ἘΚ APPROBATIONS
. Avertissement, il répond d'avance à ceux qui seraient tentés de lui en faire un reproche. Pour nous, nous voyons dans cette exactitude minutieuse, qui parfois pourra paraitre excessive, une qualité plutót qu'un défaut. Dans tous les cas, plus fidéle et plus complète que la plupart des versions françaises, celle-ci répond au besoin qui s'est fait sentir depuis longtemps dans notre pays, d'une traduction sûre et autorisée qu'on puisse mettre sans aucun danger entre les mains des fidèles. Nous l'approuvons en ce qui nous concerne, ct selon la teneur du Rescrit apostolique, en cate du 22 janvier de la présente année. Wa + U.-A., Archev, de Bourges,
Bourges, le 5 mars 1813.
JUGEMENT
DES! CRITIQUES LES PLUS HABILES ET DES INTERPRÈTES LES PLUS SAVANTS DU PROTESTANTISME SUR LA VULGATE
1. Paul Fage ou Fagius traite de demi-savants et d'impudents tous ceux qui osent mal parler de cette version : « Non est ergo temere nata Vulgata editio, ul quidam scioli stulte et impudenter clamitant (1). »
2. Scaliger, cité, par G. Carpzov ou Carpzovius, dit que jamais personne n'a été plus capable de traduire l'Ecriture que saint Jéróme, à cause de l'érudition et de la connaissance des langues qu'il possédait : « Nemo majorem erudilionem et apparatum iinguarum et translationem Scripturz. attulit post Hieronymum, quam Hieronymus.» Sans partager entièrement l'avis de Scaliger, Carpzovius avoue cependant que saint Jérôme 8 surpassé de beaucou 2 lous les docteurs de son temps, et qu'il a donné des preuves irrécusables de ;on savoir en hébreu, Soit dans ses Commentaires, enrichis de notes critiques sur les lecons et variantes et les différentes interprétations du texte, soit uans ses savantes préfaces, soit enfin dans tous ses autres travaux bibliques (2).
3. Drusius loue le Concile de Trente d'avoir donné à la Vulgate !a sanction de son autorité, « parce que, dit-il, les versions nouvelles ne sont pas meilleures que cette ancienne, et qu'elles ont peut-étre de plus grands défauts (3). »
4, Grotius, rendant raison du motif qui l'a porté à choisir la Vulgate pour en faire le fond de ses notes sur l'Ancien Testament, dit : > J'ai toujours beaucoup estimé cette version, non seulement parce qu'elle ne renferme rien de contraire à la saine doctrine (nulla dogmata insalubria continet), mais encore parce que son auteur est plein d'éruditiou (4). »
9. Louis de Dieu, comparant la Vulgate avec les traductions latines du Nouveau Testament faites par Bèze et par Erasme, dit : « Si j'affirme que l'auteur de la Vulgate, quel qu'il soit, est un savant et un trés savant homme, je ne croirai pas avoir mal jugé. Il a des défauts, je l'avoue, il a aussi ses barbarismes; mais je ne puis nier que j'admire partout sa bonne foi et son jugement, méme dans les endroits où il parait barbare (5). » Cet auteur ne s'est pas borné à cet aveu; dans ses remarques tant sur l'Ancien que sur le Nouveau Testament, il appuie souvent la Vulgate et la défend contre ceux qui l'attaquent.
6. Dr. Walton reconnait qu'on doit faire grand cas de la Vulgate (magni facien-
(4) Præfat. ad collat. translat. Vet. Test.
(2) G. Carpzovius, Crit. sacr. Proæmium, p. 21, 22. (3) Loca difficilia Pentateuchi.
(4) Praefat. annotationum Vet. Test,
(5) Notz ad Evangelia, passim.
xiu JUGEMENT.
dam), tant pour son antique et son long et universel usage dans l'Occident, que pour le savoir (doctrinam) et la fidélité (fidelitatem) de l'interprète Jérôme, que les plus savants prolestants (protestantium doctissimi) proclament avec reconnaissance comme ayant bien mérité de l'Eglise... Puis, aprés avoir cité comme: défenseurs de cette version, Béze, Andrews, Fage, Louis de Dieu et Casaubon, il ajoute : « Ces témoignages prouvent assez clairement que les protestants les plus savants, bien qu'ils n'accordent pas à la Vulgate une autorité souveraine, et qu'ils ne l'égalent pas aux sources primitives, en la déclarent exemple de toute erreur, ils ne la méprisent pas; ils lui rendent, au contraire, l'honneur qui lui est dû. C'est pourquoi nous l'avons irsérée dans votre édition de la Bible, laissant de côté les traductions latines qui ent été faites de nos jours, d’après des manuscrits hébreux et grecs trés récents, et auxquelles, à cause de leur nouveauté méme, nous n'avons pas dà convenablement donner une place parmi les versions que leur antiquité rend vénérables (1). » ו
7. Thomas Hartwel Horn, quoique n'ayant pas une zrande zutorité parmi les critiques, peut d'autant mieux étre invoqué en faveur de la Vulgate, qu'étant anglican, son jugement n'est pas suspect, et qu'il parle d'aprés l'opinion commune de ses coreligionnaires. Cet écrivain dit donc que, > bien que la Vulgate ne soit ni inspirée, ni infaillible..., il est cependant reconnu qu'elle est en général une version fidéle, qu'elle pa assez souvent le sens des Ecritures avec plus d'exactitude que les versions plus modernes..., et que, par conséquent, elle ne doit en aucune manière être négligée dans la critique biblique (2). » vits
8. W. Gesenius, mort en 1842, était assurément l'hébraisant le plus habile de l'époque; eh bien, ce savant philologue malgré ses préjugés dogmatiques et son rationalisme si prononcé, combat très souvent les significations de mots hébreux et les interprétations données, soit par toutes les autres versions, soit par les commentateurs et les hébraïsants anciens et modernes, pour maintenir les sens assignés aux mots et aux phrases du texte original par l'auteur de la Vulgate, On n'a, pour s'en convaincre, qu'à parcourir son Thesaurus lingue hebrez et chaldææ Vet. Test.
9. Depuis Gesenius, il a paru en Allemagne plusieurs ouvrages en faveur de la Vulgate; ouvrages faits par des protestants trés renommés; nous nous bornerons à citer celui de Hermann Rœnsch, intitulé : Ztala und Vulgata ; das Sprachidiom des urchrislichten Itala und der katholischen Vulgata. — Leipzig, 1869, in-8.
J.-B. GLAIRE
(4) Polyglot., prolegom., X.
(3) An Introd. to the ον itical study and. Knowledge of the holy Scriptures, vol. M, part. 1, p. 239. Eighth edition,
— 325-0» (Seo oc— —
En publiant notre traduction du Nouveau Testament avant celle de l'Ancien, nous avons déféré à l'avis de plusieurs évêques, d'un grand nombre de prétres de différents pays et du Souverain Pontife lui-méme; et nous l'avons fait avec d'autant plus d'empressement, qu'ils sont les meilleurs juges d'une pareille anticipation. Mais, par là méme, nous avons dà mettre en téte des éditions du Nouveau Testament un avertissement qui y devenait nécessaire, quoique sa place naturelle füt immédiatement avant ia waduction de l'Ancien. Nous reproduisons donc ici cet avertissement, en y faisant, toutefois, des additions nécessitées par certaines circonstances.
Bien que préparé à cette traduction par une étude des langues et de la science bibliques, continuée pendant plus de quarante années, nous n'aurions osé entreprendre une tâche aussi difficile, si nous n'y avions élé fortement engagé, et en France et en plusieurs pays étrangers, par des hommes dont l'autorité doit être du plus grand poids pou: nous. 51 donc il y a eu témérité de notre part, nous espérons trouver dans ces encouragements une excuse légitime.
Nous avions d'abord pensé à reproduire la version de Sacy, avec de nombreux changements; mais, aprés un examen plus approfondi et une confrontation plus rigoureuse de cette version avec la Vulgate, nous avons dü renoncer à cette idée. Sacy, en effet, est moins traducteur que paraphraste; il semble méme, dans une multitude de passages, affecter de s'écarter de la lettre, sans qu'il y aitle plus léger motif qui puisse 1' obliger. Aussi, il faut bien le reconnaitre, si la traduction se recommande par une grande pureté et ure certaine élégance de style, elle ne laisse pas méme entrevoir qu'elle soit la représentation d'un texte qui.à conservé dans tout leur naturel les couleurs si vives et si tranchées de la composition orientale dont il émane. Ajoutons que ce mode de traduction libre, tout en mettant fort à l'aise le traducteur luiméme, laisse souvent la pensée de l'écrivain sacré dans un vague et une obscurité qui ne permettent pas au lecteur de la saisir d'une manière claire et précise. De là vient que quand on compare Sacy avec saint
Jéróme, on ne comprend pas toujours quel rapport il peut y avoir entre l'un et l'autre.
τιν / AVERTISSEMENT.
Quant à la traduction de Genoude, elle est trop défectueuse pour que nous ayons songé un seul instant à la prendre pour base de notre travail. L'auteur, profondément ignorant de/tout ce qui touche à nos divines Ecritures, a accumulé contre-sens sur contre-sens, omis une foule de mots importants; et, quoiqu'il semble avoir voulu se conformer à la Vulgate et la reproduire aussi littéralement qu'il est possible, il lui arrive constamment de l'abandonner pour suivre l'hébreu ou le grec, sans les traduire exactement, et de copier, avec une fidélité scrupuleuse, la paraphrase de Sacy. |
On comprend. aisément que. nous àyons cherché à mettre à profit les traductions bibliques de Bossuet. 11 y a trente-cinq ans que, sur les instances d'un vénérable sulpieien, M. Mollevaut, nous entreprimes de recueillir de ses divers ouvrages tout ce qu'il a traduit de nos saintes Ecritures. Ainsi nous devons beaucoup au grand évéque de Meaux; cependant il nous est arrivé fort souvent de donner des interprétations autres que les siennes. On ne saurait s'en étonner, puisque, malgré son érudition, d'ailleurs prodigieuse, Bossuet manquait d'une connaissance indispensable à tout exégète de la Bible, de la connaissance de l'hébreu.
Mais nous devons au lecteur quelques explieations sur la nature de notre propre travail. Le premier devoir d'un traducteur étant de choisir un texte qui puisse donner toutes les garanties désirables, nous nous sommes entierement coniormé à i'ea1tion ae ia Vulgate donnée à Turin par Hyacinthe Marielti, et approuvée par un décret de la Congrégation de l'Index, en date du 26 juin 1850. Quant a notre traduction elleméme, ce qui la caractérise surtout, c'est une rigoureuse littéralité. Ainsi, toutes les fois que les exigences de notre langue ne s'y sont pas opposées, nous avons rendu la Vulgate mot, pour mot. Or, voici les avantages que nous avons cru trouver dans ce genre d'interprétation. D'abord la Bible conserve mieux son admirable simplicité, sa noble concision, la richesse et la vivacité de ses images, la hardiesse de ses tropes; en un mot, tout le charme d'un style pittoresque; qui attache le lecteur, sans le fatiguer jamais. En second liéu, toutes les traductions autorisées ont suivi lesystème de la littéralité, et la Vulgate elle-même s'y est généralement conformée; car le manque de clarté qu'on lui reproche dans un grand nombre de passages vient précisément de ce que son auteur a cru devoir expliquer les textes originaux au pied de la lettre (4). Troisièmement, enfin, le respect même dû à la parole de Dieu nous à empêché d'adopter le mode d'une traduction libre, comme exposant continuellement le traducteur à faire prendre le change sur le vrai sens des écrivains sacrés, en leur prétant des idées qui ne sont pas les leurs.
(1) Plusieurs critiques ont objecté que saint Jéróme s'est souvent éloigné du texte. hébreu; nous avons répondu ailleurs à cette objection; nous nous bornons à dire ici que le texte hébreu que lisait le saint docteur était évidemment différent du nótre dans plusieurs endroits.
AVERTISSEMENT, Xy
Que si, malgré ces motifs, on nous faisait encore le reproché d'étre trop littéral, nous nous croirions en être pleinement justifié par ia considération que ce mode de traduction nous a été imposé par le traducteur sans égal, Bossuet, que nous avons pris pour modèle, et 8 qui, par conséquent, nous avons dû faire le plus d'emprunts possibles. Or, Bossuet ne connait pas de raison suffisante d'abandonner jamais, méme au détriment du génie de notre langue, une littéralité qui rend le texte, etle texte. tout entier, dans sa simplicité, dans sa rudesse, et, le cas échéant, dans ses ombres et son obseurité; une littéralité qui n'autorise point. la. licence criminelle. d'introduire dans le texte des paraphrases qu'on devrait renvoyer dans les notes, pour ne point mêler ou substituer la pensée de l'homme à la pensée de Dieu; une littéralité qui ne veut pas que, par. מט esprit. de ménagement. et une fausse délicatesse, on donne n sens vague à un terme précis; une littéralité qui exige, non seulement que les expressions et les tours identiques dans le texte se rendent de la méme sorte dans la traduction, mais encore que la figure du texte, son allure, sa manière d’être, sa physionomie, soient. fidèlement reproduites en conservant Lous les idiotismes grecs ou hébreux. Enfin, Bossuet ne connait pas de raison suffisante d'abandonner la littéralité qui, en présence du texte sacré, rejelant toules les pompes 6 l’éloquence humaine, parle simplement, et comme de mot à mot, la langue des pauvres pécheurs de Galilée. Ces considérations, que Bossuet ἃ répandues cà et là dans ses écrits (1), se trouvent parfaitement résumées dans le passage suivant, où, en parlant de la traduction de Sacy, imprimée à Mons, il dit au maréchal de Bellefonds : > Je vois avec regret que quelques-uns affectent delire une certaine version plus à cause des traducteurs qu'à cause de Dieu qui parle, et paraissent plus touchés de ce qui vient du génie ou de l'éloquence de l’interprèté, que des choses mêmes. J'aime, pour moi, qu'on respecte, qu'on goûte et qu'on aime, dans les versions les plus simples, la sainte vérité de Dieu. Si la version de Mons a quelque chose de blàámable, c'est principalement qu'elle affecte trop de politesse, et qu'elle veul faire trouver, dans lautraduclion, un agrément que le Saint-Esprit a dédaigné dans l'original. Aimons la parole de Dieu pour elle-même; que ce soil la vérité qui nous touche, et non les agréments dont les hommes éloquents l'au-;
ront parée. La, traduction de Mons aurait eu quelque chose de plus
vénérable et de plus conforme à la gravité de l'original, si. on l'avait faite un peu plus simple, et si les traducteurs eussent moins mélé leur industrie, et l'élégance naturelle de leur esprit à la parole de Dieu (2). »
Il semble que Sacy avait sous les yeux ces paroles de Bossuet et qu'il
(1), M. Wallon (de l'Institut), digne interprète de. Bossuet, a réuni la plupart de ces considérations dans les Evangiles. traduction de Bossuel, mise en ordre, Avertissement, passim.
(2) Lettre xix au maréchal de Bellefonds, ₪ XXVII, p. 16, édit. de Versailles, 1818,
avi AVERTISSEMENT.
en sentait toute l'importance, lorsque, l'année méme dé sa mort, il disait à son ami Fontaine, au sujet de sa traduction de la Bible : « Que sais-je, si je n'ai rien fait contre les desseins de Dieu? J'ai tàché d'óter de l’Ecriture sainte l'obscurité et la rudesse, et Dieu, jusqu'ici, a voulu que sa parole fût enveloppée d'obscurités. N'ai-je donc pas sujet de craindre que ce ne soit résister aux desseins du Saint-Esprit, que de donner, comme j'ai tâché de faire, une version claire et peut-ótre assez exacte par rapport à la pureté du langage? Je sais bien que je n'ai affecté ni les agréments, ni les curiosités qu'on aime dans le monde, et qu'on pourrait rechercher dans l'Académie francaise. Dieu m'est témoin combien ces ajustements m'ont toujours été en horreur; mais je ne puis me dissimuler à moi-méme que j'ai tàché de rendre le langage de l'Ecriture clair, pur et conforme aux règles de la grammaire ; et qui peut m'assurer que ce ne soit pas là une méthode différente de celle qu'il a plu au Saint-Esprit de choisir? Je vois dans l'Ecriture que le feu qui ne venait pas du sanctuaire était profane et étranger, quoi qu'il püt étre plus clair et plus beau que celui du sanctuaire... Il ne faut pas se tromper dans cette belle pensée d'éditier les âmes. Il y a une grande différence entre contenter et édifier. Il est certain que l'on contente les hommes en leur parlant avec élégance; mais on ne les édifie pas toujours en cette matière (1). »
On comprend aisément que, d’après ces considérations, nous n'ayons pas couru après l'élégance du style, vaine chimère qu'on n'atteindra jamais, dans une traduction de la Bible, sans s'écarter de la voie de la fidélité et de l'exactitude. Nous avions d'ailleurs un autre modèle que nous devions tout naturellement imiter : nous voulons parler de saint Jéróme. Or, le savant Pére s'est-il jamais fait un scrupule de s'écarter du génie de l'idiome latin, en employant des termes et des tours de phrases inusités dans la pure latinité classique? Et si, sans remonter aussi haut, nous demandions à l'Italien Martini, à l'Espagnol Scio, à l'Allemand Allioli et aux auteurs de la Bible anglaise catholique, pourquoi ils ont, eux aussi, sacrifié si souvent, dans leurs versions, le génie de leur langue, et surtout l'élégance du style, ils ne manqueraient pas de répondre : que c'était pour ne pas étre obligés de sacrifier quelque chose de beaucoup plus important, le respect et la fidélité dus au texte sacré. Mais si notre traduction, comme toutes celles qui se piquent d'une rigoureuse fidélité, n'est pas d'une élégance classique, comme on dit, elle est du moins correcte ; aussi osons-nous affirmer, en nous fondant sur le témoignage de plusieurs littérateurs des plus distingués, que ceux qui en ont critiqué certains passages ont prouvé, par là-méme, qu'ils avaient une connaissance bien imparfaite de notre langue; car nous n'avons nullement dépassé les limites tracées par des
(V) Sainte-Beuve. Hisloire de Port-Royal. b Yi «is ,
écrivains qui jouissent d'une grande autorité dans le monde littéraire.
Cependant, hátons-nous de le dire, partout où une trop grande littéralité ne rendait pas assez fidélement ou assez clairement la pensée de ces écrivains, nous l'avons abandonnée ; mais, dans ce cas méme, nous ne nous en sommes éloigné que le moins possible, et en reproduisant, dans les notes, les termes et les constructions que notre langue ne permeltait pas d'introduire dans le corps du texte. D'un autre cóté, nous n'avons pas cru devoir nous en 6087107, en traduisant certains mots de plusieurs manières, puisque, dans les textes primitifs eux-mêmes, ils offrent réellement une variété de sens. Tel est, par exemple, le verbe dire (en latin dico), qui, en hébreu aussi bien qu'en chaldéen, en syriaque et en arabe, signifie souvent répondre, répliquer, repartir, etc., et auquel saint Jérôme lui-même 8 substitué tantôt inquio, tantôt aio. Tel est encore répondre (respondeo), mot représentant l'hébreu mana, primitivement élever la voix, crier; combien de fois n'échange-t-il point sa signification première contre celle de prendre la parole, ou parler avant tout autre? Et, pour ne plus citer qu'un exemple en ce genre, la même parlieule e£ ne réunit-elle pas, dans les quatre langues orientales que nous venons de nommer, les diverses nuances de mais, cependant, en outre, ensuite, ctc., tandis qu'en mille endroits elle devient purement pléonastique pour un traducteur francais, surtout quand elle marque simplement l'apodose? Enfin, on ne viole certainement pas les lois de la littéralité, ni en négligeant dans une traduction francaise les particules quia, quoniam, quand elles ne sont qu'explicatives, ou en les rendant par disant, en disant, lorsque, représentant le kr hébreu, le AN arabe, le KH persan, elles ne servent qu'à introduire dans le récit un discours direct; ni en substituant un nom au pronom qui le représente, afin d'éviter la confusion, ramphiboiogie, et, en un mot, tout ce qui pourrait blesser la susceptibilité de notre langue.
Nous croyons avoir rendu plus fidélement que la plupart des traducteurs en langue vulgaire, bien des phrases tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, non seulement en tenant compte de l'emploi ou , de l'omission de l'article déterminatif, qui existe dans l'hébreu et dans? le grec, et que l'auteur de la Vulgate n'a pu reproduire dans le latin ; | mais en conservant, aulant qu'il a été possible, l'ordre méme des mots, ‘attendu que cet ordre influe toujours plus ou moins sur le sens du texte; car il est incontestable que certaines inversions, contraires à la marche naturelle οἱ ordinaire de la phrase, ne sont nullement arbitraires et un pur effet d'euphonie, mais que le mot qui occupe la premiére place dans une proposition est généralement celui auquel l'écrivain sacré attache le plus d'importance, et par conséquent sur lequel il veut arrêter plus particulièrement l'esprit du lecteur (1).
(1) Ce n'est pas seulement dans les langues bibliques que l'on trouve ces sortes de constructions grammaticales, c'est encore dans beaucoup d'autres idiomes, tant
xvin AVERTISSEMENT.
Comme un certain nombre de passages de l'Eeriture se trouvent diversement rendus dans les versions qui sont à l'usage des catholiques anglais, espagnols, italiens et allemands, nous avons emprunté de ces versions les sens qui nous ont paru les mieux TOMOS (4).
L'Eglise s'opposant avec la plus grande sagesse à la publication de versions en langue vulgaire, quand elles ne sont pas accompagnées de notes tirées des saints Pères ou de savants écrivains catholiques, nous en avons ajouté à notre traduction; elles ont pour objet, tantót d'éclaircir les passages obscurs, tantôt de justifier la Vulgate contre l'accusation de barbarie, en montrant que les irrégularités si étranges qu'on lui reproche ne sont pour la plupart que de purs hébraismes, qu'elle a voulu conserver par respect pour le texte sacré, tantôt de réfuter les objections faites dans le monde par des chrétiens qui ne sont pas suffisamment instruits de ce qui touche à la religion, tantót enfin de concilier les principales contradictions apparentes de la Bible. Mais comme il est certaines difficultés qui, par leur nature, ne sauraient étre bien expliquées au moyen de simples notes, nous avons cru devoir placer des observations préliminaires en téte des livres oü se rencontrent ces difficultés.
Beaucoup de catholiques ne rougissant point de se joindre au commun des protestants, pour déprimer la Vulgate, ou au moins pour lui refuser toute l'estime qui lui est due à tant de titres, nous avons cru devoir mettre ici les témoignages des critiques les plus habiles, et des interprètes les plus savants du protestantisme en faveur de cette version, qui a conquis d'ailleurs la vénération de tous les siècles qu'elle ἃ Lraversés.
Lorsque notre version du Nouveau Testament a paru pour la première fois, le R. P. Grenier, missionnaire oblat, à Québec, dans le bas Canada, a bien voulu nous proposer quelques améliorations que nous avons mises à profit avec reconnaissance. La table qui termine cet avertissement est une de ces améliorations. Ainsi c'est d’après les conseils du savant missionnaire que nous avons traduit en francais A table of references, placée à la fin des Bibles anglaises catholiques, en l'intitulant : Citations, par ordre alphabétique, des textes de la Bible qui établissent les dogmes catholiques contre les erreurs des protestants. Les catholiques peuvent opposer ces citations avec confiance aux protestants qui leur disent que leurs prétendus dogmes ne sont nullement fondés sur l'Ecritüre, et qu'ils n'ont d'autre appui que les décisions imaginaires de
de l'Orient que de l'Occident; et le francais, en particulier, en fournit de nombreux exemples.
(1) Ces versions, que nous avons souvent confrontées en composant la nótre, sont la Bible anglaise, dont l'Ancien Testament a été publié pour la première fois à Douai par le Collège anglais, et le Nouveau à Reims, également par le Collège anglais; la Bible espagnole de Philippe Scio; la Bible italienne d Antoine Martini, et a Bible allemande de Josepli-Francois Allioli.
l'Eglise romaine. C'est encore d’après ses conseils que, dans le volume consacré au Nouveau Testament, nous avons ajouté une noté supplémentaire dont le but est d'appuyer par des exemples celle qui a rapport aux expressions, les frères, les sœurs de Jésus (Matth., xi, 46 ; xii, 55, 56), « point très important, dit le P. Grenier, dont nos frères séparés se servent tous les jours pour égarer nos pauvres catholiques. »
Nous venons de dire en quoi nous avons 1866 de mieux faire que nos devanciers, el par quelle voie nous avons cherché à y parvenir. Avonsnous atteint ce but? on en jugera. Evidemment, quant à nous, si nous ne pensions pas que notre travail, envisagé sous les nombreux et divers points de vue qu'il embrasse, réunit au moins quelques avantages de plus que les autres travaux de méme genre, nous n'auriens jamais eu l'idée de le publier, ou plutót nous l'aurions abandonné, dés que nous aurions reconnu l'inanité de nos efforts. Mais avons-nous réussi de manière à être salisfail de notre œuvre, à la juger, non plus par comparaison avec les autres traductions françaises, mais avec le modèle dont nous avons entrepris la copie, c'est-à-dire la Vulgate, le livre que tout homme versé dans les matières bibliques considère comme le plus difficile à faire passer dans notre langue? Sous ce rapport, personne assurément ne jugera nolre traduction plus sévèrement que nous ne l'avons fait nous-méme, parce que personne n'a mieux compris toute l'étendue des difficultés que présente un pareil travail, non seulement pour le langage et pour le style, mais pour le sens exégétique et théologique. Aussi n'est-ce pas sans dessein que, dès 165 premiers mots de cel avertissement, nous avons déclaré que, malgré nos quarante années consacrées à l'étude des diverses branches de la science biblique, nous n'aurions pas osé entreprendre une lâche aussi difficile, si nous n'y avions élé fortement engagé par des hommes dont l'autorité doit être du plus grand poids pour nous. Nous sommes donc pleinement convaincu que dans quelques passages sur le sens desquels différent entre eux, et les théologiens, et les commentateurs, el les Péres eux-mémes, nous avons pu ne pas choisir le sentiment le mieux fondé, malgré la comparaison la plus minutieuse des divers moyens qu'offre à un traducteur la critique sacrée, aussi bien que l'herméneutique et l’exégèse. Nous ne sommes pas moins convaincu qu'en ce qui touche au langage et au style, plusieurs imperfections ont pu nous échapper, les unes par inadvertance, les autres par suite du système de littéralité que nous avons adopté.
Quant aux notes qui accompagnent notre traduction, il en est quelques-unes qui, au premier abord, paraitront peut-étre trop scientifiques; mais, comme cette traduction est destinée à tous les catholiques indistinctement, et par conséquent aux hommes instruits et méme aux savants, aussi bien qu'à ceux dont l'esprit est moins cultivé, nous avons cru qu'elles ne seraient pas sans quelque utilité. Encore ici, nous n'hé- :
sx AVERTISSEMENT.
sitons pas à lé dire, il est très possible que nous ne soyons pas toujours resté dans une juste mesure.
Un dernier mot sur notre traduction. Il y a, sans contredit, dans dif: férentes parlies de la Bible, des passages trés difficiles à comprendre, puisque l'apótre saint Pierre lui-méme avoue qu'il s'en trouve dans les Epitres de saint Paul (II Pierre, nt, 16). Nous rappellerons donc au lecteur que, comme, d’après le méme apótre, 71 n’est nas permis d'expliquer aucune prophétie, c'est-à-dire aucune parole inspirée de l'Ecriture, par une interprétation particulière, 1 devra, pour tous ceux que nous n'avons pu expliquer suflisamment, recourir aux pasteurs de l'Eglise qui ont recu lumiere et mission pour éclaircir les difficultés, comme on recourt ordinairement, et tout naturellement, aux jurisconsultes, par exemple, pour toute question de législation embarrassante, ou bien au médecin, pour tous les cas difficiles que peut présenter la pathologie ou toute autre partie de la médecine.
J.-B. GLAIRE
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PREFACE
La Bible, expression tirée du mot grec livre, et qui signifie elleméme le /ivre par excellence, est devenue, depuis quelques siecles, un nom propre que l'on met en téte du recueil de nos saintes Ecritures. On appelle la Bible sainte, parce qu'elle contient la parole de Dieu écrite par des hommes divinement inspirés, qu'elle traite de la religion, chose la plus sainte et la plus sacrée; qu'elle est une source de vérité et qu'elle contribue puissamment à nous sanctifier, en nous offrant les regles de conduite les plus sages et les plus parfaites. Elle se compose de l'Ancien Testament, גוס Ancienne Alliance que Dieu fit autrefois avec son ancien peuple, les Hébreux, et du Nouveau, qui est la Nouvelle Alliance faite parla médiation de Jésus-Christ sur la croix. Mais nous prenons ici ces dénominations pour les monuments ou les livres qui nous font connaitre sous leurs divers rapports ces deux Alliances divines. Or les livres de l'Ancien Testament sont : La Genése (en grec, génération, naissance), qui commence par le récit de l'origine du monde, l'/Zzode (en grec sortie), rapportant la sorlie des Israélites de l'Egypte; le Lévitique, où figure surtout la tribu de Lévi; les Nombres, ainsi nommés à cause des divers dénombrements qui s'y trouvent; le Deutéronome (en grec, seconde loi), qui est en grande parlie une répétition des lois déjà connues ; Josué, gui lire son nom de Josué, successeur de Moïse; les Juges, dont l'objet srincipal est l'histoire des chefs qui gouvernerent les Israé-
PRÉFACE. אא
lites depuis la mort de Josué jusqu'à Samuél; Ruth, contenant l'histoire d'une femme moabite de ce nom, devenue fort célebre; les Rois, formant quatre livres dont les deux premiers ne faisaient qu'un autrefois sous le nom de //vre de Samuél, soit parce qu'on croyait que Samuél en était l'auteur, soit parce qu'il commcuce par la naissance de ce prophete, et qu'il contient sa vie, son gouvernement et sa mort, et dont les deux derniers ne faisaient également qu'un appelé Livre des Rois, parce qu'ils rapportent les actions des rois d'Israël et de Juda (1); les Paralipomènes (en grec, choses omises), qui tout en répétant un grand nombre de faits déjà contenus dans les Rois, renferment cependant quelques événements et quelques parlicularités qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans l'Écriture; les deux livres d' Esdras, dont le second porte le nom de NéAémie dans les Bibles hébraiques; Z'obie, qui n'est que l'histoire des deux Tobie, pere et fils; Judith, nom tiré de celui d'une sainte veuve qui délivra la ville de Béthulie; Esther, nom également tiré de celui d'une Juive illustre, qui obtint d'Assuérus, roi de Perse, la liberté et la vie des Juifs; Job, contenant l'histoire et surtout les malheurs d'un homme ainsi appelé; les Psaumes, au nombre de cent cinquante, dits Psaumes de David, parce que c'est David qui en a composé la plus grande partie; les Proverbes, c'est-à-dire les sentences, les maximes; le sujet général de ce livre est en effet des leçons courtes et instruc- Lives, écrites par Salomon en un style concis et sentencieux ; Ecc/ésiaste (en grec, qui assemble) ou orateur parlant devant une assemblée; nom qui désigne Salomon, comme le prouve le livre lui-même en plusieurs endroits; le Cantique des cantiques, c'est-à-dire, le plus beau des cantiques ; sainte allégorie qui nous représente l'amour réciproque de Dieu et de l'Église; la Sagesse, ou recueil de toutes sortes d'instructions qui conduisent à la vertu; l'Ecclésiastique (en grec, livre en usage dans l'assemblée, dans l'Eglise), qui fait l'éloge de la sagesse des patriarches, des prophètes, et autres personnages illustres du peuple hébreu, qui trace des règles de conduite et exhorte à l'amour de la sagesse; les Prophètes, au nombre de seize, dont les prophéties se rapportent principalement ou aux Juifs, ou aux nations étrangères, ou au Messie, et dont quatre sont appelés grands prophètes, et douze, petits prophètes, àcause du peu d'étendue de leurs prophéties; les premiers sont : /saie, Jérémie auquel on
(1) Remarquons cependant que le deuxième de ces deux premiers livres, contenant l'histoire de Saül, premier roi des Hébreux, peut légitimement porter le titre dy Livre des Rois, aussi bien que les derniers.