Nous avons toutefois des dons dif
désignent les mots per gratiam quse... Cf. i, 5. C'est qu'il s'agit d'un point qui touchait h la discipline de l'Église; de là cette injonction formelle. — Omnibus qui... : à tous les chrétiens de Rome sans exception. Le grec emploie le singulier (TràvTi TÔJ ovTi...); ce qui rend l'ordre tout à fait individuel. — Non plus sapere..., sed... Il y a dans le texte original un jeu de mots intéressant, mais intraduisible dans notre langue : [XYi iJTrepcppovsîv Trap'o ôsî cppoveïv, dcXXà cppov£tv elç To awppovetv. En latin : a Non se œstlmare ultra modum quo (quls) se œstimare débet, sed se asstiraare usque ad justam sui aestlmationem. » En effet, le verbe «ppovsîv (Vulg. sapere) équivaut en cet endroit aux locutions « ce aestimare, de se sentire »; d'où il suit que vi7r£p9pov£tv, d est trop bien penser de sol, s'estimer trop. Au contraire awcppovetv, c'est s'estimer avec sagesse, à sa juste valeur (ad sobrietatem, comme dit assez exactement la Vulgate). — Unicuique... La conjonction et, qui précède cette dernière partie du verset , manque dans le grec; elle ne fait que gêner la marche de la pensée. — Sicut... divisit. Comp. I Cor. vu, 17, où nous trouvons la même formule dans une circrnstance toute semblable. L'apôtre accentue ces deux idées : il y a une diversité dans les dons répartis à chacun, et c'est Dieu lui-même qui est l'auttur de cette diversité. — Mensuram fidei. La plupart des exégètes anciens et modernes s'accordent à reconnaître que, dans cette formule , le mot foi désigne par métonymie les dons spéciaux qui vont être énumérés plus bas, vers. 6 et ss. Le contexte exige cette interprétation. D'ailleurs, ces dons, ces x'^P'-'^l^'^'^'^^ comme on les nomme d'après saint Paul luimême (cf. vers. 6; I Cor. vu, 7, etc.), étalent accordés aux premiers chrétiens comme une conséquence do la foi. La recommandation contenue dans le vers. 3 revient à dire : Que chacun se contente modestem.ent des dons qu'il a reçus, de la sphère spirituelle où Dieu l'a placé, s'efforçant de bien piofltcr des grâces qui lui ont été accordées, sans ambitionner rien de plus. — Sicut enim... Les vers. 4-5 présentent une comparaison familière à notre auteur, et qu'on trouve souvent aussi dans les auteurs anciens. Il la dé-
veloppe plus longuement dans la première épître aux Corinthiens, xii, 12-31, passage qu'il se contente de résumer ici. Comp. Eph. iv, 15; Col. I, 18, etc. A ses yeux, l'Église était un organisme vivant, ;un corps animé; chaque fidèle est un rouage de cet organisme, un membre de ce corps. Mais, tout en exerçant ses fonctions spéciales, chaque membre existe surtout pour l'ensemble du corps, et non pas isolément pour lui-même. Il suit de là, et telle est la leçon que veut donner l'apôtre, que la modestie et l'humilité sont nécessaires à chaque chrétien, pour que la vie de l'Église, ou de la communauté particulière, aille régulièrement et n'ait pas à souffrir. Que chacun demeure donc à sa place et dans sa fonction! — In Christo (vers. 5) : par suite de notre union avec Noti'e- Seigneur Jésus -Christ, qui est la tête de ce corps mystique. — Habentes... Dans les vers. 6-8, saint Paul fait voir par quelques exemples de quelle manière les fldèitîs doivent accomplir la recommandation qui précède. La construction de la phrase est assez irrégulière ; mais on obtient un sens très net en suppléant quelques mots çà et là (voyez la traduction). — Donationes, -/0£pt(T(/.aTa. Ce mot grec est demeuré l'expression technique pour désigner en théologie certains dons surnaturels absolument gratuits, certaines faveurs ou aptitudes extraordinaires, que Dieu accorde aux fidèles, moins pour eux-mêmes qu'en vue de l'utilité du prochain. Les théologiens les nomment aussi des grâces gratuitement données (« gratiœ gratis datae »), pour les distinguer de la grâce proprement dite (a gratia gratum faciens »). Ils étaient une manifestation de la grâce de l'Esprit -Saint, soit dans l'Église en général, soit dans les âmes individuelles des chrétiens; manifestation destinée à fortifier la foi de ceux-ci et à exciter celle des Juifs et des païens. Ils étaient fréquents dans la primitive Église; ils se sont raréfiés depuis, parce qu'ils n'étaient plus aussi nécessaires. Saint Paul en mentionne sept ici -même; I Cor. xii, 8-10, Il en signale neuf. Voyez aussi I Cor. xii, 28-31. Il n'en a probablement pas épuisé la liste, car ils peuvent être aussi nombreux que les besoins spirituels de l'Église. Parfois l'Esprit -Saint gref-
Rom. XII, 7-8.
férents, selon la grâce qui nous a été accordée : soit le don de prophétie, selon l'analogie de la foi ;
7. soit le ministère , pour s'exercer au ministère ; soit l'enseignement, pour celui qui enseigne ;
8. l'exhortation, pour celui qui exhorte; la simplicité, pour celui qui distribue; la sollicitude, pour celui qui préside; la joie, pour celui qui exerce la miséricorde.
dum gratiam quae data est nobis, différentes : sive prophetiam, secundum rationem fidei,
7. sive ministerium in ministrando, sive qui docet in doctrina,
8. qui exhortatur in exhortando, qui tribuit in simplicitate, qui prseest in sollicitudine, qui miseretur in hilaritate.
fait ces dons sur des talents naturels déjà existants; d'autres fois, le don était complètement surnaturel (par ex., le don des miracles ^ le don de prophétie, etc.). — Secundum gratiam ix'^~ ptv )... différentes. La diversité des dons ne provenait donc pas de la diversité des mérites, mais uniquement de la grâce de Dieu et de sa volonté. — Prophetiam. Le don d'exposer avec une force tout à fait convaincante les vérités de la foi; don qui supposait une illumination extraordinaire, et auquel était souvent associée la prophétie dans le ëens strict, c.-à-d., le pouvoir de révéler les mystères du présent et de l'avenir. — Secundum,... Dans cette énumération, après avoir mentionné un don spécial, saint Paul ajoute quelques mots pour indiquer de quelle manière on doit s'en servir dans l'intérêt commun. Il faut donc que le prophète exerce son rôle secundum rationem fidei, ou, comme s'exprime le grec : selon l'analogie de la foi ; ce qui signifie : conformément à la foi. Si les paroles prophétiques exprimaient quelque chose de contraire à la fol objective de l'Église, telle qu'elle est contenue dans la sainte Écriture et dans la tradition , on verrait par là même que celui qui les profère est un faux prophète. Que le prophète se garde donc de mélanger, par amour - propre, ses pensées personnelles à celles de Dieu, et que ses enseignements demeurent en harmonie avec la doctrine révélée. — Le mot ministerium ( verset 7), de même que son équivalent grec 6taxovc'a, est très général par lui même, et peut désigner toute sorte de ministères ecclésiastiques. Comp. XI, 13, où Paul nomme ainsi son apostolat, et XV, 31, où il dit qu'il remplit son ministère lorsqu'il recueille des aumônes pour les pauvres de Jérusalem. Voyez aussi I Cor. xii , 5 et XVI, 15; II Cor. viii, 4; Eph. iv, 12, etc. C'est cette acception générale qui convient le mieux ici ; il s'agit donc d'une aptitude surnaturelle à exercer des fonctions utiles au service de l'Église. — In ministrando. D'après le grec : dans le ministère. C.-à-d.: que celui qui possède ce don n'en recherche pas d'autre, et s'applique à le bien exercer. — Qui docet. Celui qui a reçu le don spécial d'enseigner avec fruit. Remarquez le ch xngément qui a lieu dans la construction. — In doctrina. Sous -entendu : « sit » ou « maneat ». Qu'il s'applique à bien enseigner. — Qui exhortatur. Le docteur expliquait,. démontrait théoriquement les vérités chrétiennes, en agissant sur l'Intelligence des auditeurs; celui qui
exhortait agissait sur les cœurs et sur les volontés par de chaudes et éloquentes paroles, et il excitait à pratiquer la vertu. — In exhortando (« sit »). Qu'il ne sorte pas de là, puisque telle est sa grâce particulière. — Qui trihuit. A la lettre dans le grec : Celui qui communique ; c.-à-d., qui se sent porté par l'Esprit de Dieu à donner de ses biens aux pauvres. Cf. I Cor. XIII, 3. — In siinplicitaie. Qu'il donne sans penser à ses intérêts propres, mais uniquement à ceux de ses frères. Four les dons qui précèdent, l'apôtre s'est contenté d'inviter ceux qui en étaient investis à demeurer dans leur sphère; pour celui-ci et les deux suivants, il marque de quelle manière on doit les mettre en œuvre. — Les mots qui prseest ne désignent pas ici le ministère ecclésiastique, dont il a été question plus haut (voyez le vers. 7»), mais le don de gouverner, de diriger dans un cercle plus restreint; par exemple, la direction et le patronage des œuvres qui ne manquaient pas au début de l'Église, alors qu'il y avait tant à organiser. — In soUicitudine : avec zèle (èv (movbri ). — Qui miseretur. Celui qui est porté par la grâce à pratiquer ce que l'on nomme les œuvres de miséricorde , à soulager les souffrances physiques et morales du prochain. — In hilaritate : puisqu'un joyeux visage et des paroles affables ne contribuent pas peu à consoler les affligés.
9-21. Pratique de la charité faternelle. Telle est la pensée dominante et presque perpétuelle de ce passage, qui est « si admirablement chrétien », et qui a beaucoup d'affinité avec le chapitre XIII de la première épître aux Corinthiens. De temps en temps l'écrivain sacré pousse pour ainsi dire une pointe en d'autres directions de la vie morale des chrétiens, mais il revient promptement à la charité. Comme dans les lignes que l'on vient de lire, la construction est assez irrégulière. On voit que les pensées et les réflexions se pressent dans l'esprit de l'apôtre, et il ne s'inquiète pas de l'élégance de son style. D'ailleurs , rien de plus énergique que ces recommandations successives, brièvement énoncées. — Le vers. 9 exprime un principe général. Par dilectio (r\ ayaTTY)), 11 faut entendre l'amour soit de Dieu, soit du prochain. — Sine simulatione fs.-ent. « sit »). A la lettre dans le grec : sans hypocrisie. — Suivent deux qualités de cet amour sincère. La première : odientes (s.-ent. « cstote »)... Le grec àuoaTuyoGvTeç exprime un vif sentiment d'horreur, qui fait qu'on se sépare de
Rom. XII, 9-16.
9. Dilectio sine simulatione ; odientes malum , adhaerentes bono ;
10. caritate fraternitatis invicera diligentes ; honore invicem prfBvenientes ;
11. soUicitudine non pigri ; spiritu ferventes; Domino servientes;
12. spe gaudentes ; in tribulatione patientes ; orationi instantes ;
13. necessitatibiis sanctonim communicantes ; hospitalitatem sectantes.
14. Benedicite perseqnentibus vos ; benedicite, et nolite maledicere.