‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 29 sur 873 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

1. Quid ergo dicemus invenisse Abraham, patrem nostrum, secundum carnem?

1. Quel avantage dirons -nous donc qu'Abraham, notre père, a obtenu selon la chair ?

de ses actes la foi en Jésus -Christ. Comp. l'expression opposée, Gai. m, 10 : <( qui.,, ex operibus legis surit. »

27-31. Couséquences du nouveau système de justification. Il y en a deux : la première, c'est qu'une justification ainsi effectuée ne laisse aucune place à la vanité et aux prétentions humaines, puisqu'elle est entièrement gratuite, vers. 27-28; la seconde, c'est que les Juifs et les païens sont désormais placés sur un même pied d'égalité, vers. 29-30. Presque tout est exprimé dans ce passage sous la forme dialoguée, par une s*^rie rapide, triomphante, de questions et de réponses. — Ubi... gloriatio...? C'est aux Juifs que la question s'adresse. S'il n'existe pas de vraie justice produite par les œuvres , mais seulement une justification opérée par la bonté de Dieu, personne ne peut se vanter d'être juste et saint grâce h ses propres efforts. — Exclura est. Elle a été pour ainsi dire mise à la porte, une fois pour toutes, par un acte de vigueur. — Per guam legem f C-ii-d.., en vertu de quel système, de qu<3l ordre de c'noses? Le mot vôjxo: est pris ici dans un sens très général. — Factorum : des œuvres, par opposition à la foi. — Per legem fidei. « Par un système dont l'essence est la foi. » — Justificari... per fi.clem aine... (vers. 28). Tout est là : la foi est le commencement et la fin de la justification. — An Judœorum...? Les vers. 29 et 30 démontrent aussi par mode d' « argumentum e contrario » que la justification a lieu uniquement par la foi sans les pratiques légales. Si Dieu l'avait rattachée aux œuvres de la loi, il semblerait n'être que le Dieu des Juifs, puisqu'il exclurait du salut tous les païens. Mais cela n'est pas, attendu qu'il justifie également

ces derniers par la foi. — Immo et... Dans le grec : Oui, aussi des païens. Assertion très énergique. — Preuve qu'il en est vraiment ainsi : Quoniam quidem,... — Vnus est Deus : un seul et même Dieu pour toutes les races humaines, et se conduisant désormais envers toutes de la même manière. — Les substantifs oircu.mcisionem et prseputium sont au concret (cf. ii, 27») : les circoncis et les incirconcis, les Juifs et les païens. — Eœ fide, per fidem. Ce n'est là qu'une simple nuance de langage : Ix marque la source, ùiy. le moyen. De part et d'autre, la foi est indiquée comme l'unique chose nécessaire. — Legem ergo... (vers. 31). Saint Paul cite, pour laréfuter, une fausse conclusion qu'on aurait pu tirer de ses paroles. S'il n'existe qu'une seule sorte de justification, qui ne peut être obtenue que par la foi, indépendamment des œuvres de la loi mosaïque, il semblerait que cette loi est par là même abolie, rendue inutile. Mais l'apôtre rejette vivement cette déduction ( Absit / ) et proteste que, par son enseignement, la loi est plutôt confirmée, consolidée : legem statuimus. Affirmation dont il prouvera la vérité dans le chapitre suivant.

§ II. — L'existence de la justification par la foi est démontrée au moyen de l'Ancien Testament. IV, 1-25.

En réalité, c'est surtout par l'histoire d'Abraham que cette démonstration a lieu. L'exemple ne pouvait pas être mieux choisi, à cause du grand rôle que le « père des croyants» (comp. les vers. 16 et 17) avait joué dans les préliminaires de l'institution de la théocratie, et aussi parce que, pour les Juifs, ses descendants selon la chair, Abraham était comme l'incarnation du

Rom. IV, 2-5.

2. Car si Abraham a été justifié par les œuvres, il a sujet de se glorifier, mais non devant Dieu.

3. Eu effet, que dit l'Écriture? Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice.

4. Or à celui qui fait une œuvre, le salaire est imputé, non comme une grâce, mais comme une dette.

5. Et à celui qui ne fait pas d'œuvres, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice, selon le décret de la grâce de Dieu.

2. Si enim Abraham ex operibus justificatus est, habet gloriam, sed non apud Deum.

3. Quid enim dicit Scriptura ? Credidit Abraham Deo, et reputatum est illi ad justitiam.

4. Ei autem qui operatur, merces non imputatur secundum gratiam, sed secundum debitum.

5. Ei vero qui non operatur, credenti autem in eum qui justificat impium, reputatur fides ejus ad justitiam', secundum propositum gratise Dei.

salut et le type par excellence du juste. Ce passage nous fournit un spécimen intéressant de la manière dont Paul argumentait d'après l'Écriture sainte.

1° Abraham a été justifié par la foi. IV, 1-8.

Chap. IV. — 1-5. La preuve biblique de ce fait. — Quid ergo...? La particule oiSv rattache ce passage au précédent (m, 31); l'apôtre se dispose à prouver que la doctrine prêchée par lui n'est pas contraire à la loi et ne la détruit point. — Invenisse. Ce verbe n'occupe pas la même place dans les anciens manuscrits et les versions. Tantôt il est renvoyé après les mots « patrem nostrum » ; tantôt , et c'est la leçon la mieux garantie , il vient immédiatement après le verbe dicemus. Dans le premier cas , la phrase slgQifie : Que dirons -nous qu'Abraham a gagné selon la chair? C.-à-d. , par des moyens purement naturels et sans le secours de la grâce. Dans le second cas : Que dirons -nous qu'Abraham, notre père selon la chair, a trouvé? La divergence n'est pas bien grande, quelque variante que l'on admette. — Patrem nostrum. D'après les meilleurs manuscrits : xbv TzpoTzâ- TOpa r,(jLCL)v (au lieu de TuaTepa), notre ancêtre. La mention de la paternité d'Abraham n'est pas oiseuse en cet endroit. En tant qu'il était l'ancêtre des Juifs, il était aussi le type de tous ses descendants ; si donc il n'a pas été justifié par les œuvres extérieures, mais par la foi, il doit en être de même de sa postérité. — Secundum carnem. D'après l'opinion que nous avons adoptée plus haut, ces mots équivalent à « proprlis viribus » : par ses efforts naturels, par ses œuvres. La réponse à la question n'est pas donnée en termes explicites ; mais il est aisé de la sous - entendre : Abraham n'a rien trouvé selon la chair. — Si... ex operibus... ( vers. 2 ). Si la justification du grand patriarche avait été le résultat de ses actes personnels, il pourrait avoir quelque motif de se vanter (habet gloriam, -/.aû^coixa) devant les autres hommes, moins parfaits que lui; mais non pas devant Dieu (sed non...). En effet, Abraham lui-même no pouvait pas affirmer devant Dieu qu'il était justifié par ses propres mérites. Le Seigneur ne dit -il pas formellement dans les saints Livres que son fidèle serviteur avait été justifié par la foi : Quid enim... (vers. 3)? — Scriptura. La Genèse, xv, 6, citée d'après les Septante. Les

Juifs contemporains de Notre -Seigneur attribuaient une importance particulière à ce texte, et à la foi d'Abraham qui y est célébrée. Philon le mentionne jusqu'à dix fols. Voyez I Mach. II, 52; Gai. m, 6; Jac. ii, 23. — Credidit... Deo. Cette foi consista directement dans l'adhé- • sion complète d'Abraham à la promesse que Dieu lui avait faite, en dépit de toute impossibilité naturelle, d'une postérité considérable. Mais elle ne se borna pas à ce point isolé, car elle était accompagnée d'une disposition générale à admettre toutes les révélations divines sans exception (c'est ce qu'exprime fort bien la formule : Il crut à Dieu ) ; c'est pourquoi elle produisit un si merveilleux effet. — Et reputatum est... Métaphore : cela fut mis à son compte, à son avoir. Dieu est censé tenir une comptabilité, dans un livre où l'actif et le passif de chaque individu sont très exactement notés. Cf. Is. Lxv, 6; Dan. vit, 10; Mal. m, 16, etc. Cette idée de l'imputation des mérites ou des démérites était très courante chez les Juifs d'alors. — Ad justitiam. Mieux , d'après le grec : « in justitiam. » En considération de sa foi, Dieu daigna lui accorder gratuitement la justification. Tout le reste du chapitre sera un coma entaire de ce texte de la Genèse. — Ei autem... (vers. 4 et 5). Exemple emprunté à la vie quotidienne, pour montrer qu'Abraham n'a pas été justifié par les œuvres , mais par la foi. Un ouvrier gagne strictement son salaire, et, lorsqu'on le paye, on ne lui fait pas un don gratuit (merces non... secundum,..'), mais on lui accorde ce à quoi il a un droit rigoureux (secundum, debitum). — Au contraire, ei... qui non..., reputatur... (vers. 5). Le principe, quoique général encore en apparence, se spécialise en vériié et nous ramène à Abraham, qui ne fut pas justifié pour des actes personnels , mais pour sa foi très intense, credenti autem,. — In eum qui... C.-à-d., en Dieu. L'épithète impium représente ici tous les impies d'une manière générale. Elle renforce singulièrement la pensée : si Dieu justifie les pécheurs, à condition qu'ils aient la foi, à plus forte raison justifiera -t -il des saints comme Abraham. — Les mots secundum propositum... (c.-à-d., conformément au décret miséricordieux en raison duquel le Seigneur a résolu de toute éternité de sauver l'humanité ) ne sont pas dans le grec. C'est pro-

Rom. IV, 6-11.

G. Sicut et David dicit beatitudinem liominis, cui Deus accepto fert justitiam sine operibus :

7. Beati quorum remissae sunt iniquitates, et quorum tecta sunt peccata.

Page 1