LE LIVRE DE JOSUÉ
4o Le titre et le sujet du livre. — Dans la Vulgate, Liber Josue; dans l'hébreu, simplement Y^hoSua' ; dans les Septante, 'Iv)(to-3ç Nau^^ ou 'IyictoO; uîà; Naur, : tels sont les divers titres du livre dans le texte original et dans les principales versions.
Ces dénominations ont été extraites du sujet, qu'elles résument très exactement. Non que l'écrit renferme, à proprement parler, une biographie du vaillant guerrier qui eut l'honneur de succéder à Moïse en tant que chef du peuple hébreu, et d'introduire complètement les Israélites dans la Terre promise; mais Josué est en réalité le héros, et le livre s'ouvre au moment même de l'entrée en fonction du fils de Nun, pour se terminer aussitôt après sa mort. Préparatifs de la conquête du pays de Chanaan, la conquête même au milieu d'éclatants prodiges, le partage de la Terre sainte entre les tribus d'Israël, puis les dernières paroles et le dernier soupir de Josué : voilà, en abrégé, le contenu de ce sixième livre de la Bible. « Lève-toi, et franchis ce Jourdain, toi et tout le peuple avec toi, pour entrer dans le pays que je donnerai aux enfants d'Israël^. Fortifie-toi et sois courageux; car c'est toi qui partageras au sort à ce peuple le pays que j'ai promis avec serment à leurs pères de leur donner ^. » Ces premières lignes de l'ouvrage en donnent un résumé à peu près complet.
Les rares dates indiquées (Jos. iv, 19; v, 6; xi, 48;Xiv, 7-10; xxiii, 1, 31) semblent exiger, pour les événements racontés, une période d'environ cinquante ans.
2° Division. — Deux parties, suivies d'un appendice. La première partie est complètement historique; la seconde, quoique historique aussi pour la forme, est géographique et tant soit peu législative pour le fond.
Première partie : la conquête de la Terre promise, i, 1-xii, 24. — Deux sections : 1« préparatifs de la guerre sainte, i, 1-v, 12; 2» triomphes successifs et rapides des Hébreux, qui les rendent maîtres de tout le pays, v, 13-xii, 24.
Deuxième partie : le partage de la Terre sainte après la conquête, xiii, 1-xxii, 34. — Deux sections au.ssi : 1» mention succincte du partage opéré précédemment par Moïse à l'est du Jourdain, xiii, 1-33; 2" partage des districts cisjordaniens, récemment conquis, xiv, 1-xxii, 34.
Appendice : les dernières paroles et les derniers actes de Josué, xxiii , 4 -XXIV, 33 ^
' Au lieu de Hun. 1 * Pour une analyse plus détaillée, voyez le
* Jos. I, 2. i commentaire et notre Biblia sacra.
LE LIVRE DE JOSUâ
3" L'auteur. — Les anciens écrivains juifs et les Pères attribuent à Josué lui-même la composition du livre qui porte son nom, et cette traduion s'appuie sur deux passages bibliques qui ont l'un et l'autre une grande autorité. Jos. xxiv, 26 : Josué écrivit aussi toutes ces clioses dans le livre de la loi du Seigneur'; Eccli. XLVi, 1 : Jésus, fils de Navé, successeur de Moïse parmi les prophètes ^.
Plusieurs raisons intrinsèques corroborent ce dire de la tradition : l'emploi de la première personne du pluriel en trois endroits du texte hébreu (iv, 23 et V, i : 'obrênu, littéralement, « le passer de nous, » au lieu du transiretis ou transirent de la Vulg. ; v, 6 : a à nous, » au lieu de eis) ; l'exemple de Moïse, qui devait exciter Josué, son discipie et son successeur, à raconter à son tour les faits importants de l'histoire théocratique auxquels il avait été mêlé; les passages multiples du livre qui révèlent le témoin oculaire (notes de topographie, relations intimes de Josué avec Dieu, etc.).
On a allégué, il est vrai, quelques épisodes qui sembleraient plus récents que Josué, entre autres, la prise d'Hébron par Caleb (Jos. .xv, 13-20), la cohabitation des Jébuséens à Jérusalem avec les membres de la tribu de Juda (Jos. xv, 63), et la conquête de Lésem par les Danites (Jos. xix, 47) : épisodes que l'on recule jusqu'à l'époque des Juges, d'après Jud. i, 10-15; i, 8; xviii, 7. Mais il n'est pas du tout certain que ces incidents ne datent^ point de l'époque de Josué. Ou bien ils auront été ajoutés, comme le récit de sa mort (Jos. xxiv, 29-33), par l'undes « anciens » qui lui survécurent (comp. xxiv, 31), sans que l'authenticité ou l'intégrité du livre puissent être attaquées pour cela.
La fameuse théorie de V Hexateuque , qui rattache les pages du livre de Josué au Pentateuque comme un a. sixième tome » , et qui en explique également l'origine par des documents surajoutés et remaniés à différentes époques, ne repose sur aucune base sérieuse. L'unite de cet écrit ei son indépendance se montrent à tout instant. Évidemment il n'est pas sans quelque ressemblance avec le Pentateuijue, vu qu'il date à peu près du même temps; mais il manifeste une véritable originalité pour le fond et pour la Forme ^.
4° Le but du livre de Josué consiste, sous le rapport extérieur, à poursuivre le récit de l'histoire d'Israël; mais davantage encore à manifester, par ce récit, l'admirable fidélité du Seigneur à l'égard de son peuple. Jéhovah a tenu admirablement toutes ses promesses, et il a introduit miraculeusement les Hébreux dans la contrée qu'il avait depuis si longtemps donnée à leurs pères comme un héritage anticipé : tout ce qui tend à démontrer cette thèse est mis en relief; le reste est passé sous silence. Comme conséquence pratique pour le peuple, nécessité d'une parfaite obéissance à tous les préceptes de Jéhovah.
Mais le livre de Josué a encore un autre but, de beaucoup supérieur au précédent, quoique moins direct : c'est de nous présenter dans son héros un type remarquable de Notre -Seigneur Jésus -Christ. Le nom de Josué, YVioëua' , « salut de Jéhovah, » est à peu près identique à celui de Jésus, YéSua'. Cf. Num. XIII, 16; xiv, 6, 30. Aussi les Septante et divers passages de la Vulgate n'établissent-ils aucune différence dans la reproduction qu'ils en donnent ('lïiaoOc Nayr,, Eccli. XLVi , 1; cf, Act. VII, 45; Hebr. iv, 8, etc.). L'œuvre de
' Voyez le commentaire.
2 Le grec porte : âv TTpocpifjTEiaiç, « dans les prophéties, » ou mieux encore : « dans les livres prophétiques, » comme il ressort du prologue de l'Ecclésiastique.
^ <t L'auteur (du livre de Josué) suppose clos le livre de la Loi, Jos. vm, 31 ; xxiii, 6 ; il reproduit la division du pays à l'est du Jourdain,
XIII, et rénumération des villes de refuge, xx, qui se lisaient déjà Num. xxxii, Deut, it; il est exempt d'un certain nombre d'archaïsmes qu'on observe dans les écrits de Mofse ; il a pour plusieurs mots une prononciation particulière etc. * Man. bibl, t. II, n. 7. Ces derniers détails témoignent de sa complète indépendance.