‹ La Sainte bible polyglotteChapitre 4761 sur 5262 · AUX ROMAINS · texte numérisé non relu

AUX ROMAINS

INTRODUCTION

Quand S. Paul écrivit cette Epilre, il était pour la troisième fois à Corinthe et logeait chez un chrétien nommé Caius, qu'il avait baptisé de sa main. Aprés trois mois passés dans cette ville ou aux environs, il allait partir pour Jérusalem, afin d'y porter la collecte qu'il avait faite parmi ses disciples de Corinthe et dans les autres églises d'Europe. C'était l'an 58, probablement. La féte de la Pentecóte approchait. Tandis que Néron, empereur depuis quatre ans, mais à peine arrivé à sa vingtiéme année, commencait à se signaler par sa fureur pour les jeux du Cirque et par ses courses nocturnes, jointes à l'enlévement de Poppée et à l'exil d'Othon, l'Apótre, aprés avoir évangélisé une bonne partie de l'Asie-Mineure et de la Gréce, se disposait à passer en Occident et à porter la foi dans les contrées les plus reculées de l'empire. Avant de quitter Cenchrée, il achève sa Lettre, et l'envoie aux chrétiens de Rome, par une veuve, nommée Phébée, qu'il désigne comme diaconesse de l'Eglise de Corinthe. Ainsi cette Epitre le devance de trois ans dans la capitale du monde.

L'authenticité de l'Epitre aux Romains est incontestable, et, si l'on excepte les deux derniers chapitres, universellement reconnue, méme par les rationalistes les plus outrés.

Une colonie de Juifs était établie à Rome depuis prés d'un siécle. Auguste l'avait traitée avec bienveillance. Non content de lui assurer le libre exercice de son culte, il lui avait attribué une portion considérable de la région transtibérine, Elle était déjà considérable, à cette époque, puisque huit mille Juifs de Rome se joignirent aux députés de la Palestine pour réclamer auprès de ce prince contre le testament d'Hérode. Or, nous apprenons de S. Luc qu'un certain nombre de Juifs et de prosélytes, étant venus de Rome à Jérusalem l'année de la mort du Sauveur, avaient assisté au miracle de la Pentecóte et entendu le premier discours de S. Pierre. Il y a lieu de croire que plusieurs se convertirent et emportérent avec eux, daus la capitale de l'empire, les premiéres semences de la foi. Des Juifs de la synagogue des A/franchis, qui étaient nés en cette ville ou aux envwons, et des Gentils de la cohorte italique, rappelés en Italie après l'élévation d'Hérode Agrippa sur le tróne de Judée, se joignirent probablement à ces premiers fidéles. Enfin, nous savons que S. Pierre, obligé par sa charge

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de se porler à la téte de l'Eglise, vint lui-méme à Rome organiser cette chrétienté naissante, comme il avait organisé celle d'Antioche, et qu'assez longtemps avant la ruine de Jérusalem, dés le commencement du règne de Claude, il établit son siége dans la capitale du monde. Si la date n'est pas absolument süre, le fait de cet établissement est incontestable : les preuves remontent jusqu'aux Apótres.

Bannis un moment de Rome, comme les Juifs avec lesquels on les confondait, les chrétiens ne tardérent pas à y rentrer. En l'an 58, au moment oü S. Paul leur écrivait, ils formaient déjà une église considérable et bien organisée, dont la foi était connue du monde entier. Ils étaient Gentils d'origine pour la plupart : c'est par là qu'ils se recommandaient particulièrement au zèle de S. Paul. En l'an 64, une trentaine d'années aprés la mort du Sauveur, ils s'étaient multipliés au point de fournir à Néron une mullitude énorme de victimes. Des enseignements que l'Apótre leur adresse, on est fondé à conclure qu'ils étaient fixés sur les principaux points de la doctrine chrétienne, et qu'on les avait instruits avec soin, non seulement de l'économie générale de la religion, mais encore des vérités les plus relevées du christianisme, des rapports de la loi nouvelle avec laloi mosaique, des prophéties, des sens spirituels, des figures de l'Ancien Tese tament, etc.

S. Paul n'avait pas fondé cette Eglise, non plus que celle de Colosses ; mais il y avait des amis et des disciples qui sollicitaient son zéle et désiraient ses avis. Ce fut là pourtant son moindre motif pour lui écrire; le principal fut l'importance de la conversion de Rome pour le progrés de la foi parmi les Gentils, dont il était l'Apótre. Il n'ignorait pas que Rome était au jugement du monde entier, la ville par excellence, que tous les peuples avaient les yeux sur elle, qu'elle exercait sur tout l'empire une fascination et une autorité irrésistibles. 11 qu'elle était en relation continuelle avec les provinces, et que toutes les nations avaient des représentants dans son sein, de méme qu'elle comptait des citoyens dans toutes les contrées connues. Précher l'Evangile dans cette ville, c'était remplir de la manière la plus étendue et la plus fructueuse le ministère particulier dont il était chargé, celui de faire connaitre aux Gentils le Fils de Dieu et le mystère du salut.

A ce motif, très suffisant par lui-même, on peut en joindre d'autres, au moins fort vraisemblables. — 1% L'absence prolongée de S. Pierre. On sait que le prince des Apôtres s'absenta plusieurs fois de son Eglise, sans qu'il en abandonnát jamais le gouvernement. Le décret de Claude qui bannit de Rome la population juive, le concile de Jérusalem, tenu de 50 à 52, les besoins des églises d'Orient dont il fut l'Apótre, durent l'en tenir assez longtemps éloigné. — 9» Le désir que S. Paul devait avoir de disposer les chrétiens de Rome à profiter de son passage et à recevoir ses instructions lorsqu'il viendrait parmi eux, pour préparer.sa mission en Espagne. — 3° L'avantage qu'il pouvait espérer de sa Lettre, pour la paix del'Eglise et pour le succés de son ministére dans toutes les provinces. Quoi de plus propre, en effet, à dissiper les préventions des judaisants et à rendre manifeste l'union qui règnait dans le collège apostolique, que de faire publiquement à Rome ce qu'il avait déjà fait à Antioche, de joindre sa parole à celle de S. Pierre, et d'adresser à l'Eglise même du prince des Apótres le développement et les preuves de son évangile, de sa thèse principale, de celle qui soulevait le plus d'opposition parmi ses compatriotes, et

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qui avait le plus d'importance pour l'avenir du christianisme, savoir : que là grâce et le salut étaient offerts à tous, aux Gentils comme aux Juifs, à la seule condition de croire en. Jésus-Christ et d'embrasser sa loi? — 40 Les lumières que Dieu lui donnait sur lavenir de l'Eglise de Rome, destinée à étre le centre et le foyer du christianisme, mais menacée des plus terribles persécutions, et appelée à acheter, par trois siécles de martyre, sa domination si glorieuse et si féconde sur toutes les autres Eglises.

Quoi qu'il en soit, S. Paul avait depuis longtemps le désir, non de s'établir à Rome, mais de précher l'Evangile aux Romains, et il ne parait pas qu'il ait jamais poursuivi avec autant d'ardeur aucun autre dessein. On sait par les Actes comment Dieu lui donna de le réaliser.

Cette Epitre ne suppose-t-elle pas qu'il y avait à Rome, entre les convertis du Judaisme et ceux de la Gentilité, une contestation sur leur mérite relatif? — S. Augustin l'a pensé, et beaucoup d'interprétes aprés lui. Ils ont cru que les Juifs et les Gentils convertis se disputaient la palme du mérite, que les uns et les autres prétendaient avoir les meilleurs titres à la grâce de l'Evangile et à l'amitié de Dieu, que les premiers se prévalaient de leur fidélité à pratiquer la loi de Moise, et les seconds des lumiéres de leurs philosophes et des vertus de leurs sages. Mais c'est une simple hypothése, suggérée par certains versets, non un fait établi par des témoignages historiques. En outre, cette supposition ne s’accorde pas trés bien avec les éloges que S. Paul donne à l'Eglise de Rome, et ayec l'édification qu'elle répandait dés lors dans tout l'univers; et l'on n'a pas besoin d'y recourir pour expliquer les considérations de l'Apótre sur l'abus que les Gentils faisaient de leur raison, sur l'impuissance de la loi à justifier les àmes, et sur la gratuité absolue de la foi. S. Paul connaissait la disposition de ses compatriotes à se préférer au reste des hommes. Il savait quel était l'orgueil des Grecs et des Romains. N'était-ce pas assez pour qu'il prit soin de porter les uns et les autres à s'humilier devant Dieu, à reconnaitre leur indignité, à confesser que leur conversion était un pur effet de sa miséricorde? Tel est, ce nous semble, le véritable point de vue. S. Paul se propose moins de réprimer une contestation survenue à Rome entre deux partis rivaux, que d'en étouffer les germes, en inspirant aux uns et aux autres une profonde reconnaissance envers Dieu pour le don de la foi, en apprenant aux Juifs, comme aux Gentils, en quoi consiste la grâce de la justification, quelle en est l'origine, quels en sont les conditions, les caractères, les effets. et en leur faisant sentir l'impuissance où ils sont, soit d'y suppléer par la raison, soit de la mériter par leurs œuvres.

L'Epitre aux Romains a, de tout temps, effrayé les interprétes. Les difficultés qu'elle présente ont rapport à la grâce, dont l'Apótre est le grand prédicateur, et aux questions qu'elle souléve, du péché originel, de la concupiscence, de la justification, de la prédestination et de la réprobation. Tous les hérétiques qui ont nié ou blessé plus ou moins la liberté humaine, depuis Valentin le gnostique jusqu'à Luther et Jansénius, ont allégué quelques passages de cette Epitre et de celle aux Galates. Mais, en condamnant leurs erreurs, l'Eglise a éclairci la matière et fixé le sens de beaucoup de textes. Si l'on tient compte de ses définitions et qu'on ait soin de choisir de bons commentaires, on verra que l'Apótre est loin d'étre incompréhensible, et que ce n'est pas sans fruit qu'on étudie ses écrits,

Il y a lieu de croire que l'Epitre aux Romains n'a pas été faite tout d'un jet,

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en quelques heures, comme l'Epitre aux Galates. Bien qu'elle ne soit pas limée sous le rapport littéraire, la doctrine qu'elle contient parait avoir été méditée à loisir. L'importance du sujet, l'abondance et l'enchainement des idées, la concision du style, le grand nombre et le choix des citations, la subtilité des raisonnements, l'absence des répétitions ne permettent pas de penser qu'elle ait été écrite précipitamment. Il est probable que S. Paul y a résumé les instructions qu'il avait coutume de donner dans les Eglises dont il était le fondateur. Sauf le prologue et la conclusion, l'Epitre ressemble à un traité plutót qu'à une lettre, Ce qu'on lit à la fin, qu'elle a été écrite de la main de Tertius, n'est pas une preuve qu'elle ait été dictée. S. Paul l'avait sans doute rédigée avant de la donner à transcrire.

L'Epitre aux Romains se divise en deux sections. La première, qui est la principale, est dogmatique ou théorique, 1, 17-x1. Dans cette partie, l'Apótre, voulant exposer la doctrine de l'Eglise sur la justification, établit la nécessité de la foi chrétienne ou du christianisme, pour arriver au salut; et il fait sentir cette nécessité, en montrant l'impuissance de la nature et l'insuffisance de la loi mosaique pour mener une vie sainte et mériter le ciel. Sa thése est donc assez complexe. Il établit la gratuité de la justification sur ce fondement, qu'elle n'est le fruit ni du mérite naturel ni des ceuvres légales, qu'elle a pour condition essentielle et unique la foi, une vraie foi, en Jésus-Christ, et il montre que la nécessité et la valeur de cette foi sont les mémes pour tous les hommes. — La seconde section est pratique ou morale, xu-xvi. C'est une suite de préceptes et de conseils généraux et particuliers, de nature à confirmer les chrétiens dans la foi et à les porter à la perfection. La vie du juste, dont il trace l'esquisse et dont il dit que la foi chrétienne est le principe, contraste avec celle des paiens et des Juifs, dont il a fait le tableau dans ses premiers chapitres. (L. BAcuzz.)

EPITRE

DE SAINT PAUL

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