Qui autem plantât et qui rigat
Sed nec nunc.,. Le reproche devient plus grave, puisque plusieurs années s'étaient écoulées depuis que saint Paul avait annoncé pour la première fols l'évangile aux Corinthiens. Ils auraient dû grandir, parvenir à la maturité de l'âge parfait , tandis qu'ils étaient adhuc... carnales. — Ils ne le prouvaient que trop par leur conduite actuelle : cum enim..., nonne... (vers. 3). Par ce trait, l'apôtre revient directement à l'esprit de coterie , qui a servi de point de départ à sa lettre (cf. i, 10 et as.). D'ailleurs , tout ce qu'il a dit depuis lors s'y rapportait tacitement et en était la condamnation. — Carnales. Comp. Gai. v, 20, où la jalousie et la discorde sont citées ensemble comme étant « des œuvres de la chair ». Cf. Rom. XIII, 13. — Secundum ho'ttinem... C.-à-d.. d'une manière tout humaine, selon la chair, et non pas selon Dieu. — Cum enim... Le vers. 4* est parallèle au vers. 3. Il indique de quelle façon l'esprit de rivalité et de discorde se manifestait dans la chrétienté de Corinthe. — Pauli, Apollo. Voyez i, 12 et le commentaire. Ces deux partis sont seuls mentionnés , parce que cela suffisait pour la démonstration, et aussi parce que, nous l'avons vu, c'est autour du nom d'Apollos que s'étaient groupés les premiers fauteurs de la discorde. En outre, Paul pouvait se servir du nom de son ami et disciple Apollos aussi librement que du sien propre, tandis que, par respect, il évite de faire entrer celui de saitit Pierre dans la dïFcussion.
2° Ce que sont les prédicateurs de lu foi par rapport à Dieu. III, 4»'- 9.
4b- 5. Leur rôle est tout à fait secondaire ; Ils sont simplement les ouvriers de Dieu. — Quid...? quid... ? C.-à-d., que sont donc ces hommes dont vous prétendez faire des chefs de parti dans l'Église? Il y a de l'ironie dans cette double
question. — Ministri (Stavcovoi) : de simples serviteurs, de simples instruments entre les mains de Dieu. — Ejus cui credidistis. Dans le grec : (Des serviteurs) par lesquels vous avez cru. Par conséquent, des hommes qui ne sont pas les auteurs di votre foi, mais seulement des intermédiaires entre Dieu et vous. — Unicuique sicut... Autre restriction apportée au rôle des prédicateurs. S'il y a des différences dans l'exercice de leurs fonctions, par exemple, si l'un commence l'œuvre, tandis que l'autre a pour mission de la continuer, cela ne dépend pas de leur initiative personnelle, mais encore de Dieu seul. Ils n'ont donc pas le droit de se glorifier, pas plus que les fidèles n'ont celui de s'enorgueillir à leur sujet.
6-9. Développement de la même pensée, au moyen d'une belle métaphore, empruntée aux travaux agricoles. — Plantavi , rigavit. Ces deux verbes décrivent fort bien la nature des travaux respectifs de Paul et d'Apollos, dont le premier avait pour ainsi dire planté l'arbre de la fol chrétienne, tandis que le second, venu plus tard, n'avait eu qu'à l'arroser. Voyez l'Introduction, p. 116. Mais Dieu seul avait pu communiquer à cette jeune plante les forces vitales qui lui avaient permis de grandir : Deus autem... — L'apôtre Insiste sur la conclusion évidente qui se dégageait de ces faits : itaque, neque..., sed. . (vers. 7). — Qui autem... Autre conclusion, vers. 8. Après avoir dit que, relativement à Dieu, les prédicateurs évangéliques ne sont rien, saint Paul ajoute que, par rapport les uns aux autres, ils ne sont pas rivaux, mais intimement unis (unum sunt), n'ayant qu'un même but et un même intérêt, la croissance de l'Églij-e. C'était donc une chose deux fois absurde que de les mettre en conilit les uns avec les autres. — Malgré leur étroite
I Cor. m, 9-11.
unum siint ; iinusquîsque autem propriam mercedem accipiet, secundum suiim laborera.
9. Dei euim sumus adjutores ; Dei agricultura estis, Dei aedificatio estis.
10. Secundum gratiam Dei quse data est mihi, ut sapiens architectus fundamentum posui ; alius autem supersedificat. Uniisquisque autem videat quomodo superaedificet.
11. Fundamentum enim aliud nemo potest ponere, prÊeter id quod positum est, quod est Christus Jésus.
arrose ne sont qu'une même chose ; mais chacun recevra sa propre récompense, selon son travail.
9. Car nous sommes les coopérateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu , vous êtes l'édifice de Dieu.
10. Selon la grâce de Dieu qui m'a été donnée, j'ai posé le fondement comme un sage architecte, et un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit dessus.
11. Car personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé , lequel est le Christ Jésus.
union, ils ont leur responsabilité distincte, et, selon leur zèle plus ou moins grand , ils recevront de Dieu une récompense àiSérente : unusquisque... propriam... — Laborem. Le grec xdTtoç désigne le travail pénible de l'ouvrier. — Dei enim... ( vers. 9 ). Nous avons ici le résumé de tout ce qui a été dit depuis le vers. 5. — Adjutores. Mieux : les collaborateurs. Les apôtres travaillent avec Dieu et sous ses ordres. — Agricultura. Le mot grec signifie plutôt : « arvum, » champ labouré. — JEdificatio : olxoôo(xiq, un édifice en construction. Le substantif qui précède continue la métaphore des vers. 6 - 8 ; celui-ci sert de transition à celle qui sera développée dans les vereets 10 et ss.
30 La responsabilité personnelle des prédicateurs et le jugement di?in qui atteindra leurs œuvres. III, 10-17.
10. Les constructeurs mystiques de l'Église. — Comme au vers. 6, saint Paul commence par rappeler quel a été son rôle. Les mots secundum gratiam quae... représentent les divers dons qu'il avait reçus pour se bien acquitter à Corinthe de
Architecte et maçons. (Musée Kircher, à Rome.j
ges fonctions de constructeur spirituel. — Ut sapiens... Un sage architecte veille d'abord aux fondements de l'édifice. Cf. Matth. vii, 24-27. Paul n'avait pas oublié ce point capital. — D'autres, ApoUos surtout, avaient continué de bâtir sur le fondement posé par lui : alius auiem... — Unusquisque videat... Avertissement
plein de gravité, qui forme le fond de cet alinéa : que les constructeurs prennent garde, puisque de cela dépendra leur salaire.
11-15. L'œuvre des divers constructeurs jugée par Dieu. — Fundamentum enim,... Pour l'édifice mystique dont il s'agit, il ne peut y avoir qu'une seule pierre fondamentale, Notre -Seigneur Jésus -Christ. Personne ne doit toucher à cette base; quiconque voudrait en poser une autre ne bâtirait plus l'Église du Christ, mais un édifice purement humain. — Positum : par Dieu lui-même, puis aussi par Paul à Corinthe. — Si quis... (vers. 12). Après avoir fait cette réserve au sujet du fondement, l'auteur revient au travail de ceux qui étaient ch.nrgés de continuer la construction. Il nomme six espèces de matériaux , partagés en deux groupes et énnmérés en gradation ascendante : Ips matériaux précieux et solides, tels que les employaient les riches (aurum. . . , lapides. . . ) , et les matériaux sans valeur, sans consistance, qui servaient aux maisons des pauvres (ligna, fœnum...). Ln plupart des commentateurs modernes supposent, à la suite de Clément d'Alexandrie, de saint Ambroise, etc., que tous ces matériaux, parfaits et imparfaits, figurent les différentes doctrines enseignées par les prédicateurs de l'évangile. Telle paraît être l'opinion la plus vraisemblable. Paul avait prêché à Corinthe le Messie crucifié (cf. I, 23); ApoUos et les autres missionnaires venus après l'apôtre avaient développé chacun à sa manière ce même enseignement. Si quelques imperfections s'étaient glissées dans le fond ou dans la forme de la prédication de ces successeurs de saint Paul, aucun d'eux n'avait prêché des doctrines vraiment mauvaises, car c'eût été poser un autre fondement que le Christ. Voyez Estius, h. l. Il est moins bien de voir dans ces divers matériaux la désignation soit des fruits religieux et moraux produits par les néophytes, soit les différentes cat^'gories de personnes introduites dans l'Église par les missionnaires. Ces deux applications cadrent moins bien avec le contexte, qui suppose la responsabilité personnelle des prédicateurs ; or ils ne sont réellement responsables que de la doctrine enseignée par eux. Saint Paul avait donc lieu de craindre que, sans être entièrement
I Cor. III, 12-16.
12. Si quelqu'un bâtit sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, de la paille,
13. l'œuvre de chacun sera manifestée ; car le jour du Soigneur la fera connaître, parce qu'elle se révélera dans le feu, et que le feu prouvera ce que vaut l'œuvre de chacun.
14. Si l'œuvre bâtie par quelqu'un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense.
15. Si l'œuvre de quelqu'un est brûlée, il en subira la perte ; cependant il sera lui-même sauvé, mais comme à travers le feu.
16. Ne savez -vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habite en vous ?
12. Si quis autem supergadificat super fundamentum hoc, aurum, argentum, lapides pretiosos, ligna, fœnum, stipulam,
13. uniuscujusque opus raanifestum erit ; dies enim Domini declarabit, quia in igné revelabitur, et uniuscujusque opus quale sit, ignis probabit.
14. Si cujus opus mânserit quod supersedificavit, mercedem accipiet.
15. Si cujus opus arserit, detrimentuni patietur ; ipse autem salvus erit , sic tamen quasi per ignem.
16. Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus Dei habitat in vobis ?
fausses, un certain nombre des Instructions présentées aux Corintliiens comme des vérités évangoliques ne fussent pas de nature à procurer Favanceraent spirituel de la jeune chrétienté.
— Opus manifestum... (vers. 13). On verra de quels matériaux se sera servi cliacun des constructeurs. — Dies enivti... Le grec a l'article : Y) Yjix^pa, le jour par excellence, c.-à-d., conformément à d'autres nombreux passages (cf. i, 8 ; IV, 3 et ss. ; Rom. ii, 16 et xiii, 12 ; II Th< ss. i, 10; II Tira. 1,12,18; Hebr. x , 35 ; II Petr. ii, 9, etc.), le jour du jugement général , à la fln des temps, lorsque la conduite de chacun sera publiquement manifestée. — In igné revelabitur. Le grec emploie le temps présent, à7roxaXiJ7rT£Tat, pour marquer la cenitude du fait. Le sujet du verbe n'est pas « opus », mais « dies ». Ce jour sans pareil ne sera point illuminé, comme ceux de l'ère présente, par la douce clarté du soleil, mais par l'éclat d'un feu terrible, qui consumera notre globe actuel, pour le purifier et le renouveler. Cf. II Petr. m, 10 et ss. Tel a été le sentiment d'Oiigène, de saint Basile, de saint Cyrille de Jérusalem, de Lactance, de saint Ambroise, de Calmet, etc. (voyez Cornely, h. l.). Le feu en question n'est donc pas une métaphore pour représenter le jugement divin ; ce n'est pas non plus celui de l'enfer, ni directement, dans le sens littéral, celui du purgatoire, mais plutôt celui de la conflagration générale qui aura lieu à la fin des temps. — Et uniuscujusque... Le pronom est répété d'une manière emphatique, ainsi que le substantif « opus ». — Si cujus... Les vers. 14 et 15 constatent les deux résultats opposés de cette « probatio per igiicm ».
— Mânserit. C.-à-d., demeure intact, tout en passant par le feu. — Mercedem accipiet. Cette lécompense ne consistera pas seulement dans le salut éternel, commun à tous les justes, mais dans quelques privilèges particuliers. — Si... opus arserit (vers, 15) : paire que les matériaux n'étaient pas d excellente qualité. Comp. le verset 12b et le commentaire. — Detritnenlum...
Celte perte consistera dans le manque de récompense spéciale. — Ipse... salvus... Si l'oeuvre du constructeur est détruite, il sera lui-même sauvé, puisque, dans l'hypothèse, il a bâti sur. le fondement solide, qui est Notre -Seigneur Jésus-Christ, et qu'il a fait preuve de quelque zèle. — Une restriction est faite cependant : sic. . . quasi per. . . La pensée de saint Paul est facile à saisir. Les ouvriers sont occupés à bâtir, lorsque le feu envahit l'édifice : dans la partie construite en matériaux solides, les flammes passent sans rien briller; mais, là où les matériaux sont combus ibles, elles dévorent tout, et ceux qui étaient occupés à la construction ne réussissent à s'échapper qu'après avoir été plus ou moins atteints. — Nous avons dit plus haut qu'il n'est pas directement question du purgatoire dans ce passage, attendu que, d'un côté, l'apôtre y parle seulement des prédicateurs de l'évangile, et que, d'un autre côté, le feu ne sera allumé qu'à l'époque du jugement dernier. Néanmoins, d'une manière indirecte, on peut induire de ces lignes l'existence d'un lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, où l'on expiera dans la souffrance les fautes vénielles commises ici -bas. En elïet, saint Paul affirme que les prédicateurs imparfaits ne seront sauvés qu'après avoir passé par un feu puriflcateur ; tous les chrétiens qui se trouveront dans un cas analogue auront donc à souffrir de la même manière.
16-17. Châtiment plus grand encore, qui atteindra les démolisseurs du temple de Dieu. Nvl doute que Paul n'ait ici en vue les docteurs judaïsants, dont les doctrines perverses ne tendaient à rien moins qu'à détruire de fond en comble l'édiflce mystique bâti à Corinthe. — Nescitis... ? Apostrophe très brusque et très vive. Elle s'explique par l'émotion qui saisit l'apôtre à la pensée de ces funestes destructeurs. — Templnm Dei... C'est la continuation de l'image commencée au vers. 9 (« Dei 8edifi<aiio estis »). Cet édifice avait un caractère sacré ; c'était un temple
I Cor. III, 17-22.
17. Si quis autem templum Dei violaverit, disperdet illum Dcus. Templum enim Dei sanctum est, quod estis vos.
18. Nemo se sediicat : si quis videtur inter vos sapiens esse in hoc saeculo, stultus fiât ut sit sapiens ;
19. sapientia enim hujus mundi stultitia est apud Deum. Scriptum est enim : Comprehendam sapientes in astutia eorum.
20. Et ilerum : Dominus novit cogitationes sapientium, quoniamvanse sunt.