‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 201 sur 873 · Ecce mysterium vobis dico · texte numérisé non relu

Ecce mysterium vobis dico

(vers. 47) : èx yfiç, comme il est raconté au passage cité plus haut (comp. le vers. 45). En effec, au livre de la Genèse, ii, 7, d'après la traduction des LXX, il est dit que, pour former le corps d'Adam, Dieu prit xo^"^ ^"^^ t'Oç T^Ç» « pulverem de terra ». D'où il suit, conclut saint Paul, qu'Adam lui -môme est ex yriç Xoc/toç, « de terra, pulvereus », et par conséquent, que son corps était seulement psychique. — Le nom secundus homo ne peut désigner que Notre - Seigneur Jésus - Christ. Il reçoit ce titre de la même manière qu'Adam est appelé le premier homme. Ils sont opposés l'un à l'autre, comme fondateurs de deux humanités distinctes ; ils sont tous deux uniques en leur genre, c.-à-d. l'homme par excellence, et Adam a paru le premier dans l'ordre des temps, — Dà cselo. Ces mots ne se rapportent pas directement au corps du Christ, qui, lui aussi, était « de terra » , puisqu'il descendait d'Adam par sa mère très pure ; toutefois , comme ce corps était hypostatiquement uni à la divinité, il était en un sens tout céleste. — L'épithète caelestis n'a rien qui la représente dans le grec ; c'est du moins une excellente glose. Elle équivaut ici à « spirituel ». — Le premier et le second Adam ont formé leur postérité à leur image (vers. 48). D'un côté, terrenus (ô yoVxôç) et terreni (q\ xoïxoi); de l'autre, cœlestis (ô èîtoupâvio;) et cœlestes (oi èiroupàvioO. En effet, « toute race porte les caractères du chef dont elle est issue ». De même donc que nous avons reçu d'Adam un corps psychique, c.-à-d., mortel et porté au péché, de même le Christ donnera à tous ceux qui croient en lui un corps glorieux et immortel, en un mot, un corps spirituel. — Conclusion toute pratique de ces beaux développements : Igitur sicut... (vei-s. 49). — Portemus. Les manuscrits grecs varient entre le subjonctif cpopf.aw[j,£v (la leçon adoptée par la Vulgate) et cpop£cro[j.ev au futur ( variante préférée par les anciens commentateurs grecs). Dans le premier cas, la phrase contient uue exhortation pressante de l'apôtre ; dans le second, elle formule une promesse. Nos préférences sont pour le subjonctif et pour l 'exhoxtatlon qu'il exprime ; car il ne dépend

pas de nous de ne point porter l'image d'Adam dans notre corps (sicut portavimus...) , mais il est en notre pouvoir de porter un jour et à jamais celle du Christ ressuscité, et ceux-là seuls auront cet honneur, qui s'en seront rendus dignes par une vie toute chrétienne. —

— Hoc autem... (vers. 50). Formule très solennelle, qui introduit une conclusion d'une extrême gravité. — Caro et sangvis. Cette expression ne doit pas être interi)rétée ici au moral , comme si elle désignait les oeuvres de la chair et une conduite coupable. Cf. Rom. viit, 12-13. La plupart des commentateurs anciens et contemporains lui fout représenter à bon droit « notre organisme physique actuel », notre corps sous sa forme présente. La pensée de saint Paul (il la développera dans les verg. 53 et ôé^*) est donc que nous ne saurions pénétrer dans la bienheureuse éternité avec ce corps mortel et périssable. — Neque corruptio incorruptelam... C'est la même idée, reproduite sous une forme abstraite très énergique : il y a incompatibilité entre ce qui est corruptible , c-à-d., notre corps (comp. le vers. 53), et ce qui est incorruptible, c- à - d., la vie éternelle.

2° Le mode de la résurrection. XV, 51-58.

Après avoir répondu à la seconde question que les adversaires du dogme de la résurrection des corps étaient censés lui avoir posée au vers. 5, saint Paul revient à la première, « Quomodo résurgent... », et il décrit en peu de mots le grand drame de la résurrection, tel qu'il aura lieu à la fin des temps. Comp. I Thess. IV, 12 et ss., où la description de ce même fait est plus complète.

51-53. Cette première partie de l'exposé, qui est en étroite connexion avec le vers. 50, concerne particulièrement le sort des hommes que la fin du monde trouvera encore vivants icibas, et annonce qu'eux aussi ils subiront dans leur corps une transformation analogue à la dissolution opérée par la mort. — Ecce mysterium... Introduction encore plus majestueuse que celle du vers. 50. L'enseignement qui suit est appelé un mystère, parce qu'on ne peut le connaître qu'en vertu d'une révélation spéciale.

— Omnes quidem... Le tey^« grec présente en

I Cor. XV, 52.

Omnes quidem resurgemus , sed non omnes immutabimur.

52. In momento, in ictu oculi, in novissima tuba, canet enim tuba, et

dire : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous transformés.

52. En un moment, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette (car la

cet endroit trois leçons assez divergentes. lo Celle qu'a suivie la Vulgate , et qui n'a pour elle qu'un seul manuscrit grec de quelque valeur : 7iâvT£ç fJLev àvaoTYjo-ofxeôa , où Trâvreç Ô£ à.Xkayr\(jô[i.s.Ox. 2° Cette variante, qu'on trouve dans plusieurs manuscrits grecs très anciens, dans la version arménienne, etc. : Tcàvxec fxèv xoi[x-ri6y)<T6[;.e0a, où TtàvTSç ôe àXXayyiad[j,£6a, Nous dormirons (c.-à-d., nous mourrons) tous, mais nous ne serons pas tous transformés. 3" La suivante, qui est de beaucoup la plus commune parmi les manuscrits grecs, et à laquelle se sont conformées les versions syriaques, copte, gothique, etc., tous les Pères grecs, saint Jérôme (ce savant docteur affirme l'avoir rencontrée dans de nombreux manuscrits latins), etc. : Tiavxeç où v.ot[Lrfi-(]- (TOfxeôa, Tiâvxe; ôè àXXayyjcrotxeôa, Nous ne dormirons pas tous, mais nous serons tous transformés. Les deux premières leçons donnent au fond le même sens, car leur diversité est plus apparente que réelle. D'après elles, tous les hommes mourront et ressusciteront, mais ils ne seront pas tous transformés. Cela signifle que la résurrection sera générale, sans distinction des bons et des méchants, mais que tous n'auront point part à la transfiguration glorieuse qui a été décrite ci -dessus (comp. les vers. 42 et ss.), attendu qu'elle sera réservée aux seuls justes. La.trolsièmc leçon atteste, au contraire, que tous les hommes ne mourront pas, et, par suite, qu'ils ne ressusciteront pas d'une manière proprement dite, mai« qu'ils subiront tous une transformation dans leur être physique. Si l'on examine ces leçons sous le rapport de leurs garants extérieurs, il est certain que la troisième est de beaucoup la plus pi'obable. Il en est de même au point de vue du sens, tel qu'il est déterminé par le contexte. En effet, d'une part, dans toute la démonstration qui précède, saint Paul n'a parlé directement que de la résurrection des justes, et nullement de celle des pécheurs; comment donc amènerait -il subitement cette dernière sur la scène? comment aussi pourrait -il coup sur coup, dans deux versets qui se suivent (les vers. 51 et 52), se ranger parmi ceux qui seront transformés et ceux qui ne le seront pas? De plus, quel mystère y a-t-il dans le fait de la résurrection, si nettement annoncé par Jésus -Christ lui-même (cf. Joan. v, 28-29, etc.)? Tout est clair et simple, au contraire, d'après la troisième leçon. L'apôtre se place par la pensée à la fin du monde. L'avènement du Christ sera si soudain, qu'un nombre considérable de justes vivront encore à ce moment. Que se passera -t- il pour eux, puisqu'il n'est pas possible d'entrer dans la vie glorieuse avec un corps corruptible ? Saint Paul le prédit Ici, comme une chose très mystérieuse en vérité ,

de même qu'il l'avait écrit déjà, I Thess. iv, 14 et ss, : ces justes ne mourront pas d'une manière proprement dite (« Nous ne mourrons pas tous »), mais il y aura pour eux une transformation extrêmement rapide, qui équivaudra à la l'ésurrection (« nous serons tous transformés »). Il est visible que cette interprétation s'harmonise avec le contexte, autant que l'autre s'en écarte. Comp. aussi II Cor. v, 1 et ss. C'est donc très justement que Tertullien , saint Jean Chrysostome, saint Jérôme, saint Thomas d'Aquin, etc., et la plupart des exégètes contemporains l'ont adoptée. Il est vrai que, d'après le vers. 22, Rom. v, 12 et Hebr. ix, 27, tous les hommes doivent passer par la mort ; mais le fait que nous signalons sera une simple exception à la règle générale. D'ailleurs, n'oublions pas que saint Paul signale ce fait comme un mystère. Ce phénomène merveilleux aura lieu de telle sorte, dit saint Jérôme (ad Marc, Ep. Lix , 3 ) , « ut corpus ab anima non deseratur, sed anima habitante in corpore, flat inclytum quod antea inglorlum fuit. » Cf. II Cor. V, 4. Voyez Cornely, h. l.; A. Delattre, Le second avènement de Jésus - Christ et la dernière génération humaine, Louvain 1881,(Extrait de la Reffiic catholique de Louvain). — Dans »un langage presque aussi rapide que les faits , l'apôtre détermine maintenant ( vers. 52 ) les circonstances dramatiques parmi lesquelles aura lieu la transformation en question. Elle sera instantanée, comme le marquent les deux expressions in momento (d'après le grec : dans un instant indivisible ), in ictu... — In novissima tuba. Tel en sera le signal. Cf. I Thess. iv, 15. Expression figurée, comme l'admettaient déjà la plupart des anciens commentateui'S (Théodoret, saint Grégoire le Grand, saint Thomas d'Aquin, etc.), pour désigner « aliquod evidentissimutr et praeclarissimum signum» (saint Augustin, ad Eonor., Ep. 140). Les exégètes ne sont pas tous d'accord sur la nature de ce signal (d'après les uns, l'ordre de Dieu mentionné I Thess. IV, 16; d'après les autres, la voix de Jésus -Christ, Joan. v, 28, ou la voix d'un archange, I Thojs. iv, 15, etc.). L'image est empruntée à la coutume de réunir les grandes assemblées religieuses d'Israël au son de la trompette. Cf. Num. x, 2-10. — Cette trompette du jugement est appelée novissima (y) £(TXOtT/) , la dernière), parce qu'elle sera lo dernier signe de la fin du monde et de l'avènement de Jésus -Christ. — Canet enim... Dans le grec : (laXTita-ei yâp. Car il y aura un son de trompette. — A ce signal, d'une part, mortui résurgent...; de l'autre, nos immutabimur. Ceux des justes qui seront dans le tombeau ressusciteront; ceux qui vivront alors (comp. I Thess. IV, 17 : Nous, les vivants) subiront la transformation Indiquée dans les notes du

ICOR. XV, 63-57.

trempette sonnera), les morts ressusciteront incorruptibles , et nous serons transformés.

ô3. Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.

54. Et quand ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira cette parole de l'Ecriture : La mort a été abst)rbée dans la victoire.

55. Où est, ô mort, ta victoire? où est, ô mort, ton aiguillon?

56. Or l'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la force du péché , c'est la loi.

Page 1