‹ La Sainte Bible (volume 5)Chapitre 301 sur 873 · En effet, par la loi je suis mort · texte numérisé non relu

En effet, par la loi je suis mort

et à prouver qu'il serait injuste de vouloir imposer aux païens convertis l'observation des lois cérémonielles du judaïsme, l'apôtre commence par une concession. Il reconnaît qu'appartenir par la naissance inatvra) au peuple juif (comme c'était le cas pour lui-même, pour Pierre, Barnabe, etc.), était une grande grâce et un privilège insigne. Cf. Ex. XIX, 6 ; Deut. vu, 6 ; Rom. ii, 17 et ss. ; IX, 4 ; XV, 8 et ss., etc. — Et von ex gentibus... Les païens, qui ignoraient le vrai Dieu et qui suivaient sans frein leurs mauvais penchants, méritaient particulièrement le nom de pécheurs. Cf. Rom. n, 12 ; I Cor. ix, 21 ; Eph. ir, 12, etc. — Scientes autem.., (vers. 16). Appel à la conviction intime et à l'expérience de Pierre et des Judéo-chrétiens. S'ils so sont attachés à Jésus- Christ, malgré les avantages très réels que leur conférait la religion juive, c'est parce qu'ils savaient de science certaine que les observances légales étalent incapables de leur procurer le salut. — Non justijicatur... ex operibus... Cette proposition sera démontrée plus bas, m, 1 et ss. Comp. Rom. iv, 1 et ss. — Nisi per fidem... Dans le sens de « sed tantum per... », comme on le voit par le contexte. — Et nos... Nous aussi, même nous, Juifs de naissance. — Au lieu de in Christo... credimus, il faudrait : « in Christum... credimus ». — Les mots ex operibus legis non... semblent être un écho du Psaume cxLii, 2. Ils Insistent vigoureusement sur la pensée. Voyez Rom. m, 20. — Quod si... (vers. 17). Continuant de développer sa démonstration, Paul signale une première conséquence absurde à laquelle conduirait forcément la doctrine opposée h la sienne. — Le trait quserentes justificari... s'applique aussi aux Juifs de naissance qui, comprenant que la loi mosaïque n'était pas capable de les sauver, l'avaient délaissée pour chercher la Justification à sa seule vraie source, la foi en Jésus- Christ. Si cette foi est insuffisante, et s'fl est nécesf?aire d'y ajouter les œuvres

légales, les Judéo-chrétiens ont péché en aban< donnant celles • cl ; par suite , Jésus - Christ , cause de cet abandon, serait en même temps la cause de leur péché (peccati minister; c.-à-d., promoteur du péché). La stipposition étant tout à fait injurieuse pour Notre- Seigneur, Paul l'adoucit en la présentant sous une tournure interrogative, qui l'exprime comme une chose douteuse. Eu outre, lise hâte de la rejeter d'une manière absolue par la formule Absit. Cf. Rom. iii, 4, etc. — Si enim... (vers. 18). Seconde conséquence lâcheuse de cet abandon du Judaïsme, s'il était injustifié. L'auteur se met directement en scène, non seulement pour rendre sa démonstration plus vivante, mais aussi pour prendre directement sur lui l'odieux de l'hypothèse prœvaHcatorem me... — Si... quse destruxi, iterum... L'image est aisée à comprendre. Si, après avoiri démoli un édifice, on le reconstruit plus ta'-d, on prouve qu'on a eu tort de le démolir. De même, Paul, et Pierre, et tous les Juifs convertis, auraient démontré qu'ils étaient des prévaricateurs, des transgresseurs de la loi, si, après l'avoir quittée pour aller au Christ, ils s'étaient remis k l'observer comme nécessaire au salut. S Ion plusieurs commentateurs, l'apôtre voudrait dire qu'il violerait la loi en se mettant de nouveau à la pratiquer, parce que c'est ellemôme qui l'avait convaincu de son inutilité, de son abrogation et de la nécessité de croire au Christ. Ce sentiment, quoique un peu subtil à première vue, s'accorde assez bien avec ce qui suit ; mais nous lui préférons l'autre interprétation. — Ego enim... (vers. 19). L'npôtre va prouver qu'un Juif devenu chrétien ne pèche point en ne revenant pas à la pratiq\ie de la loi. — Legi mortuus... C.-à-d.: Je ne vis pas relativement à elle, j'ai cessé d'être sous son autorité , je suis libre en ce qui la concerne. Cf. Rom. VII, 1 et ss. — Comment a été opérée cette délivrance ? Per legem. C'est là une sorte

Gal. II, 20-21.

à la loi, afin de vivre pour Dieu; avec le Christ j'ai été cloué à la croix.

20. Et je vis, non ce n'est plus moi, mais c'est le Christ qui vit en moi ; et si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé, et qui s'est livré lui-même pour moi.

21. Je ne rejette pas la grâce de Dieu. Car si la justice s'acquiert par la loi, le Christ est donc mort en vain.

sum , ut Deo vivam ; Christo confixus sum cruci.

20. Vivo autem , jam non ego ; vivit vero in me Christus. Quod autem nunc vivo in carne, in fide vivo Filii Dei, qui dilexit me, et tradidit semetipsum pro me.

21. Non abjicio gratiam Dei. Si enim per legem justitia, ergo gratis Chrietus mortuus est.

de paradoxe, qu'on a différemment Interprété. Selon les uns : par la loi nouvelle, celle du Christ, qui a remplacé celle de Moïse. Mieux, selon les autres : par la loi mosaïque elle-même, comme le déclarent les mots suivants, qui contiennent en abrégé l'admirable théorie de saint Paul sur la régénération chrétienne. La loi , dit-il (cf. iir, 13-14 ; Rom. vu, 9-10), maudit et condamne à mort quiconque la transgresse, et par conséquent tous les hommes. Mais Jésus- Christ a voulu prendre sur lui cette malédiction que nous avions méritée, et il a subi la mort pour nous sauver : c'est donc la loi qui l'a fait mourir. Toutefois, par le baptême, nous sommes si étroitement unis à Jésus, que nous ne formons qu'un seul être avec lui, de sorte que sa mort est la nôtre, et que sa résurrection est également notre résurrection. Dans ce sens, nous aussi nous avons été mis à mort par la loi , libérés de la loi par la loi même. Cf. Rom. VI, 3 et Fs. — Ut Deo livam. Contraste avec ce qui précède. En mourant à la loi, le chrétien entre dans luie existence nouvelle, eatièremeiit surnaturelle, où il ne doit vivre que pour Dieu,

— Christo con/fXMS...(XpicrTâ) cr*JV£(TTaûpa)[i.at). A la manière qui vient d'être indiquée : en vertu de l'union mystique du chrétien avec le Christ.

— Vivo autem... (vers. 20). Nous trouvons ici l'explication des mots « ut Deo vivam » : l'essence la plus intime de la vie régénérée des chrétiens ne saurait être mieux définie. Au négatif : vivo... jam non ego (le pronom est très accentué; c.-à-d. : en moi, l'homme naturel, le vieil homme a cessé de vivre). Cf. Rom. vi, 6. Au positif : vivit vero... Christus. En échange de la vie que j'ai perdue, j'ai reçu une existence incomparablement supérieure, puisqu'elle se confond en réalité avec la vie du Christ, qui est le principe de mes pensées, de mes paroles et de mes actes.

Cf. Joan. XV, 1 et ss. — L'apôtre insiste sur cette idée sublime, afin de la rendre encore plus précise : Qvod autem... En fait, même après le baptême, le chrétien continue de vivre in carne, c.-à-d., de la vie physique et naturelle, comme les autres hommes ; mais cette vie même a été transformée et transfigurée en lui par sa foi au Fils de Dieu (m fide... Filii...; la foi par laquelle il croit que Jésus est le Fils de Dieu).

— Se rappelant les bienfaits immenses du Sauveur pour l'humanité déchue, Paul ajoute, vivement ému : Qui dilexit... et tradidit... Voyez i, 4; Joan. III, 16 et xv, 13, etc. — Non ahjicio... (vers. 21). Le discours s'achève par l'indication d'une troisième conséquence très funeste que produirait la doctrine judaisante. Le grec oùx àOexo) signifie plutôt : Je n'annule pas, je ne rends pas vaine. Litote pour dire : Je retiens t!e toutes mes fores la grâce de Dieu. Cette grâce, c'est ici le sacrifice humiliant et s?nglant •lu Fils de Dieu ; or elle est réduite à néant par ceux qui prétendent que la loi mosaïque demeure strictement obligatoire pour les chrétiens : Si cnim per Icgem... ergo (adverbe accentué)...

— Gratis, Stopôâv : gratuitement; puis, sans résultat, à pure perte. En effet, si la loi possède une vraie puissance pour justifier les hommes de leurs péchés et pour leur procurer la vie éternelle, la mort de Jésus -Christ sur la croix a été superflue. — Quelle fut l'attitude de saint Pierre devant cette protestation vigoureuse de l'apôtre des Gentils ? Il ressort de ce récit qu'il reconnut humblement la justesse des réclamations de Paul, et que, comprenant mieux les conscîquences dangereuses que pouvait avoir sa conduite, il manifesta en actes et en paroles qu'il était permis à tous les chrétiens sans distinction de rompre avec les observances légales.

Gal. III, 1-3.

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