu'ils sont appelés, pour ce motif, deutérocanoniques.

« Prophètes antérieurs » : beau nom, qui leur convient parfaitement à tous. En effet, les Juifs ne l'ont pas seulement donné à plusieurs de ces écrits parce que, d'après la tradition, ils auraient eu des prophètes pour auteurs, ni parce qu'ils décrivent çà et là, avec d'amples détails, le ministère de quelques grands prophètes ^; mais surtout « parce qu'ils relatent l'histoire du peuple de l'Alliance et du royaume de Dieu sous l'Ancien Testament, à Ja lumière du plan divin relatif au salut des hommes ; parce qu'ils décrivent l'accomplissement des révélations divines à travers la marche historique d'Israël ; parce qu'ils montrent comment le Dieu tout-puissant, roi d'Israël, a été constamment fidèle à l'alliance toute gracieuse conclue d'abord avec les patriarches, puis au Sinaï; comment il a rapproché de plus en plus son peuple, malgré des résistances coupables, du but pour lequel il l'avait choisi ; comment enfin il a préparé par là le salut du monde entier. » Ce qui revient à dire plus simplement : livres prophétiques en

' Tome I, pp. 13-14. 1 ^ Samuel, Nathan, Gad, Élie, Elisée, etc., dans

'•^ Par opposition aux H'h'i'lin 'aharônim , \ les livres des Roia. 4 prophètes postérieurs, » ou proprement dits, i

g LES LIVRES HISTORIQUES

même temps qu'historiques, parce qu'ils ont en vue, tantôt d'une manière directe et immédiate', tantôt d'une façon typique et figurée, le Messie, ledompteur d'Israël et de tout le genre humain '. C'est donc partout l'histoire du christianisme naissant.

Voilà précisément pourquoi ces livres ne constituent pas une série d'annales complètes, régulières, de l'histoire juive. Après avoir fourni de longs renseignements sur tel personnage, sur telle période^, ils glissent rapidement sur tout un ensemble de faits, et il se trouve, en vertu de l'inspiration divine, que les points sur lesquels les écrivains insistent sont ceux qui avaient le plus d'importance pour le royaume messianique.

Sous le rapport du sujet traité, les livres historiques de l'Ancien Testament peuvent se diviser en deux groupe-, selon qu'ils exposent: !<> les progrès successifs, puis la décadence rapide de la théocratie juive en Palestine, jusqu'à la ruine de Jérusalem par Nabuchodonosor ; 2° la manière dont Dieu daigna renouer le fil à demi brisé de l'Alliance, et reconstituer la théocratie primitive sur des bases d'abord très modestes, mais gagnant chaque jour en solidité et même en gloire. Au premier groupe appartiennent les « prophètes antérieurs » et les Paralipoménes; au second, les huit autres livres.

En lisant Josué, nous assistons à la conquête de la Terre promise et à l'installation en quelque sorte matérielle du royaume de Dieu; au temps des Juges, les douze tribus, à travers de graves difficultés, affermissent peu à peu en elles la vie théocratique ; au livre de Ruth, la race royale est préparée; les livres des Rois et des Paralipoménes nous montrent le règne théocratique atteignant son apogée de gloire et de puissance sous David et Salomon, mais allant ensuite, de chute en chute, à la ruine, malgré quelques périodes de relèvement extérieur et moral; l'idée dominante des écrits qui portent les noms d'Esdras, de Néhémie, de Tobie, de Judith et d'Esther, c'est que Dieu n'a pas abandonné totalement son peuple et qu'il lui réserve un brillant avenir; et cet avenir commence à se produire au temps des Machabées, soit en d'éclatants faits d'armes, soit dans la régénération morale d'Israël, en attendant des jours plus beaux encore, ceux du Messie.

La période chronologique qu'embrassent ces divers écrits va de la conquête de la Terre sainte au gouvernement de Simon Machabée, c'est-à-dire des premières années du xiii° siècle'' à l'an 13o avant Jésus-Christ.

3*^ La forme de tous ces livres est naturellement très variée, selon les époques et les auteurs : d'ordinaire très simple, « tantôt brève et laconique, tantôt abondante et diffuse ; les répétitions y sont assez fréquentes ; les transitions font défaut, et la raison même des événements n'est pas indiquée^. »

Saint Augustin faisait déjà remarquer que la méthode des historiens sacrés est à peu près toujours'' impersonnelle. « Ils racontent... purement et simplement les faits, sans... les juger. Ils constatent que le peuple de Dieu est heureux quand il est fidèle à la loi, malheureux quand il la transgresse; c'est

' Cest dans ces livres que nous trouverons, pour ne citer que deux faits, d'une part David, à la race duquel le Messie sera clairement rattaché (II Reg. Tii, 12 et ss. ); d'autre part, trois des aïeules du Christ : Rahab, Ruth et Bethsabée (cf. Jos. n, 1 et ss.; Ruth, rv, 21-22; II Reg. xri, 24 i.

2 Tome I, PI'-. 8-9.

3 Le livre di' Ruth, par exemple, ne se compose que d'un seui épisode.

' D'après la chronologie la plus communément reçue de nos jours. Voyez dans Wetzer et Welte, Klrchenlexicoii, Tarticle « Chronologie », t. III, p. 324 et s. de la 2« édit. D'autres, il est vrai, font remonter la mort de Moïse jusqu'à la fln du xix« siècle avant Jésus-Christ.

5 Man. Ubl., t. II, n. 412.

^ Il n'y a guère d'exception que |x)ur le second livre des Machabées.

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