‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 134 sur 873 · Jam quidem omnino delictum est · texte numérisé non relu

Jam quidem omnino delictum est

des chrétiens consacrés à Dieu et séparés du monde coupable, que des affaires de ce genre

Empereur romain sur une chaise curule, siège réserve à certains Juges. (D'après une statue de marbre.)

devraient être portées. — L'apôtre proteste davantage encore contre cette conduite anormale : An 7iesciUs... (vers. 2)? — De hoc mundo... Le inonde, c'est encore la masse de l'humanité, demeurée incrédule à l'égard de Jésus -Christ. Cf. V, 10, etc. Le Sauveur a promis tout particulièrement à ses apôtres qu'ils jugeront le monde Ccf. Matth. XIX, 28); comme notre auteur, saint Jean, dans l'Apocalypse, ii, 26-27 et xx, 4, attribue cette autorité judiciaire à tous les fidèles. C'est en vertu de leur union étroite avec Jésus, le juge suprême des vivants et des morts, qu'ils seront rendus oapables de la déployer. — Si in vobis... indigni...? Frappant contraste : être les juges du monde, et ne pas se sentir capables de Juger des affaires temporelles mesquines et vulgaires (de minimis). La locution grecque xpt- Tïjpîcùv èXaY''<yTtov signifie à la lettre : dea tri-

bunaux les plus infimes. L'aiôtre veut donc dire : Seriez-voiis indignes de siéger comme juges dans les moindres cours, où sont traitées les causes sans importance? — Nescitis quoniam... (vers. 3). C'est la même pensée, rendue plus vigoureuse encore. Le substantif angelos ne désigne ici que les mauvais anges, comme l'admettent la plupart des commentateurs. Cf. II Petr. Il, 4; Judse, 6, etc. — Quanto magis... Lorsqu'on jouit de pareils droits, à plus forte raison possède-t-on celui de juger des choses de la terre (t^aecularia ; dans le grec, PtooTiJcà, les affaires de la vie quotidienne). — Après ces reproches , saint Paul propose aux Corinthiens , non sans ironie , un ooyen pratique de terminer leurs différends : qu'ils établissent pour juges les plus humbles et les moins considérés d'entre eux (contemptibiles; à la lettre dans le grec : ceux qui sont comptés pour rien). — Constituite ad... Cette traduction donne bien le sens du verbe xaôcÇete, faites asseoir (comme juges). — Ad vereoundiam. . . ( vers. 5 ). L'expédient qui vient dêtre proposé ne devait donc pas êti'e pris à la lettre ; l'apôtre n'avait parlé ainsi que pour mieux faire comprendre la faute. — Il la fait ressortir encore par une autre réflexion non moins humiliante : Sic non est... Puisqu'ils plaidaient devant des juges païens, c'est donc qu'il n'y avait parmi eux aucun homme assez avisé pour servir d'arbitre. Et pourtant, maint chrétien se croyait si plein de sagesse à Corinthel Cf. Tii, 18; IV, 10, etc. — Sed f rater... (vers. 6). Saint Paul attaque maintenant d'une manière directe l'abus en question. Son langage trahit de nouveau son juste mécontentement. — Et hoc apud... C'est la circonstance traitée dans les vers. 1-5. — Delictum. Le mot grec Y^TTr)p,a désigne à proprement parler un « manque » moral, une sorte de déficit sous le rapport de la perfection chrétienne. L'apôtre ne veut pas dire, assurément, que ce soit un péché pour des chrétiens de plaider entre eux, dans le but de faire valoir leurs droits injustement lésés. Comme Jésus lui-même (cf. Matth. v, 39 et S6.), il conseille de subir plutôt patiemment des injustices

I Cor. VI, 8-11.

in vobis quod juclicia habetis inter vos. Quare non magis injuriam accipitis?

quare non magis fraudem patimini ?

8. Sed vos injuriam facitis, et fraudatis, et hoc fratribus !

9. An nescitis quia iniqui regnum Dei non possidebunt? Nolite errare : neque fornicarii, neque idolis servientes, neque. adulteri ,

10. neque molles, neque masculorum concubi tores , neque fures, neque avari, neque ebriosi , neque maledici, neque rapaces, regnum Dei possidebunt.

11. Et h^ec quidam fuistis ; sed abluti €stis, sed sanctiiîcati estis, sed justificati estis in noraine Domini nostri Jesu Cliristi, et in Spiritu Dei nostri.

faute que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi n'acceptez-vous pas plutôt une injustice ? pourquoi ne souffrezvous pas plutôt une fraude?

8. Mais c'est vous qui commettez l'injustice et qui pratiquez la fraude, et cela envers vos frères !

9. Ne savez- vous pas que les injustes ne posséderont point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères ,

10. ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les rapaces, ne posséderont le royaume de Dieu.

11. Et cela vous l'étiez, quelques-uns du moins ; mais vous avez été lavés , mais vous avez été sanctifiés , mais vous avez été justifiés au nom de notre Seigneur Jésus - Christ , et par l'Esprit de notre Dieu.

que d'intenter un procès à uu frère. C'est le sens de la recommandation qui suit : Quare non magis...? — Injuriam: l'injustice en général. Fraudem : la violation de la propriété.

8-11. Il faut éviter les occasions de procès. — Injuriam... fratribus. C'étaient pour ainsi dire deux fautes combinées ensemble. L'injustice, déjà coupable en elle-même, l'est davantage encore lorsqu'elle atteint un frère. — Ce péché sera sévèrement châtié (vers. 9) : An nescitis (expression employée pour la troisième fois depuis le vers. 9) quia...? Le mot àôcxoi (Vulg. iniqui ) doit être pris ici dans son sens littéral : les injustes. — Regnum Dei. C.-à-d., le ciel, où le royaume de Dieu existera dans sa consommation bienheureuse. — Nolite errare. Ne vous abusez pas, ne vous faites pas d'illusion. Plus d'un chrétien de Corinthe cherchait sans doute à se rassurer sur la gravité de ses fautes, par des arguments plus ou moins spécieux. L'apôtre va rappeler la stricie vérité. — Neque... neque. Saint Paul, généralisant tout à coup, cite une longue nomenclature d'autres vices qui excluaient aussi du royaume de Dieu. Ces vices étaient très répandus alors dans le monde païen. Quelquesuns des chrétiens de Corinthe y étaient retombés, sous prétexte que la liberté chrétienne le leur permettait (voyez les vers. 12 et ss.); il fallait couper court à ces idées pernicieuses. Des dix expressions de la liste, les quatre premières se rapportent à l'impureté , la cinquième à l'idolâtrie, les autres à l'injustice. — Idolis servientes. Le culte des idoles est mentionné parmi les vices impurs, parce qu'il propageait en de vastes proportions , à Corinthe surtout , la licence des mœurs. — Molles (vers. 10). Ce terme et le suivant se rapportent à des habitudes infâmes, contre nature. — Avari, ehriosi, maledici, ra-

paces. Comme plus haut, v, 11. — Exe... fuistis (vers. 11). Paul rappelle à ses lecteurs (qui-

Geste idolâtrique , Vadoratio (d'après un vase peint).

dam, c.-à-d., quelques-uns d'entre vous; litote très délicate) leur triste passé sous ces divers rapports, afin de leur inculquer qu'ayant été purifiés de toutes leurs fautes, la perfection de la vie chrétienne ne leur permet pas d'y retomber. — Les trois verbes abluti. . . , sanciijlcati..., jastificati estis sont en gradation ascendante. Ils représentent probablement un seul et même fait, la justification chrétienne, envisagée dans ses divers aspects. Le premier contient une évidente allusion au baptême. La particule adversative sed, qui précède chacun d'eux, oppose rétat nouveau des baptisés à leur état ancien.

I Cor. VI, 12-14.

12. Tout m'est permis , mais tout n'est pas avantageux. Tout m'est permis, mais moi, je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit.

13. Les aliments sont pour le ventre, et le ventre pour les aliments ; mais Dieu détiuira l'un et les autres. Cependant le corps n'est point pom' l'impudicité, aais pour le Seigneur, et le Seigneur (st pour le corps.

14. Or Dieu a ressuscité le Seigneur, et il nous ressuscitera aussi par sa puissance.

12. Omnia mihi licent, sed non omnia expediunt. Omnia mihi licent, sed ego sub nullius redigar potestate.

13. Esca ventri, et venter escis; Deus autem et hune et has destruet. Corpus autem non fornicationi, sed Domino, et Dominus corpori.

14. Deus vero et Dominum suscitavit, et nos suscitabit per virtutem suam.

— In nomine... et in... Ces mots sont certainement un écho de la formule du sacrement de baptême. Jésus -Christ est la cause méritoii-e de la sanctification des chrétiens ; l'Esprit - Saint en est la cause efficiente.

2« Raisons spéciales qui doivent rendre l'impudicité odieuse à un chrétien. VI, 12-20.

Le blâme relatif aux procès ( cf. versj 1 - 11 ) s'était glissé presque comme une digression au milieu d'un autre blâme plus sévère encore, relatif aux péchés de la chair (v, 1 et ss.). Saint Paul revient à ce douloureux sujet, qu'il n'était que trop nécessaire de traiter à fond dans une ville telle que Corinthe, et il proteste de toute l'énergie de son âme, avec toute la force et l'éclat du raisonnement chrétien, contre le vice impur. En aucune autre de ses épîtres ses avertissements contre ce péché ne sont plus nombreux et plus solennels. Il pose donc ici, pour tous les temps , « les éternels principes qui sont à la base du devoir sacré de la chasteté. »

12-14, L'apôtre met à nu la fausseté des maximes sur lesquelles s'appuyaient les chrétiens impudiques de Corinthe. — Omnia... licent. Paul avait sans doute employé cette formule en instruisant les Corinthiens, afin d'opposer la liberté chrétienne à la servitude de la loi, et de montrer que certaines pratiques de la législation mosaïque (par exemple, en ce qui concernait les aliments et le sabbat) étaient devenues désormais indifférentes. Cf. x, 23; Gai. v, 13, etc. Quelques-uns avaient abusé de cette maxime, et allaient, pour excuser leur inconduite, jusqu'à l'appliquer au grave précepte de la pureté, comme si le vice contraire eût été une chose indifférente. Après avoir cité le proverbe , l'apôtre en restreint aussitôt l'extension, en ajoutant : sed von omnia... Il est vrai que tout est permis au chrétien , mais à la condition que , par sa manière d'agir, il ne nuira sous le rapport moral ni à lui -même, ni à son prochain. Qui oserait dire que l'impudicité soit une chose avantageuse?

— Omnia mihi... La maxime est répétée, pour donne • lieu à une autre restriction : sed ego svb... Toute chose indifférente m'est permise, mais à la condition qu'en prétendant user de ma liberté , Je n'aille pas jusqu'à me transformer en esclave. L'acte en question doit donc demeurer BOUS ma dépendance; je ne dois pas me laisser dominer par lui comme pai* un maître, ainsi

qu'il arrive tout spécialement pour les habitudes d'impureté. — Eaca ventri... (vers. 13). Quelques interprètes pensent qu'ici encore , comme au vers. 12, saint Paul cite, afin de la réfuter,^ une objection de quelques mauvais chrétiens. Ces derniers auraient assimilé l'impureté aux diverses nécessités du corps, en particulier au besoin de boire et de manger, et ils auraient prétendu qu'elle est pai'eiilement licite. Mais il semble peu probable que des membres d'une jeune communauté chrétienne soient allés si loin dans la justification du vice. C'est donc en son nom personnel que l'apôtre continue la discussion. A la suite de Jésus- Christ lui-même (cf. Matth. XV, 11 et ss.), il mentionne un exemple de choses qui sont indispensables, à savoir, les aliments dont nous nous nourrissons chaque jour. Ils ont été créés par Dieu pour le corps, et celui-ci a été organisé pour les recevoir : en les mangeant, nous remplissons donc l3 but voulu par le Créateur. — Deus auttm... Autre fait qui démontre que notre alimentation est une chose indifférente sous le rapport moral. C'est seulement durant la vie actuelle que les choses se passent ainsi qu'il vient d'être dit; elles cesseront d'exister dans l'autre vie. Des circonstances transitoires et périssables ne sauraient pas intéi'esser directement la morale. Mais il n'en est pas de même en ce qui concerne l'impureté : corpus autem non... Saint Paul vient de mentionner la partie spéciale du corps humain qui est en rapport avec le phénomène de la nutrition, et qui n'aura plus de raison d'être lorsque ce phénomène aura cessé ; parlant maintenant du corps entier du chrétien, en tant qu'il forme une portion intégrante de la personnalité humaine, il affirme, avec une singulière énergie, que ce corps appartient non fornicationi, sed Domino (au Seigneur Jésus) : deux maîtres aussi opposés que possible. — L'apôtre aime à dire que, par le baptême, les fidèles deviennent la propriété de Jésus - Christ , auquel ils sont même en quelque sorte incorporés (comp, le vers. 15), de manière à ne fonmer avec lui qu'un seul et même organisme : de là les mots Dominns corpori, qui expriment ce que le Sauveur a fait et désire faire encore pour glorifier nos membres. — Deus vero... (vers. 14). « En vertu de cette relation sublime, le corps du chrétien ne périra pas. » De même que Dieu a

I Cor. VI, 15-20.

15. Nescitis quoniam corpora vestra merabra sunt Christi? ToUens ergo membra Christi, faciam membra meretricis? Absit.

16. An nescitis quoniam qui adhœret meretrici, unum corpus efficitur ? Erunt enim, inquit, duo in carne una.

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