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LES ÉPITRES CATHOLIQUES

être chrétiens sans cesser d’être juifs et asservir aux pratiques légales les Gentils baptisés, bientôt dogmatiseurs, chefs de sectes, révélateurs ou adeptes de toutes sortes de systèmes aussi disparates que bizarres, sous les noms de Simonites, de Nicolaïtes, de Cérinthiens, d'Ebionites, etc., ils ne craignaient pas de nier ou de combattre les points les plus essentiels de la foi et de la morale chrétiennes. Plusieurs Epitres de 5. Paul nous ont déjà fait voir, en ces hérétiques, la prétention orgueilleuse de substituer « la science » à la foi pure et simple, avec une tendance plus ou moins manifeste à rabaisser la dignité du Sauveur et l'importance de son œuvre. Les Epitres catholiques nous prouvent, ce que confirme la tradition, qu'ils en vinrent jusqu'à nier la divinité de Jésus-Christ, son Incarnation, la réalité de sa nature humaine, la rédemption; et qu'après avoir substitué à sa doctrine les réveries les plus absurdes, ils osèrent soutenir que la foi, une foi éclairée comme la leur, était la seule condition du salut, les œuvres étant une chose absolument indifférente devant Dieu.

Ces sept Epitres s'accordent à flétrir ces docteurs, à défendre la divinité du Sauveur et la réalité dela rédemption ; mais surtout elles insistent sur la nécessité d'avoir une foi pratique et d'unir à des convictions fermes et vraies la fuite du péché et la pratique des vertus. Elles sont donc, à la différence de celles de S. Paul, moins dogmatiques que morales. Aussi est-ce le ton de l'exhortation qui y domine, plutót que celui de la démonstration.

Au point de vue de l'histoire, ces écrits fournissent des renseignements importants sur les temps apostoliques et sur le caractere des premieres hérésies. 118 montrent en outre comment se sont éclaircis et complétés les enseignements des Apótres; et l'on peut constater des ce moment cette loi providentielle que les contradictions dont la doctrine de l'Eglise a été l'objet onttoujours pour résultat de mettre en relief les vérités contestées, et de leur faire acquérir toute la netteté et la certitude désirables. (L. Bacuez.)

— —À5Àoo092€00o«— — INTRODUCTION

L'auteur de cette Epitre ne peut être S. Jacques, fils de Zébédée, mis à mort une dizaine d'années aprés la Pentecóte. C'est donc S. Jacques, fils d'Alphée, apótre comme le premier, et parent de Notre Seigneur, selon que l'affirme le concile de Trente.

Quelques auteurs ont voulu distinguer du fils d'Alphée, Jacques, évéque de Jérusalem, parent de Notre Seigneur et auteur de cette Lettre; mais ce sentiment, contraire à la persuasion commune, ne peut étre justifié par de bonnes raisons. S. Luc et S. Paul parlent bien de Jacques, évéque de Jérusalem : or, l'Epitre aux Galates dit nettement qu'il était parent de Notre Seigneur, qu'il fut du nombre des Apôtres et qu'on le regardait comme l'une des colonnes de l'Eglise. D'ailleurs, nous savons que l'Apótre Jacques était fils d'Alphée ou de Cléophas, qu'Alphée ou Cléophas était marié à une parente de la sainte Vierge et qu'il en avait eu un fils qu'on nommait Jacques le Mineur. Il n'y a donc pas moyen de justifier cette distinction.

Etant fils de Cléophas et de Marie, l'auteur de cette Lettre était frére de Jude, de Simon et de Joseph. Le Sauveur lui apparut en particulier, aprés sa résurrection ; et plusieurs ont cru, dit S. Jéróme, qu'il l'avait lui-méme établi évéque de Jérusalem. L'importance de cette église, l'affluence des Juifs et des chrétiens qui y venaient de toutes parts, l'opposition que la foi chrétienne ne pouvait manquer d'y rencontrer demandaient bien les soins et la présence assidue d'un apótre. Il est certain que S. Jacques exerca cette charge de bonne heure. La premiére fois que S. Paul se rend à Jérusalem, aprés s'étre présenté à S. Pierre, le chef du collège apostolique, il rend visite à Jacques, le frère du Seigneur. Au Concile, il le retrouve, et dans son Epitre aux Galates, il le nomme comme l'une des principales colonnes de l'Eglise. Il parait que S. Jacques occupa son siége pendant plus de trente ans. Sa sagesse et sa vertu lui acquirent l'estime des Juifs incrédules eux-mêmes ; ce qui n'empécha pas qu'il ne 101 victime de sa foi et qu'il ne rendit au Sauveur, comme ses collègues, le témoignage du sang. Il fut mis à mort en l'an 62 ou 63, sous le pontificat d'Ananie, dans un soulèvement populaire dont les Scribes et les Pharisiens étaient les instigateurs. Eusébe nous a transmis la tradition qu'Hégésippe avait recueillie sur ce sujet. Il nous apprend de plus que les fidéles de Jérusalem avaient conservé par vénération et qu'ils montraient encore, de son temps, la chaire de leur premier évéque. C'est un des plus anciens monuments du culte des reliques dans l'Eglise.

Ce qui parait avoir donné lieu à l'Epitre de S. Jacques, ce sont les enseignements antichrétiens de certains docteurs simonites ou nicolaites. D'aprés ces hérétiques, hommes présomptueux qui abondaient en paroles, pour avoir part à l'héritage de Jésus-Christ, il n'était besoin pour personne, ni de changement de vie, ni de bonnes œuvres; il suffisait d'adhérer aux oracles divins et d'en avoir l'intelligence. En cela seul consistait le mérite aussi bien que la sagesse. Ils citaient, à l'appui de leur système, quelques paroles de S. Paul qu'ils interprétaient à leur maniére. Averti du scandale et peut-étre consulté sur ce sujet par les chrétiens israélites ou gentils, dont un grand nombre venaient chaque année à Jérusalem, S. Jacques se crut d'autant plus obligé de défendre la vérité que le crédit particulier dont il jouissait parmi ses compatriotes le mettait à méme de s'en faire écouter et de leur donner d'utiles avis.

L'objet de la Lettre répond naturellement à la fin que l'auteur se propose. Bien qu'il touche plusieurs points de morale, entre autre la vanité des richesses et la nécessité de la patience, les vérités sur lesquelles il insiste le plus sont celles-ci : qu'on ne doit pas se flatter de se sauver, si l'on néglige les ceuvres de salut, qu'il faut veiller sur ses paroles, ne pas faire ostentation de science ni s'arroger la charge de Docteur, mais observer avec soin les devoirs de la justice et de la charité.

On peut distinguer trois parties dans cet écrit : — 1° S. Jacques exhorte les fidèles à la constance, 1. — 2^ Il reprend les faux Docteurs, u-1v, 7, — 3? Il indique les devoirs des divers états, 1v, 8-v, 20.

Cette Epitre a plutót la forme d'une instruction morale ou d'une exhortation que celle d'une lettre. Elle commence par une salutation aux tribus d'Israël, comme il convenait à une instruction de l'évéque de Jérusalem ; mais on n'y voit rien qui ressemble à une conclusion épistolaire. Peut-être S. Jacques voulait-il en faire son testament spirituel. Bien que Jésus-Christ n'y soit nommé que deux fois, cet écrit respire toute la ferveur du christianisme. Il porte cependant l'empreinte de la sagesse et de la modération de son auteur. Nulle part la nécessité d'une vertu effective et le caractère obligatoire de la loi de Dieu ne sont plus fortement inculqués. Pour la méthode, il rappelle moins les Epitres de S. Paul que les discours du Sauveur et surtout le sermon sur la montagne. S. Jacques ne procéde pas par raisonnements, mais par affirmations, par sentences; il énonce simplement ses idées, sans chercher à les déduire d'un principe ni à les lier ensemble, et pour l'ordinaire il en a un certain nombre sur chaque sujet et il les donne d'un ton qui annonce l'autorité, Ses maximes dénotent un esprit vif, cultivé, poétique méme, accoutumé à la lecture des prophétes. Le style, quoique simple, est non seulement correct, mais noble, élégant, énergique. Les fortes pensées, les images, les interrogations, les tours vifs et frappants, les antithèses abondent et donnent à cet écrit une physionomie à part. Quoique les pensées soient toutes bibliques, le grec est trés pur.

Cette Epitre doit avoir été composée vers 62, peu de temps avant la mort de S. Jacques. Elle suppose non seulement que S. Pierre avait quitté la Judée et peut-être écrit déjà aux fidèles de l'Asie-Mineure, mais que les Epitres même de S. Paul aux Romains et aux Galates étaient connues et commentées. Du moins les remarques de S. Jacques sur la nécessité des bonnes œuvres semblent motivées par la fausse interprétation qu'on donnait à certains passages de ces Lettres. 11 est également probable que S. Paul n'était plus dans l'Asie-Mineure

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et qu'il se trouvait éloigné des lieux oü l'on dénaturait ainsi le sens de ses paroles. D'un autre côté, il n'est pas possible de renvoyer la composition de cette lettre aprés la ruine de Jérusalem, ni méme à l'époque du siége, lorsque les chrétiens étaient retirés à Pella ou surle point de quitter la ville. Rien n'y ressent l'agitation de cette époque. On sait d'ailleurs que S. Jacques ne dépassa pas l'an 62.

Quant au lieu où cette Epitre fut écrite, il n'y a aucune raison de douter que ce ne soit Jérusalem, cette ville à laquelle l'auteur était attaché par tant de liens, et d'oà il semble qu'il ne s'est jamais éloigné. On trouve dans son langage la maniere, les souvenirs et toutes les images d'un habitant de la Palestine, versé dans la connaissance de la loi et des prophétes. (L. Bacuez.)

EPITRE

DE SAINT JACQUES

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