Puis il les mena du côté de
Béthanie; el les mains levées, il les bénit.
91. Et il arriva que, pendant quil les bénissait, il s'éloigna d'eux, et s'éleva au ciel.
52. Et eux, l'ayant adoré, revinrent à Jérusalem avec une grande joie.
53. Et ils étaient toujours dans le temple, louant et bénissant Dieu. Amen.
46. Ps. xvii, 6. — 48. Actes, 1, 8. — 49. Jean, xiv, 26. — 51. Marc, xvi, 19; Actes, 1, 9.
44. * Dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Cette triple division embrasse tout l'Ancien Testament, parce que les auteurs des livres historiques
étaient appelés prophétes par les Juifs.
RO nd
LE
SAINT EVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN
La tradition est unanime à attribuer le quatriéme Evangile à l'apótre S. Jean. Tous les Péres qui parlent de l'auteur de cet évangile désignent S. Jean. ll en est de méme des manuscrits et des canons, à commencer par celui de Muratori. S. Théophile, septiéme évéque d'Antioche (t 180), S. Irénée ( 202), Clément d'Alexandrie (+ 217), Tertullien (190) nomment sans hésitation l'Apótre bienaimé. S. Irénée nous apprend qu'il composa ce livre à Ephèse, où il vécut jusqu'au règne de Trajan (98-117). Suivant S. Jérôme, il fut le dernier des écrivains sacrés, et il se mit à l’œuvre au retour de Patmos, à la prière des pasteurs et des fidèles de l'Asie-Mineure. Il avait 90 ans suivant S. Épiphane, et probablement davantage.
Dés le milieu du second siécle, cinquante ans aprés sa publication, le quatrième évangile était partout connu comme l’œuvre de S. Jean.
Le témoignage de la tradition se trouve confirmé de tout point par les caractéres de l'ouvrage. Il suffit de l'étudier avec attention pour se convaincre qu'il a paru aprés les trois autres, sur la fin du premier siècle, que celui qui l'a écrit, bien qu'il vécüt parmi les Gentils, était né en Judée, qu'il avait été témoin des faits qu'il rapporte, et qu'il faisait partie du collége apostolique, enfin qu'il ne saurait étre que S. Jean.
1* Cet évangile a été composé après les trois synoptiques. — 11 en révèle l'existence de deux manières : par son silence sur certains points et ses allusions sur d’autres. — 1° D'abord son silence le suppose. Quoiqu'il sache trés bien la durée de la prédication du Sauveur et qu'il en distingue les années par l'indication des solennités pascales, les faits qu'il rapporte ne remplissent qu'une petite partie de ce temps. On voit qu'i! se tient dispensé de tout dire ou plutót qu'il ne cherche qu'à suppléer aux omissions des synoptiques relativement au but qu'il se propose. Aussi est-il trés bref sur le ministére du Sauveur en Galilée, et passe-t-il sous silence des périodes entiéres de son ministére, tandis qu'il rapporte longuement ses voyages à Jérusalem à l'époque des principales fêtes. Aussi, quoiqu'il ait en vue d'établir la divinité de Jésus-Christ, quoiqu'il en
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donne pour preuve ses miracles et qu'il les suppose trés nombreux, il se borne à en décrire un petit nombre, sept seulement, la plupart passés sous silence par ses devanciers. Il omet la délivrance des possédés, la déclaration du Pére éternel au Jourdain et au Thabor, l'adjuration du grand-prétre, la prophétie sur Jérusalem, etc. — 2° Il fait plusieurs fois allusion aux autres évangélistes. Par exemple, au chapitre r, il met sur les lèvres de Jean-Baptiste ces paroles : « J'ai vu l'Esprit-Saint descendre sur la téte du Sauveur. » Or, ce fait n'est connu que par S. Matthieu et S. Luc. Au chapitre 11, aprés avoir dit que Jean-Baptiste et Notre Seigneur baptisaient en méme temps, il fait observer que le Précurseur n'était pas encore incarcéré : or l'emprisonnement de Jean-Baptiste n'est rapporté que par les synoptiques, et l'observation faite en cet endroit ne parait avoir d'autre fin que d'écarter l'idée, qui pourrait venir en les lisant, que le ministère de S. Jean a fini aussitôt qu'a commencé celui du Sauveur. Au chapitre xr, il dit que Lazare était de Béthanie, bourg de Marie et de Marthe. Or, il n'a pas encore parlé de ces deux scurs, et elles ne peuvent étre connues du lecteur que par d'autres récits. Au chapitre xvur, les premiers versets semblent renvoyer aux synoptiques pour la scène de l'agonie, et le trente-deuxième rappelle expressément une prédiction qui n'est rapportée que par eux. Il parle des douze, en divers endroits, comme d'une société bien connue, sans en mentionner l'origine nulle part; seulement, on voit qu'il entend par là ceux que les synoptiques placent dans le canon des Apótres. Enfin on peut remarquer que dans tout son récit, il est attentif à deux choses : à ne pas redire ce que les autres ont dit, ou bien à les confirmer et à les compléter par de nouveaux détails. Ainsi il ne répétera pas le récit de l'institution de l'Eucharistie; mais il rapportera la promesse que Notre Seigneur en avait faite, aprés la multiplication des pains. Il passera sous silence la naissance du Sauveur à Bethléem, la confession de S. Pierre à Césarée, les paroles du Pére éternel au Jourdain et au Thabor, la résurrection de la fille de Jaire et du fils de la veuve de Naim, l'entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem et l'application qu'il se fait de la figure de Jonas; mais il mentionnera la croyance oü l'on était sur le lieu oü le Messie devait naitre, le nom de Céphas imposé à S. Pierre, la mission que son Maitre lui donne de paitre les agneaux el les brebis, la promesse qu'il fait de relever en trois jours le temple de son corps, la résurrection de Lazare qui donne lieu au triomphe du Fils de Dieu, la voix du Pére éternel s'engageant à le glorifier. C'est ainsi que nos évangiles, loin de se combattre, s'expliquent et se soutiennent les uns les autres.
20 JI a écrit vers la fin du premier siècle. — 15 En effet, 11 suppose que tout est changé à Jérusalem et dans la Judée. Quand il parle des ennemis du Sauveur, il ne dit pas le peuple ou la foule, mais les Juifs, comme pour rappeler un peuple qui a perdu sa nationalité et auquel il a cessé d'appartenir. Il dit la Páque des Juifs, comme s'il en connaissait déjà une autre, et il nomme les chrétiens, les frères, sans crainte d'équivoque. — 2* 1] rappelle les principales prophéties dont on vit l'accomplissement dans la derniére partie du premier 676016 : le martyre de S. Pierre; la réprobation des Juifs; la vocation des Gentils; l'universalité du christianisme. Sur tous ces points il est plus exprés que S. Paul lui-méme, et nul n'est plus attentif à montrer comment les Juifs ont mérité leur malheureux sort. — 3? Le style de cet évangile et ses analogies avec celui des trois épitres qui portent le nom de S. Jean donnent lieu de pen:
ser qu'il est de la même époque, ou que S. Jean l'a écrit lorsqu'il était déjà d'un âge fort avancé: Déjà le bruit courait qu'il ne mourrait pas. Déjà l'on voyait s'accomplir les prédictions de S, Paul à Milet : on commençait à parler d'Antechrist, les mots Verbe, vie, lumières, ténèbres, devenaient familiers aux Gnostiques, et l'on voyait se propager les erreurs que l'évangile réfute.
3° L'auteur vivait parmi les Gentils ei il écrivait pour eux. — De là plusieurs particularités, qu'on chercherait en vain dans le premier évangile. Ainsi il a soin de traduire en grec tous les noms hébreux qu'il emploie. Il dit la mer de Galilée, la méme que celle de Tibériade. 11 donne un grand nombre de détails géographiques qui eussent été superflus, s'il s'était adressé à des habitants de la Judée. Quand il parle des Juifs, il entend, non les vrais Israélites, ni méme simplement les habitants de la Palestine, mais les ennemis du Sauveur, les aveugles volontaires qui ont refusé de le reconnaitre pour le Messie et qui l'ont fait attacher à la croix. Enfin il a soin de relever, dans les discours ou dans la vie de Notre Seigueur, tout ce qui a trait aux Gentils et qui est de nature à leur donner confiance.
4° Il était Hébreu d'origine. — C'est ce que prouvent : 1? Les idiotismes de son langage. Quoique le dernier évangile ait moins d'hébraismes que l'Apocalypse, il en contient pourtant un grand nombre. Citons : Amen, amen, qui revient vingtcinq fois et qu'on ne trouve ainsi redoublé que chez lui; « se réjouir de joie, les fils de perdition, etc., » et les passages de l'Ancien Testament cités assez librement, mais d’après l'original. — 2° Le caractère profondément hébraïque de sa composition. On peut remarquer l'uniformité des phrases, l'emploi fréquent du parallélisme, l'absence de toute période, des séries de propositions juxtaposées à la suite l'une de l'autre, sans coordination, sans liaison exprimée, ou qui ne se lient que par un mot commun, parfois des phrases répétées comme des refrains, certaines irrégularités dans la construction, les sens les plus inusités donnés aux particules. Pour toutes conjonctions et et donc. Et est mis pour mais, pour car, pour c'est pourquoi, pour ainsi, pour comme, pour c'est-à-dire, etc. — 3° La foi religieuse, les idées, les sentiments, les images dont l'àme de l'écrivain est remplie. On sent que l'auteur a été élevé dans l'attente du Messie et dans la méditation de l'Ancien Testament. Les figures de la Loi et les oracles des prophètes abondent, comme dans l'Apocalypse. Le Sauveur est le vrai temple, le serpent d'airain, la manne du désert, l'Agneau pascal, etc.
5° [L avait habité la Palestine. — C'est ce que prouve la connaissance qu'il a de la langue hébraïque, presque étrangère aux Israélites de la dispersion, jointe à celle qu'il montre dela topographie et des usages de la Terre Sainte. La Galilée, les bords du lac de Génésareth, son étendue, l'existence simultanée de deux localités du nom de Cana et de Bethsaide, l'élévation relative de Cana et de Capharnaüm lui sont connus. Il connait également la Judée et la Samarie. וז dit la distance de Jérusalem à Béthanie. Il indique avec précision la vallée de Cédron et le jardin de Gethsémani, l'étang de Siloé, la porte des brebis, les travaux faits dans le temple, le gazophylacium, le portique de Salomon, le Prétoire et le Golgotha. En fait de mœurs, il sait les sentiments des Juifs à l'égard des Samaritains et des infidèles, l'opposition et le caractère des partis qui divisaient la nation, le mépris des pharisiens pour la multitude ignorante, les usages introduits par la conquéte et la domination romaines, l'usage des ablutions chez ses compatriotes, celui des excommunications dans la synagogue, etc.
2940 L'ÉVANGILE SELON SAINT JEAN
6° 1} faisait partie du collège apostolique. — En effet : — 19 Il se donne pour témoin des faits qu'il retrace, et l'on ne saurait douter qu'il ne le fût, quand οὗ considère la fraicheur de ses tableaux, la vivacité de ses traits, la précision dt tous les détails. Nul ne caractérise mieux les scènes et les acteurs; nul n'im dique avec plus de détails les circonstances de temps, de lieux, de nombre Tous les portraits sont vivants; tous les faits localisés. Telle parole fut dite & Béthanie, à Ennon ou sur les bords du Jourdain, telle autre auprès du puits de Jacob. Telle discussion eut lieu sous le portique de Salomon, à cause de la rigueur de la saison. Pour plusieurs incidents, il indique l'heure de la journée. Si ces remarques sont vraies, elles ne peuvent venir que d'un témoin oculaire. Or, elles sont d'autant moins suspectes qu'elles étaient indifférentes au but de l'auteur et qu'elles eussent compromis son succès, si l'on eût pu les trouver fausses. — 2° Il parait se donner positivement pour Apótre. C'est ce qui semble résulter des détails minutieux oü il entre sur la vie intime du Sauveur, sur ses rapports secrets avec ceux qui lui sont le plus unis, sur ses dispositions personnelles. Depuis les premiers jours de sa prédication, jusqu'aux derniers moments de son séjour sur la terre, rien de ce que le divin Maitre a dit ou fait ici-bas n'a échappé à ses regards. Il rapporte de préférence les incidents les plus secrets, ses paroles à André, à Nathanael, à la Samaritaine; ses avis à Judas, ses prières à son Père, ses confidences de la dernière Cène, etc. Comment eût-il connu tous ces détails, s'il n'avait vécu dans l'intimité du Sauveur, avec ses plus familiers amis ?
79 Enfin, il ne peut. étre que l'auteur de l'Apocalypse et de l'Epitre calholique, dite ad Parthos, le second des fils de Zébédée, le disciple bien-aimé, le fils adoptif de Marie, en un mot l'apótre de S. Jean.
4° Tout le monde convient aujourd'hui de l'authenticité de l'Apocalypse, et jamais on n'a mis en doute celle de la premiére Epitre attribuée à S. Jean. Or, il y a entre ces écrits et le quatriéme évangile des rapports aussi nombreux que frappants. On trouve dans chacun les mêmes préoccupations, les memes tendances dogmatiques et polémiques. Le style présente les mêmes caractères, la méme naiveté unie à la méme élévation et à la méme profondeur. C'est le méme langage au fond, sauf, dans l'Apocalypse, plus de poésie et des irrégularités plus nombreuses.
20 Si l'évangéliste est un des fils de Zébédée, c'est le second, sans aucun doute, le premier ayant été mis à mort avant la dispersion des Apótres. Or, il ne parait pas douteux que l'auteur du quatriéme évangile n'eüt cette qualité, Ce qui le prouve, c’est surtout le silence qu'il garde sur ces deux frères. Quoiqu'ils aient dû intervenir bien des fois dans les scènes qu'il retrace, comme étant des amis privilégiés du Sauveur, quoiqu'ils tiennent une place si considérable dans l'Evangile et dans les Actes, jamais il ne les signale dans ses récits. Il ne nomme pas méme leur mère parmi les personnes qui assistérent au crucifiement, bien que nous soyons assurés de sa présence par les synoptiques. Une fois seulement il mentionne les enfants de Zébédée; mais c'est au dernier chapitre, dans une sorte d'appendice; et il ne les met pas à la téte des apótres, comme ils sont toujours ailleurs, mais au dernier rang, entre les apôtres et de simples disciples. Comment expliquer cette particularité? Elle ne peut avoir pour cause, ce semble, que la modestie de l'auteur, qui veut imiter celle de son Maitre el s'effacer autant qu'il lui est possible.
INTRODUCTION. 25/1
3° On peut par le même procédé dégager plus directement encore du récit évangélique la personnalité de S. Jean. En effet, son nom ne parait nulle part. Dans les endroits où l'on croit devoir le trouver, on lit : un disciple, l'autre disciple, celui qui a vu le fait de ses yeux. Non seulement il évite de mêler le nom de S. Jean à ceux des apótres, il semble méme oublier qu'on le lui donne; car toutes les fois qu'il parle du Précurseur, il l'appelle simplement Jean, sans ajouter à ce nom, comme les synoptiques, comme Josèphe lui-même, le titre qui le caractérise, le Baptiste, singularité d'autant plus remarquable que cet évangéliste a coutume de désigner ses personnages de la manière la plus précise : Thomas Didyme, Céphas qu'on appelle Pierre, Judas non l'Iscariote, Nicodème qui vint à Jésus la nuit. La raison de cette différence est la méme que nous avons indiquée plus haut. Ce n'est pas que l'évangéliste avait connu le Précurseur avaut qu'on lui donnàt ce surnom; car 5. Matthieu ne l'avait-il pas aussi connu à la méme époque? C'est que tandis que les synoptiques croient devoir distinguer Jean-Baptiste de Jean l'Apótre, lui n'a pas cette idée : il n'imagine pas que personne puisse confondre avec lui, ou seulement rapprocher de sa personne, l'illustre précurseur du Messie.
4° Un dernier indice, plus convaincant encore, c'est l'amour tendre, délicat, religieux, qui respire dans cet évangile pour Jésus et pour Marie. Il suffit de lire le récit du miracle de Cana, celui de la résurrection de Lazare ou de la derniére Cène, et surtout lentrevue supréme du Sauveur et de sa mère, au Calvaire, pour reconnaitre l'affection pieuse, émue, reconnaissante de l'Apótre bien-aimé et de l'enfant adoptif. C'est bien lui qui a dû nous transmettre ces touchants détails. Lui seul devait y attacher cette importance, les recucillir avec cette sollicitude et nous les transmettre avec cette fidélité.
Ainsi l'étude du quatriéme évangile confirme pleinement le témoignage de la tradition. Il ne faut donc pas s'étonner si nos rationalistes n'osent plus en nier ouvertement l'authenticité, s'ils se réduisent à dire que les disciples de S. Jean ont pu l'écrire quelques années aprés sa mort, une trentaine d'années au plus. Ewald, plus décidé dans son langage dit qu'il faut avoir perdu l'esprit pour en contester la propriété à celui dont il porte le nom.
Plusieurs Péres ont dit que le premier dessein de S. Jean a été de combler une lacune des synoptiques, en relracant la partie de la prédication du Sauveur qui ἃ précédé l'emprisonnement de son Précurseur, et en mettant en relief le côté spirituel et mystique de sa vie et de sa doctrine. Mais si l'on étudie l'évangile méme, on sera convaincu que la principale intention de l’auteur a élé de venger la personne du divin Maitre des attaques des premiers hérétiques, ou plutót de fortifier la foi des chrétiens à l'égard des dogmes contestés à cette époque, la divinité de Jésus-Christ, son union substantielle avec son Père et celle qu'il veut avoir avec nous par son esprit et par sa grâce. L'évangéliste l’affirme lui-méme expressément : « Ceci a été écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et afin que croyant, vous ayez la vie en son nom. »
Il n'avait pas besoin, pour arriver à son but, d'écrire l'histoire du Sauveur en entier, ni de reproduire tout son enseignement. Aussi fait-il un choix et s'attache-t-il de préférence à ce que les autres ont omis. Les discours qu'il rapporte sont ceux oü le divin Maitre atteste sa dignité de Fils de Dieu, et l'union que ses membres doivent avoir avec lui; les miracles qu'il retrace, ceux ou paraissent avec le plus d'éclat ses perfections et ses desseins. Les autres faits sont
9542 L'ÉVANGILE SELON SAINT JEAN
en petit nombre et destinés presque uniquement à lier ensemble les discours et les miracles, et à faire des uns et des autres une démonstration lumineuse du christianisme. Divinité du Sauveur, rédemption des âmes par la vertu de son sang, adoption des fidéles comme enfants de Dieu, justification intérieure par la grâce, à la seule condition d'une foi sincère et pratique : tels sont les dogmes auquels il s'attache et sur lesquels il s'efforce d'affermir la foi du lecteur. Tous les récits comme tous les discours se rapportent là. Croire à Jésus-Christ comme au Messie et au Fils de Dieu, croire à sa nature divine, à sa puissance, à sa charité, à sa résurrection : voilà le but constant et la conclusion inévitable de tous les chapitres.
Quelles que soient les limites dans lesquelles il se resserre et les lacunes que présente son récit, l’œuvre répond au dessein de l'auteur. Il est difficile de trouver un livre qui offre plus d'unité, une marche plus droite, un progrés plus constant, une cohésion plus étroite de toutes les parties.
4° Dans un prologue aussi bref que sublime, l'évangéliste dit ce que le Verbe a toujours été dans l'éternité et ce qu'il a voulu devenir dans le temps. Lumière et vie par essence, connaissance et activité infinies, il s'est fait par l'Incarnation prineipe de foi et source de vie surnaturelle pour les àmes. Telle est la grande vérité, tel est le mystère dont l'ouvrage offre le développement et la preuve. L'auteur entre aussitót en matiére. Rien sur l'origine temporelle ni sur la jeunesse du Sauveur. Il commence par l'histoire de sa prédication. Les faits et les discours dont elle se compose sont en harmonie avec le programme de l'évangéliste. Mais de cette révélation progressive du Verbe fait chair, résultent deux effets contraires : dans les àmes droites une foi qui devient de plus en plus ferme; dans les esprits prévenus et orgueilleux une hostilité toujours eroissante. Le Sauveur apparait comme source de vie à Cana, au puits de Jacob, dans la multiplication des pains, dans la guérison des malades, dans la résurrection des morts. Il s'annonce comme principe de lumière dans la guérison de l'aveugle-né, mais surtout dans son enseignement et dans ses révélations, lorsqu'il fait voir que rien ne lui est caché, lorsqu'il dit qu'il vient rendre témoignage de la vérité, qu'il est la Vérité méme, qu'il donnera son esprit à ses apôtres pour instruire le monde entier. L'opposition ne tardant pas à éclater, ses auditeurs se divisent en deux parlis contraires. Un certain nombre, destinés à former le noyau de son Eglise et à lui fournir des ministres, ouvrent leur cœur à ses paroles et se montrent dociles à ses enseignements. Les autres, les plus nombreux, ceux qui possèdent l'autorité et l'influence, ferment les yeux à la lumière et s'irritent contre le prédicateur. Le divin Maitre s'efforce de dissiper leurs ténébres et de désarmer leur hostilité : eux ne songent qu'à le prendre en défaut et à le convaincre d'erreur. C'est une lutte continuelle de la lumière contre les ténèbres, de la vie contre la mort. A la fin, leur malice toujours déjouée, éclate d'une manière terrible. Ils se décident à le mettre à mort : ils le crucifient. Mais son immolation devient son triomphe. En sortant vivant du tombeau, il confirme la foi de ses disciples et fonde inébranlablement son Eglise.
2° La liaison des parties n'est pas moins parfaite que l'unité du but. Tous les faits rapportés dans l'évangile ont pour fin d'amener un discours, de symboliser une idée, de rendre une instruction plus frappante; tous les discours ont dans les faits un complément ou une traduction sensible; et par les uns comme par les autres, l'évangéliste tend à son but, en montrant comment la foi s'est
établie au commencement dans les cœurs droits, et quels ont été la malice, l’obstination et le malheur de ceux qui sont restés incrédules. Aussi l’histoire et la doctrine sont-elles fondues ensemble d'une manière indissoluble, et l'on ne conçoit pas qu'on ait pu dire que les discours étaient des interpolations. « L'évangile de S. Jean est comme la robe sans couture du Sauveur, a dit Strauss lui-méme. Il n'y a pas moyen d'en rien détacher : il faut accepter tout comme authentique ou tout rejeter. »
S. Jean a un langage qui le distingue des autres évangélistes. Les discours qu'il rapporte et les tableaux qu'il trace ont, pour la forme et pour le fond, un caractére particulier.
Son vocabulaire n'est pas abondant. Les mémes termes reviennent sans cesse, parce que la doctrine roule constamment sur les mémes idées; mais tous ces termes saisissent l’âme, toutes ces idées l'élévent et la tiennent en présence des plus grandes et des plus saintes réalités. C'est Dieu, vérité absolue, dont l'éclat rayonne à travers les ténébres; c'est le Verbe, le Fils unique de Dieu, son expression parfaite, qui vient ici-bas pour faire connaître et honorer son Père, et à qui son Pére rend témoignage par la parole et par les ceuvres. Un certain nombre écoutent sa voix et ouvrent les yeux à sa lumiére. Ceux-là ayant en eux son esprit et sa vie, sont appelés à partager sa gloire. Mais la plupart refusent d'écouter ses enseignements et d'obéir à ses lois. Loin de devenir des enfants de Dieu comme les premiers, ils seront des enfants du démon; ils n'ont pas la vie en eux : ils n'arriveront pas à la gloire. Voilà ce qui est annoncé dés le premier chapitre, 11 et 12, et qu'on ne cesse de voir et d'entendre dans tout le cours de l'Evangile.
Il a des expressions qui lui sont propres, surtout pour rendre les rapports du Père avec le Fils et du Fils avec nous : Etre chez Dieu, être dans le Père, demeurer en Dieu, naître de Dieu, marcher dans la lumiere, dans les ténèbres, etc. Il dit le Père, le Fils, d'une manière absolue, Il ἃ des tournures qu'il affectionne et qu'il répète : En cela, cela est. Quant à ces métaphores si souvent employées, lumière, vie, ténèbres, mort, mensonge, on ne peut pas dire qu'elles lui soient propres ; car on les trouve aussi dans les prophétes, dans S. Paul et méme dans les synoptiques; mais elles se lisent à toutes les pages de son évangile. Comme elles étaient familières aux gnostiques qu'il avait à réfuter, c'était pour lui une nécessité d'y revenir souvent, en revendiquant pour l'Homme-Dieu et pour sa doctrine les perfections que ces hérétiques attribuaient aux créations fantastiques de leur imagination.
Il aime les sentences bréves et détachées, il se plait à énoncer ses pensées simplement, à la suite l'une de l'autre, comme autant d'intuitions, sans conjonctions ni pronoms relatifs, ce qui n'empéche pas qu'étant unies par le fond, elles ne produisent dans leur ensemble un grand effet. Au lieu de déduire, il affirme, ou plutôt il atteste ce qu'il voit ou ce qu'il a vu, et il se plait à répéter les mots et les pensées, comme les vieillards, dit Michaélis, qui ont recours à ce moyen pour graver leurs maximes dans les esprits.
En fait de figures, il emploie souvent l'antithése, pour faire ressortir ses idées. Il oppose les lumières aux ténèbres, ceux qui sont nés de Dieu à ceux qui sont nés des hommes, Jésus-Christ à Moïse, la loi à la gráce, les fidèles aux incrédules ; ou bien aprés avoir affirmé une chose, il nie la chose opposée. Il parait aimer aussi l'apposition, qui se formule par c'est-à-dire, à savoir.
2544 L'EVANGILE SELON SAINT JEAN
Mais.ce qui caractérise S. Jean, c'est moins la forme extérieure du langage que le fond de la pensée.
La simplicité, la naïveté, la négligence méme se joignent chez lui à une finesse, à une pénétration, à une profondeur, à une élévation sans égales.
Tout ce qu'il décrit est sensible et vivant. On croirait assister aux scénes qu'il retrace et avoir sous les yeux les acteurs. Ses récits sont autant de drames, pleins de vérité et de mouvement. Il fait parler ses personnages, comme S. Marc, et quelques mots lui suffisent pour les faire connaitre.
Avec le talent de peindre, au degré le plus éminent, S. Jean a le don d'éveiller la pensée et de s'énoncer d'une manière frappante. Il sait donner un corps aux choses les plus abstraites et faire apparaitre le monde idéal et surnaturel à travers les réalités de l'ordre naturel et terrestre. Chez lui, tous les tableaux sont des emblémes ; l'importance des faits qu'il rapporte est dans les idées qu'ils suggérent; le présent figure l'avenir; chaque mot renferme une prophétie, une lecon, un mystére.
Autant il est profond dans ses symboles, autant est-il sublime dans ses conceptions. Nul n'a le regard aussi hardi et aussi sür. Tout ignorant qu'il est des choses de la terre, ce pécheur de Galilée, inspiré par l'Esprit-Saint, ne craint pas de traiter de celles du ciel. Il ne veut voir dans l'Homme-Dieu lui-méme que ce qu'il a de plus divin; et les vérités qu'il nous révèle suffisent pour éclairer la foi, nourrir l'espérance et animer la charité jusqu'à la fin des siècles.
Vivacité, profondeur, sublimité, voilà, en résumé, ce qui distingue cet évangile, ce qui l'a fait appeler par les Saints Péres /'Evangile de l'Esprit, ce qui fait que les cœurs purs y trouvent tant de charmes. Il n'est pas de livre où la divinité du Verbe rayonne avec tant d'éclat. OEuvre merveilleuse, sans modéle comme sans égale, qui porte en elle la preuve de son inspiration et de sa véracité, et qu'on ne pouvait mieux caractériser que par cette figure d'aigle qu'on lui a donnée pour emblème. (L. Bacuez.)
LE SAINT ÉVANGILE
DE JÉSUS-CHRIST
SELON
SAINT JEAN
2. C'est lui qui au commence- CHAPITRE PREMIER. ment était en Dieu.
Divinité du Verbe. Mission de saint Jean- 3. Toutes choses ont été faites Baptiste. Incarnation du Verbe. Ré- | par lui; et sans lui rien n'a été ponse de saint Jean aux députés des | fait de ce qui a été fait Juifs. Autre témoignage de saint Jean. ה PRES jg L Deux disciples de saint Jean vonttrou- | Ἔ- EN Jul était la vie, et la vie ver Jésus. André lui amène Pierre. Jé- | était la lumière des hommes;
ii uS Philippe, qui lui améne Na- 5. Etla lumiere luit dans les té- POM nèbres, et les ténèbres ne l'ont 1. Au commencement était le | pas comprise.
Verbe, et le Verbe était en Dieu, 6. 11 y eut un homme envoyé
et le Verbe était Dieu. de Dieu dont le nom était Jean.
Cuar. I. 6. Matt., ,זוז 1; Marc, 1, 2.
1. Et le Verbe était en Dieu. Compar. xiv, 10 : Ne croyez-vous pas que je suis dans le Pére, et que le Pére est en moi? —* « Le choix de ce mot, Verbe, Logos, n'a pas été fait au hasard par S. Jean, ni d'une maniére arbitraire. Il parait lui avoir été révélé. Que le Fils de Dieu l'ait fait connaitre à S. Jean avant de sortir de ce monde, ou que la révélation en ait été faite à cet Apôtre au moment où il écrivait l'évangile, c'est ce que rien ne détermine avec certitude; mais nous savons qu'à Patmos, S. Jean recut des assurances à cet égard : « Le nom dont on l'appelle est le Verbe de Dieu, » lisons-nous daus l'Apocalypse. Certains passages de l'Ancien Testament pouvaient suffire pour en suggérer l'idée. Dans ces textes, la création est attribuée au Verbe ou à la parole de Dieu. Ce Verbe est personnel. Il s'identifie avec la Sagesse et avec l'Ange de Dieu. Quoi d'étonnant quau temps du Sauveur ce mot füt employé chez les Juifs pour désigner le Fils éternel de Dieu? S. Paul parait sanctionner cet usage, aussi bien que S. Jean, en parlant de /a parole de Dieu vivante et agissante, qui discerne les pensées de l'esprit et les intentions du cœur. Aussi la difficulté pour l'évangéliste n'était pas de faire reconnaitre aux Juifs qu'il y a en Dieu un Verbe personnel et tout-puissant, mais de les convaincre que Jésus était ce Verbe. D'ailleurs, la connaissance de la doctrine révélée surles trois personnes divines étant donnée, le nom de Verbe ne devaitil pas s'offrir de lui-méme à l'esprit pour désigner la seconde ? Les rapports du Pére avec le Fils ont une analogie frappante avec ceux qui existent entre notre esprit et notre parole ou notre verbe. Il était naturel d'appeler le Fils de Dieu, la Parole du Pére. S. Jean n'avait donc pas d'emprunt à faire, ni à Platon (429-348), ni à Philon (T 55). Et que leur aurait-il emprunté? — Si Platon parle de Logos dans sa théorie de la création ou plutót de la disposition originelle des
7. Celui-ci vint comme témoin pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui;
8. 11 n'était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la . lumière.
9. Celui-là était la vraie lumière, qui illumine tout homme venant en ce monde.
10. 11 était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu. -