Mais si tous prophétisent, et qu'il
tant qu'on le regardait comme le siège de l'inteUigence ou du voOç ; au dérivé, rintelligence elle - même , puis la sagesse. C'est ce dernier sens qui est ici le vrai. Donc, pas d'enfantillage, et c'en serait un que d'accorder une trop grande estime à la glossolalie. — Malitia parvuli... Expression d'une grande délicatesse. « Si vous voulez être des enfants, à la bonne heure, pourvu que ce soit quant à la malice (cf. Matth. xviii, 3) ; mais, quant à l'intelligence, avancez de plus en plus vers la maturité complète » : sensibus perfecti... — Saint Paul passe maintenant à un autre aspect de la question. Dans les assemblées religieuses des premiers chrétiens, on rencontrait quelquefois des infidèles, attirés par les cérémonies du nouveau culte ; l'apôtre se demande quel effet sera produit sur eux par les deux dons qu'il compare dans ce chapitre. Une citation de l'Ancien Testament introduit cette pensée : In lege scriptum... ; c.-à-d., dans la prophétie d'Isaïe, xxviii, 11-12 (voyez le commentaire), appelée « la loi » dans le sens large. Cf. Joan. x, 34; XII, 34; XV, 25; Rom. m, 19. Le texte est cité très librement, d'après l'hébreu dans la première partie, d'après les LXX dans la seconde. Paul condense et adapte à son sujet les paroles d'Isaïe, omettant celles qui étaient moins importantes pour lui. Cet oracle nous montre les Israélites incrédules se moquant, dans leurs orgies, des prophètes du Seigneur et contrefaisant leur lang;ige; Dieu, justement irrité, annonce qu'il leur donnera de rudes leçons par l'intermédiaire de conquérants étrangers, en des idiomes barbares (.in aliis linguis...). Par le trait nec sic exaudient..., Jéhovah signifiait que les ordres donnés aux Israélites en cette langue du châtiment ne les ramèneraient pas à la foi, mais consommeraient au contraire leur incrédulité. — Saint Paul fait une application très large de cet oracle à son sujet. Pour lui, les Assyriens par lesquels Dieu devait châtier les Juifs désobéissants sont le type de ceux qui, dans l'Église naissante,
avaient reçu le don des langues; de là cette conclusion : Itaque lingux... (vers. 22). — Signum. C.-à-d., un phénomène extraordinaire, qui attire l'attention de ceux qui en sont témoins et qui leur manifeste une intervention divine. — Non fidelibus, sed... En effet, dans l'oracle cité, l'idiome étranger, employé par les instruments de la colère céleste, était un signe donné aux Juifs Incrédules. Saint Paul, qui, on le voit, essaie de toutes manières de diminuer l'engouement des Corinthiens pour la glossolalie, affirme donc que ce don joue un rôle simplement secondaire dans l'intention divine, puisque ceux qui en jouissent n'y puisent pas toujours la foi. — C'est le contraire qui a lieu pour le don de prophétie. Il a pour but avant tout l'instruction et l'édification de ceux qui sont déjà parvenus à la fol : prophétise (au singulier dans le grec : la prophétie) non..., sed... — Si ergo... Dans les vers, 23-25, saint Paul démontre par deux exemples opposés la vérité de sa double assertion du vers. 22. — D'abord (ver*. 23) le cas d'une assemblée religieuse où des chrétiens ayant reçu le don des langues auraient la parole. Il ne faut pas trop presser le sens de l'adjectif omnes. Il est difficile de dire si l'écrivain sacré suppose que les glossolales parlaient en même temps ou successivement ; du moins, dans son hypothèse, ce sont eux qui ont sans interruption la parole ce jour -là. — Intret... Le mot idiota n'a pas tout à fait le même sens qu'au vers. 16. Là il désignait toute l'assemblée, par opposition à celui qui exerçait le rôle d'officiant ; ici il représente soit des catéchumènes, soit des chrétiens qui n'avaient pas encore été témoins du don des langues. — Nonne dicent...? En effet, rien de plus étrange en apparence que ces hommes qui formulaient avec enthousiasme, rani leur extase, des prières incompréhensibles pour tout le monde. — Si autem... prophetent (vers. 24 et 25). C'est l'autre hypothèse, où nous voyons le don de prophétie produire les plus
I Cor. XIV, 25-29.
entre un infidèle ou un homme du peuple, il est convaincu par tous, il est jugé par tous,
25. les secrets de son cœur sont dévoilés ; de sorte que , tombant sur sa face, il adorera Dieu, déclarant que Dieu est vraiment parmi vous.
26. Que faire donc, mes frères? Si lorsque vous êtes assemblés, vous avez, l'un un cantique, l'autre une instruction, l'autre une révélation, l'autre une langue, l'autre une interprétation : que tout se fasse pour l'édification.
27. S'il y en a qui parlent des langues, que deux ou trois au plus parlent, et l'un après l'autre ; et que quelqu'un interprète.
28. S'il n'y a pas d'interprète, qu'on se taise dans l'église, qu'on parle à soimême et à Dieu.
29. Quant aux prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent.
tret autem quis infidelis vel idiota, convincitur ab omnibus, dijudicatur ab omnibus ,
25. occulta cordis ejus manifesta fiunt ; et ita cadens in faciem adorabit Deum, pronuntians quod vere Deus in vobis sit.
26. Quid ergo est, fratres? Cum convenitis, unusquisque vestrum psalmum habet, doetrinam habet, apocalypsim habet, linguam habet, interpretationem habet ; omnia ad aedificationem fiant.
27. Sive lingua quis loquitur, secundum duos, aut ut multum très, et per partes, et unus interpretetur.
28. Si autem non fuerit interpres, taceat in ecclesia, sibi autem loquatur et Deo.
29. Prophetae autem duo aut très dicant, et ceteri dijudicent.
heureux effets. — Trois principaux résultats sont mentionnés, tous conformes à la nature même de la prophétie : convincitur..., dijudicatur..., occulta ejus... Les paroles ardentes et inspirées de tous ces prophètes réunis iab omnibus), qui excitaient au repentir, qui peignaient sous de vives couleurs la laideur du péché et ses suites terribles, impressionnaient profondément les visiteurs en question : la conviction était produite dans leurs âmes, où leur conscience faisait comme une rapide enquête; leur état moral leur était ainsi dévoilé. Ils comprenaient que c'était réellement Dieu qui parlait par ces prophètes, et ils se convertissaient soudain : et ita cadens... — Quod vere... Frappant contraste avec le résultat produit par la glossolalie en des conditions analogues. Cf. vers. 23>».
5° Quelques règles pratiques sur l'usage des dons spirituels. XIV, 26-35.
26. Règle fondamentale : ne mépriser aucun des dons divins et les employer tous de manière à produire l'édification mutuelle. — Quid ergo...? Comme au vers. 15. C- à - d. : Que faut - il conclure? Que faut -il faire? — Le pronom unusquisque ne signifie pas que tous les chrétiens de Corinthe fussent favorisés de quelque « charisma »; moins encore, que chacun d'eux les possédât tous. Cf. xii, 7. Toutefois, cette façon de parler suppose qu'il y avait « une admirable exubérance » sous ce rapport dans la communauté corinthienne. — Psalmum : un pieux cantique, improvisé sous l'influence de l'Esprit- Saint. Comp. le vers. 15. — Habet est synonyme de « in promptu habet », 11 a à sa disposition. — Doetrinam : une instruction religieuse , en Tertu dn don de science. Cf. xii, 8. — Apocalypsim : une révélation. C'était le cas des prophètes. Voyez le vers. 6. — Linguam, interpre-
COMMENT. — VIII
tationem. Dans toutes les énumérations de ce genre, ces deux dons sont nommés en dernier, lieu par saint Paul. Cf. xii, 10, 30. — Omnia ad œdi/icationem... C'est la condition requise pour l'exercice des divers « charismata ».
27-28. Règles à suivre en ce qui concerne le don des langues. — La formule Sive lingua quis... suppose que l'écrivain sacré voulait continuer plus loin par « sive quis prophetat » ; mais il oublie son intention chemin fai>ant et a ensuite recours à une autre tournure. — Saint Paul détermine trois points spéciaux : 1° Le nombre des glossolales : secundiim duos aut... Plus clairement : Deux, ou au plus trois. 2« L'ordre d'après lequel ils devaient parler : chacun à son tour ( per partes ) ; par conséquent, un seul à la fois. Z" Le mode : et unus interpretetur. L'apôtre tient tellement à cette condition, qu'il interdit l'usage du don des langues au cas où elle ne pourrait pas être l'emplie : Si autem non... (vers. 28). — Sibi loquatur et... Dans cette même hypothèse, le glossolale ne devait donc pas user de son privilège; néanmoins il ne lui est pas interdit d'en faire usage pour lui-même, ni de s'entretenir avec Dieu au fond de son cœur.
29-33. En ce qui concerne le don de prophétie, l'apôtre pose deux règle'» analogues à telles qui regardent la glossolalie. — Relativement an nombre des prophètes : duo aut très... En supprimant l'expression « au plus » (comp. le vers. 27), Paul montre qu'il permettait qu'en certains cas exceptionnels un plus grand nombre de prophètes prissent la parole. — Ceteri (les autres prophètes) dijudicent. C'était le complément du don de prophétie. Voyez xii, 10 et les notes. — Relativement à l'ordre : quod si alii..., prior... ( vers. 30). Si plusieurs prooAètes avaient
I Cor. XIV, 30-35.