David et Jonathas firent aussi al
Bérlenses difficultés d'interprétation. Au chap. XVI, nons avons vu David Introduit à la cour, gagnant l'affection du roi et devenant son écuyer ; Ici, il arrive d'une manière accidentelle sur le théâtre de la guerre et il ne sait pas se servir d*une armure ; ni Saiil ni Abner ne semblent le connaître. N'y a-t-il pas une vraie contradiction entre les deux récits ? Non , car l'écrivain sacré nous a lui-même indiqua, xvn, 14-16, le principal mode de conciliation. Le premier séjour de David à la cour n'avait pas été de longue durée, et il était rentré à Bethléem quelque temps avant qu'éclatât la gnerre avec les Philistins ; 11 est donc fort possible que Saiil l'eût vu assez rarement. En outre, comme le remarquait déjà Théodoret, Interr. XLm in I Reg., la question de Saiil à Abner et à David (xvn, 55, 68) ne porte pas sur la personne même du jeune homme, mais sur sa famille et son origine (de qua stirpe..., progénie); détail que le roi avait oublié, car il l'avait connu précédemment (cf. xvi, 18, 22). Enfin 0 est vraisemblable, conformément à l'usage oriental et biblique, que le trait « factus est ejus armiger », xvi, 21, a été cité plus haut par anticipation; du moins, U est évident que Saiil avait de nombreux écuyers, et que ce titre pouvait bien n'avoir été jusque-là que simplement honorifique pour David. Dans les LXX.ce petit problème exégétique n'existe pas, attendu que leur rerslon supprime les vingt-neut versets (lui l'ooca-
glonnent (xvn, 12-31, 55-58 ; xvm, 1-5) : omission sur laquelle on s'est parfois appuyé pour rejeter ces versets comme apocryphes ; mais alors, comment expliquer leur introduction dans le texte et dans toutes les autres versions ? Ds ont été retranchés de la traduction grecque, précisément pour enlever du même coup la difficulté. Les remaniements de ce genre ne sont pas rares chei les LXX ; au surplus, les passages supprimés se lisent dans quelques manuscrits de la version d'Alexandrie , « et on les lisait dans les exemplaires dont se servait l'Église grecque, puisque les commentateurs grecs les ont cités et ont essayé de les expliquer. » ( Man. hibl., t. II , p. 73, note). — Tulit... et introduxit... ( vers. 57) Beau tableau, que les peintres ont souvent re produit. t
} m. — Saiil devient jalpux de David et M tend de secrètes embûcMs. XVllI, 1-30.
10 L'amitié de Jonathas pour David. XVItl, 1-4.
Chap. XVIII. — 1-4. David et Jonathas. — Conglutinata est. Hébr. : niqs'rah , fut liée ; expression très forte, qui a déjà servi à marquer la tendresse de Jacob jiour Benjamin, Gen. xliv, 30. — Dilexit... quasi animam... ; comme lui-même, comme sa propre vle.Cf.xx, 17 ; Deut. xni, 6, etc. C'est le premier exemple de l'amitié dans la Bible, et II égale ce que les classiques nous ont tranamla de dus exQuls sur ce point. JooathaSa
I Rbq. XVIII, 4-10.
liance ensemble; car Jonathas l'aimait comme lui-même.
4. C'est pourquoi il se dépouilla de la tunique dont il était revêtu, et la donna à David avec le reste de ses vêtements, jusqu'à son épée, son arc, et son baudrier.
5. David allait partout où Saiil l'envoyait, et il se conduisait avec beaucoup de prudence ; et Saiil lui donna le commandement sur des gens de guerre. Il était très aimé du peuple, et surtout des officiers de Saiil.
6. Or, quand David revint après avoir tué le Philistin , les femmes sortirent de toutes les villes d'Israël au-devant du roi Saiil , en chantant et en dansant , au son des joyeux tambourins et des fifres.
7. Et les femmes chantaient et jouaient en disant : Saiil en a tué mille, et David dix mille.
8. Saiil s'irrita vivement et cette parole déplut à ses yeux. Ils ont donné, dit -il, dix mille hommes à David, et à moi mille; que lui reste -t-il après cela que d'être roi?,
9. Depuis ce jour -là, Saiil ne regarda jamais David de bon œil.
10. Le lendemain, l'esprit malin envoyé de Dieu se saisit de Saiil, qui eut des transports au milieu de sa maison.
fœdus ; diligebat enim eum quasi ani-
mam suam.
4. Nam expoliavit se Jonathas tunica qua erat indutus , et dédit eam David, et reliqua vestimenta sua, usque ad gla dium et arcum suum, et usque ad balteum.
5. Egrediebatur quoque David ad omnia quœcumque misisset eum Saul, et prudenter se agebat ; posuitque eum Saul super viros beUi, et acceptus erat in oculis universi populi, maximeque m conspectu famulorum Saul.
6. Porro eum reverteretur percusso Philisthseo David , egressae sunt mulieres de universis urbibus Israël, cantantes, chorosque ducentes in occursum Saul régis, in tympanis Isetitise et in sistris.
7. Et prsecinebant mulieres ludentes, atque dicentes : Percussit Saul mille, et David decem millia.
8. Iratus est Saul nimis, et displicuit in oculis ejus sermo iste ; dixitque : Dederunt David decem millia, et mihi mille dederunt; quid ei superest, nisi solum regnum ?
9. Non rectis ergo oculis Saul aspiciebat David a die illa et deinceps.
10. Post diem autem alteram, invasit spiritus Dei malus Saul, et prophetabat in medio domus suse: David autem
lui-même si brave, non seulement admire plus que personne Texploit glorieux de David, mais 11 s'attache de toute son âme au jeune héros. — Tulitque Saul... : cette fols, déflnitivement et d'une manière permanente. — Inierunt... fœdus. Le séjour perpétuel de David à la cour ne fit que resserrer les liens de leur amitié naissante. — Expoliavit se... Ce fut le signe extérieur de cette douce et forte alliance. Jonathas se dépouille de ce qu'il a de plus précieux pour le donner à son ami : U donna son m"il (Vulg. : tunica), soite de longue robe (note de n, 19) ; ses vêtements militaires (reliqua vestimenta.. ; note de xvn, 38), et ses armes principales, spécialement l'arc qu'il ■avait si bien manier (cf. II Reg. i. 22).
2» Occasion de la jalousie haineuse de Sattl contre David. XVIII , 5-9.
6. Transition. — Egrediebatur... : pour des expéditions guerrières, d'après le contexte (posuit... super viros leïli). La locution prudenter ge agebat dénote tout ensemble la sagesse et le succès. — Acceptus erat... Bel éloge de David. H était difficile de plaire aux courtisans, qui auraient pu jalouser une promotion si rapide.
6-9. Retour triomphal de Saiil et de David. — Oum reverteretur. L'historien reprend le fll du récit, momcntanémeat interrompu aux vers. 1-5. — Egressœ mulieres... : sur tout le parcours du roi et de ses troupes victorieuses. — Choros du,itroeai comme la sœur de Moïse et les autres
femmes Israélites, Ex. xv, 20-21 ; comme la fllle d3 Jepbté et ses amies, Jud. xi, 34. L'équivalent hébreu de sistris est salie (de êalôs, trois) : sorte d'instrument triangulaire à percussion ou à trois cordes. Sur le sistre proprement dit, voyez YAtl, arch., pi. Lxn, flg. 1-3, 6. — Prœcinebant. Hébr. : elles se répondaient (en chœurs). Le refrain de leurs joyeux chants nous a été conservé : c'est un vers à deux membres, rimé ; il fit bientôt le tour du pays, et les Philistins eux-mêmes l'apprirent :
HihJcah Sanl ba'ala/âv
t^David b'rib'bôtâv.
Littéralement :
* Sattl a frappé ses mille
et David ses dix mille.
— Iratus Saul... Le chant était aussi très élogieux pour lui , mais il ne pouvait supporter la supériorité qu'on y attribuait à David ; et quoique ignorant l'onction royale de son jeune écuyer, il croit déjà voir en lui le rival dont Samuel lui avait autrefois parlé, xv, 28.
3" Saiil veut frapper David de sa lance. XVm, 10-16.
10-11. La tentative criminelle. — Prophetabat. Ce verbe désigne ici un état de violente exaltation surnaturelle, produit par le démon. — Tenebat... lanoeam : en guise de sceptre ; parfois cette lance était plantée en terre auprès du roi. Cf. XIX, 9: XX, 38; xxa, 6; xzvi. 7. — MUit
j.3a:lebat mann sua, sicut per singulos f'ipo; tenebatque Saul laiiceara,
11. et misit eam, pntans quod configore posset David cum pariete, et declinavit David a facie ejus secundo.
12. Et timuit Saul David, eo quod Dominas esset cum eo, et a se recessisset.
13. Amo\àt ergo eum Saul a se, et fecit eum tribunum super mille viros; et egrediebatur, et intrabat in conspectu populi.
14. In omnibus qnoque viis suis David prudenter agebat, et Dominas erat cum eo.
15. Vidit itaque Saul quod prudens esset nimis, et cœpit cavere eum.
16. Omnis autem Israël et Juda diligebat David; ipse enim ingrediebatur, et egrediebatur ante eos.
17. Dixitque Saul ad David : Ecce tilia mea major Merob, ipsam dabo tibi uxorem; tantummodo esto vir fortis, et prœliare bella Domini. Saul autem reputabat, dicens : Non sit manus mea in eum , sed sit super eum manus Philistliinorum.
18. Ait autem Da\nd ad Saul : Quis ego sum, aut quae est vita mea, aut cognatio patris mei in Israël , ut fiam gêner régis?
19. Factum est autem tempus, cum deberet dari Merob, filia Saul, David, data est Hadrieli Molathitse uxor.
20. Dilexit autem David Michol, filia Saul altéra ; et nuntiatum est Saul et placuit ei.