ANCIEN TESTAMENT
Note 1, p. 13. — LA COSMOGONIE MOSAIQUE.
La beauté et la grandeur du récit de la création ont frappé tous les esprits. Yl était impossible d'en tracer un tableau plus grand et plus digne. Les savants ne l'ont pas moins admiré que les philosophes. « Ou Moise avait dans les sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle, a dit Ampère, ou il était inspiré. » La supériorité du récit biblique est surtout frappante quand on le compare aux cosmogonies des autres peuples, lesquelles sont pleines de réveries. Quant à la beauté littéraire du premier chapitre de la Genése, il n'est personne qui n'eu soit frappé. Tout le monde connait la réflexion du paien Longin : « Le législateur des Juifs, qui n'était pas un homme ordinaire, ayant fort bien concu la grandeur et la puissance de Dieu, l'a exprimée dans toute sa dignité, au commencement de ses lois, par ces paroles : Dieu dit: Que la lumiere se fasse, et la lumière se fit; que la lerre se fasse, el la terre fut faite. »
L'organisation du monde est partagée par Moïse en six actes qu'il appelle jours et qui se distinguent les uns des autres par un soir et un matin. Le premier acte distinct de l'organisation de l'univers est la création de la lumière; le second fut la séparation des eaux inférieures et des eaux supérieures, c'est-à-dire la condensation d'une partie des vapeurs ou eaux proprement dites, nommées eaux inférieures, lesquelles se séparèrent de celles qui restèrent à l'état de vapeurs ou eaux supérieures; le troisième, c'est la production des plantes; le quatrième, la création ou la manifestation des astres; le cinquième, la création des reptiles et des oiseaux; le sixième, celle des mammifères et de l'homme. Depuis ce dernier acte, la Providence n'a pas introduit de nouvelles espéces de créatures sur la scéne du monde, ce que la Genèse indique en disant que le septième jour Dieu se reposa, c'est-à-dire cessa d'agir.
Ce mot de repos appliqué à Dieu est certainement métaphorique, tout le monde en convient. Il est à croire que le mot « jour, » yôm, « soir,» est également métaphorique. Yóm désigne ordinairement l'espace compris entre deux levers de soleil; cependant plusieurs raisons, qui ne sont pas sans importance, semblent indiquer que ce terme ne doit pas être pris ici dans le sens propre, mais dans un sens figuré. A une époque où tout s'exprimait en images, l'emploi de métaphores dans la Genèse ne doit pas surprendre celui qui connait les habitudes du langage oriental.
Le mot yóm, jour, signifie trés probablement iei époque ou période. Dieu n'a certainement pas mis vingt-quatre heures à créer la lumiére, ni viugt-quatre heures à créer les astres, les plantes ou les animaux; il lui a suffi, pour que tous ces êtres fussent produits, d'un acte instantané de sa volonté. Puisque Dieu n'a pu employer une journée entière à donner l'existence à chacune des espèces de créatures qui ont apparu pendant les jours génésiaques, il y a tout lieu de penser que le mot jour est ici une expression figurée désignant une de ces périodes d'uue longueur indéterminée que nous fait connaitre la géologie.
L'étude géologique de notre globe montre qu'il se compose de couches superposées, distinguées les unes des autres par des éléments qui leur sont propres, et en particulier par des fossiles différents. Ces couches se sont formées successivement parent une longue suite de siècles.
On peut partager l'œuvre de la création en trois périodes principales: la période astronomique ou cosmique, la période cosmogéogénique, et la période géologique pure.
I. La période cosmique embrasse la cosmogonie en général ou création des éléments de la matière; elle comprend le long espace de siècles résumé dans les cinq premiers versets de la Genèse, et correspond au temps qui a précédé le premier jour mosaïque ainsi qu'à ce premier jour lui-même. La science ne connaît rien de cette période que par induction.
D'après le système communément admis par les savants, l'éther, principe de la matière, ou des « cieux et de la terre, » a été créé tout d'abord. L'analyse spectrale et les belles découvertes du P. Secchi, d'Huggins, de Miller, etc., démontrent que la composition chimique des corps célestes et terrestres est foncièrement la méme. Au commencement, les ténèbres sont complètes. Des centres d'attraetion se produisent ensuite sur divers points de l'espace et deviennent le germe des nébuleuses cosmiques et le principe du mouvement.
Le mouvement de concentration et de rotation des nébuleuses améne les premiers dégagements de chaleur. L'élévation croissante de la température produit de la lumière; les nébuleuses, en se condensant, jettent autour d'elles des lueurs phosphorescentes; elles se fractionnent, et leurs fragments deviennent des étoiles qui finissent par être incandescentes. La terre est une de ces étoiles. Moïse dépeint l'état primitif de la terre à cette époque, en disant : Terra erat inanis et vacua, « sans ordre, » et il caractérise la période pendant laquelle s'accomplissent les phénomènes dont nous venons de parler, quand, en les considérant par rapport à notre globe, il dit que, le premier jour, Dieu créa la lumiere et la sépara des ténébres.
IT. L'époque cosmogéogénique, pendant laquelle la terre s'organise et se couvre de plantes, répond aux second, troisième et quatrième jours de Moïse, Gen., 1, 6-19.
19 C'est pendant cette époque que se forment la croûte solide de la sphère embrasée et l'atmosphère Le globe terrestre passe de l'état gazeux à l'état de liquide incandescent; sa surface commence ensuite à se durcir par le refroidissement. Une atmosphère ténébreuse, sursaturée de vapeurs métalliques et aqueuses, se forme autour de la terre. L'atmosphère devient ainsi distincte du sphéroide terrestre. C'est la séparation des eaux inférieures et supérieures par le firmament, dont parle la Genése, c'est-à-dire le second jour mosaique. Cette période de formation de l'univers est appelée par les géologues âge primaire ou azoïque, parce qu'elle n'offre pas de traces de vie.
20 Le troisième et le quatrième jours génésiaques correspondent à ce que les géologues appellent âge paléozoique ou de transition. Cet âge est ainsi nommé, parce que c'est celui où l'on retrouve les traces les plus anciennes de vie, des débris d'une flore et d'une faune sous-marine, des cryptogames, des algues et des invertébrés, crustacés et mollusques, oursins et coraux.
Au commencement de cette période, la croûte solide est partout recouverte par les eaux précipitées. Les premières îles émergent par suite de la contraction de l'enveloppe terrestre. L'atmosphère, grossièrement épurée, ne laisse parvenir au sol qu'une clarté diffuse; mais cette clarté est suffisante pour les premiers développements de la végétation terrestre. Aucune autre époque n’a laissé de traces d'une végétation comparable à celle-là. C'est alors que se produit la flore carbonifère et houillére.
Pendant cette période, il n'y avait encore, comme nous le dit Moise, aucun mammifère, ni aucun oiseau. Il y avait cependant déjà, mais en petit nombre, quelques amphibies rampants, des poissons et quelques animaux inférieurs, dans les basfonds marécageux, oü ils étaient couverts par une épaisse végétation. La flore houillére se composait de plantes colossales, mais sans vives couleurs; elles avaient surtout besoin d'ombre et d'humidité. Ce caractere de la végétation houillére fournit la réponse à une des objections sur lesquelles on a le plus insisté contre le récit de Moise, et en devient méme une sorte de confirmation. Comment, a-t-on dit, ces plantes ont-elles pu se développer sans l'action des rayons solaires? Un savant allemand, M. Pfaff, a répondu avec beaucoup de précision et de justesse : « Ce n'est pas du soleil que les plantes ont besoin, mais seulement de lumiére et de chaleur. Or, la lumiere et la chaleur existaient incontestablement avant le soleil : c'est là un fait certain en histoire naturelle. »
Quelques bairaciens, des animaux amphibies et des poissons commencent alors à paraitre, mais ils sont rares, surtout relativement au grand épanouissement de vie que nous rencontrerons bientôt. Moïse a donc pu n'en pas tenir compte et les passer sous silence; il ne mentionne, dans chaque époque, que la classe d'étres qui la caractérise.
Le quatrième jour mosaïque est celui où Dieu complète l'organisation de notre système solaire par rapport à la terre. Quelques exégètes pensent que le soleil existait déjà dans les âges précédents comme corps lumineux, mais que ses rayons n'arrivaient pas jusqu'à la terre. Rien dans la science ne s'oppose à ce qu'on accepte purement et simplement le récit de la Genése : « Notre soleil est une véritable étoile fixe, dit M. Pfaff. Par conséquent, sa manifestation comme astre distinct peut coincider avec celles des autres étoiles fixes. L'astronomie n'a rien à opposer à cette affirmation... Il ne saurait donc étre question sur ce point d'une contradiction entre l'astronomie et la Bible. » M. Faye pense que 18 terre a été réellement créée avant le soleil.
Cette époque, qui est la moins ancienne de l'áge paléozoique, est caractérisée par un ralentissement trés sensible de la création végétale. Une nouvelle flore apparut plus tard dans l’âge tertiaire et fut le résultat de l'influence nouvelle du soleil; mais Moise, qui avait indiqué le premier grand épanouissement de vie végétale, n'est pas revenu sur les flores successives : il s'est partout contenté d'indiquer les traits les plus saillants de chaque période.
IIT. L'ére géologique comprend trois âges : l'âge mésozoïque ou secondaire, l'âge cænozoïque ou tertiaire, et l'âge quaternaire, celui dans lequel nous vivons. L'âge mésozoique correspond au cinquième jour génésiaque; les âges tertiaire et quaternaire correspondent au sixième jour.
1° Le cinquième jour, nous dit la Genèse, Dieu créa d'abord les reptiles et les volatiles, puis les grands cétacés. L'inspection des couches géologiques confirme ces données. <
L'âge mésozoique ou secondaire comprend trois étages de terrains : l'étage triasique, l'étage jurassique et l'étage crétacé. Il est caractérisé par une abondance prodigieuse de vie animale. La végétation houillére de l’âge paléozoique avait absorbé une quantité énorme d'acide carbonique et l'avait changé en combustible, Elle avait ainsi purifié l'atmosphére et rendu la terre propre 8 la vie animale.
Pendant que les coraux et les infusoires formaient le terrain jurassique, les ammonites et les bélemnites vivaient au fond des mers; les tortues et les lézards se promenaient sur les bords des riviéres et des océans; d'immenses reptiles, armés d'effroyables moyens de destruction, étaient les rois des animaux. Cette époque, à laquelle Moïse rapporte la création des reptiles, est tellement caractérisée par cette classe d'étres vivants que les géologues l'ont appelée « ére des reptiles. »
La premiére apparition des oiseaux correspond à l'époque de ces grands sauriens, conformément à ce que nous apprend Moïse. Les terrains jurassiques et crétacés présentent des empreintes de grands échassiers et de grands oiseaux dans le genre de l'autruche. Mais jusqu'ici, comme pour confirmer le récit de la &enése, on n'a rencontré dans ces terrains nul mammifére, à part un trés petit rongeur insectivore, et plus tard, dans la craie, une espéce de sarigue. Les mammiféres n'apparaissent qu'à une époque postérieure; c'est au début de l’âge tertiaire que commence véritablement leur règne : ils sont l'eeuvre du sixième jour.
2e Moise nous apprend, en effet, que ce fut le sixiéme jour que Dieu créa les mammifères, les animaux d'abord et l'homme ensuite. Cette dernière création core respond à l’âge cænozoïque ou tertiaire et à l’âge quaternaire. La plupart des géologues ne placent des fossiles humains que dans le terrain quaternaire. Ce n'est qu'alors qu'on trouve des traces certaines de sa présence. Conformément à la Genèse, l'homme paraît le dernier sur le théâtre de la création. C'est là la dernière confirmation que la géologie apporte au récit biblique. Ainsi la science, dans ses grandes lignes, est d'accord avec la cosmogonie de Moise. Qui n'admirerait cette frappante harmonie? « Si nous comparons les données scientifiques avec l'histoire biblique de la création, dit M. Pfaff, nous voyons que cette dernière concorde avec ces données autant qu'on est en droit de l'attendre. Nous découvrons en effet [dans la science et dans la Bible] les mêmes règnes, également distincts en eux-mêmes, en ne tenant pas compte des variotions historiques qu'ils ont pu subir; la suite chrono-
logique de leur apparition est exactement donnée par Moïse. Le chaos primitif ; la terre couverte d'abord par les eaux, émergeant ensuite; la formation du régne inorganique suivi du règne végétal, puis du règne animal qui a pour premiers représentants les animaux vivant dans l'eau, et, aprés eux, les animaux terrestres; l'homme apparaissant enfin le dernier de tous : telle est bien la véritable succession des étres, telles sont bien les diverses périodes de l'histoire de la création, périodes désignées sous le nom de jours. »
Note 2, p. 16. — DE LA DATE DE LA CRÉATION DU MONDE.
Les savants placent la production de la matiére à une époque trés reculée. La Genése ne nous fournit aucune donnée précise sur ce commencement dans lequel elle place la création proprement dite de la matiére. La Sainte Ecriture ne nous dit nulle part que l'univers ἃ été créé en telle année ou à telle époque. Il est vrai que l'on trouve, dans les livres d'histoire, des dates qui se rapportent à « l'ére de la création du monde, » mais cette dénomination manque de justesse, comme il est facile de s'en convaincre en considérant par quels procédés ont été formées les chronologies bibliques.
Les chronologies bibliques différent par leurs chiffres, selon qu'elles les ont empruntés à tel ou tel texte ancien, mais elles ont toutes été constituées d'une manière identique. On a pris les áges des patriarches qui nous sont donnés dans les chapitres v et xi de la Genèse, on les a additionnés ensemble, en tenant compte seulement des années pendant lesquelles ils n'avaient pas vécu simultanément, et l'on a formé de la sorte une chronologie suivie. Tous ces calculs ont, par conséquent, pour point de départ, la création de l'homme et non la création du monde, et, si l'on voulait s'exprimer avec exactitude, il faudrait dire « l'ére de la création d'Adam, » et non > l'ère de la création du monde. » Cette dernière expression confond l'origine du temps avec l'origine des années humaines : le temps commence bien avec la production de la matiére, mais la chronologie ne commence qu'avec la formation de l'homme.
On n'avait pas, autrefois, il est vrai, à tenir compte, dans la supputation des années, des six jours génésiaques, que l'on regardait comme étant de vingt-quatre heures; mais, si l'on y avait pris garde, on aurait dà remarquer que la création des éléments de la matière étant distincte de l’œuvre des six jours, il pouvait s'étre écoulé un intervalle plus ou moins grand entre les deux opérations divines de la production ex nihilo et de l'ordonnance du monde, selon la juste observation du P. Petau. Quoi qu'il en soit, il est admis aujourd'hui par la presque unanimité des interprétes que Moise ne nous dit rien sur l'espace de temps qui s'est écoulé entre la création primitive et la production de la lumiére au premier jour génésiaque. Nous ignorons donc quelle en a été la durée, et il nous est impossible de savoir, d'après le texte sacré, quelle est la date de la création du monde; cette question est également insoluble, soit que l'on admette les jours-époques, soit que l'on défende les jours de vingt-quatre heures. Nous en sommes réduits là-dessus à nous en rapporter aux savants.
Mais les calculs des savants eux-mémes sont loin d'être certains et ne reposent pas sur des bases bien fermes. On ne peut faire que des conjectures, sur l'ancienneté de la terre et la date de la création. Tout ce que l'on peut affirmer, c’est que la terre est extrémemenr ancienne et que la Bible ne nous apprend pas à quelle époque elle & été créée.
Note 3, p. 46. — DE LA DATE DE LA CRÉATION DE L'HOMME.
On fixe généralement, parmi nous, la création d'Adam à l'an 4,004 avant l'ére chrétienne, mais il faut observer 19 que ce chiffre repose sur des calculs contestables, et 29 qu'il est actuellement impossible de résoudre, avec une entière certitude, le probléme de l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre.
Il existe 06 nombreux systèmes de chronologie biblique, mais, en un certain sens, il n'existe pas de chronologie biblique proprement dite. 1[ n'existe pas non plus de
chronologie ecclésiastique officielle. > C'est une erreur de croire, dit Mgr Meiguaa, que la foi catholique enferme l'existence de l'homme dans une durée qui ne peut dépasser six mille ans. L'Eglise ne s'est jamais prononcée sur une question aussi délieate. » L'Ancien Testament ne connait point d'ére, c'est-à-dire de point de départ lixe choisi pour compter les années et servir de terme de comparaison à tous les autres événements, comme par exemple la date de la naissance de Jésus-Christ. Il contient néanmoins des données chronologiques, c'est-à-dire des éléments de calcul dont on peut se servir pour construire une chronologie, quoique aucun auteur inspiré ne nous présente une chronologie toute faite. Ces éléments sont les générations des patriarches et le nombre d'années pendant lesquelles ils ont vécu. Dans l'état où ils nous sont parvenus, ils sont insuffisants pour établir une chronologie rigoureuse et absolument certaine.
Pour supputer, en effet, exactement les années depuis la création de l'homme, à l'aide des tableaux des générations des patriarches, il faudrait : 19 posséder les vrais chiffres écrits par les auteurs sacrés dans le Pentateuque et dans les autres livres inspirés; 20 avoir des listes généalogiques complètes, c'est-à-dire sans lacunes. — 1o Il est évident que si les chiffres bibliques ont été altérés et que si nous manquons des moyens nécessaires pour les rétablir dans leur intégrité, nous ne pouvons plus affirmer que tel chiffre est vrai. — 29 De plus, comme la chronologie sacrée a été construite artificiellement par l'addition de l’âge des patriarches et en partant de la supposition que la liste des générations est complète, si cette hypothèse est fausse et que Moïse ait omis 6מט ou plusieurs générations, on voit aisément qu'il est impossible de savoir quel temps s'est écoulé, par exemple, de Noé jusqu'à Abraham; il résulte aussi de là que toutes les chronologies données jusqu'ici sont trop courtes. Or 19168 chiffres bibliques ne nous sont pas parvenus sans altération et 29 il n'est pas constaté que les listes généalogiques soient complètes.
19 Nous n'avons aucun moyen efficace et infaillible de savoir quels ont été les chiffres primitifs de la Genèse, car tous les textes anciens que nous possédons sont en complet désaccord entre eux. Rien ne s'altére dans les manuscrits aussi facilement que les chiffres, parce que le sens de la phrase ne permet pas au copiste de discerner quel est le véritable signe qu'il doit lire dans l'original, quand cet original est mal écrit; aussi tous les chiffres qu'on rencontre dans les copies diverses des auteurs anciens, quels qu'ils soient, grecs, latins, hébreux, sont plus ou moins contradictoires. Dieu n’a pas voulu faire un miracle pour garantir de toute altération les dates du texte sacré. Elles n'intéressent ni le dogme ni la morale, et il a jugé, dans sa sagesse, qu'il n'y avait aucun inconvénient à ce que nous restions dans l'ignorance sur la véritable chronologie. Il n'a pas voulu nous apprendre dans les Evangiles si le ministére public de Notre Seigneur avait duré un, deux, trois ou quatre ans et plus, et l'on peut apporter des raisons qui ne sont pas sans force en faveur de chacune de ces opinions; il n'a pas jugé non plus nécessaire de nous faire savoir le nombre exact d'années qui s'est écoulé depuis la chute d'Adam jusqu'à la venue du Rédempteur.
Ainsi, par exemple, il existe une divergence d'environ 2,000 ans entre la chronologie des Septante et celle de la Bible hébraïque, reproduite par notre Vulgate. Le texte grec, qui estla plus ancienne version de l'Ancien Testament, compte 2,262 ans avant le déluge; l'hébreu et notre Vuigate, 1,656; le Pentateuque samaritain n'en compte que 1,301. De Noé à Abraham, les Septante ont 1172 ans, l'hébreu et le latin 292 et [6 samaritain 942. De ces chitfres si divers, quels sont les vrais? Tous méme ne sont-ils pas altérés? C'est 18 une question à laquelle personne ne peut répondre. La critique est impuissante à résoudre le problème. L'Eglise ne se prononce pas. Pendant les six premiers siècies de notre ère, les écrivains ecclésiastiques grecs et latins ont admis la chronologie des Septante. L'Eglise grecque l'admet encore aujourd'hui. Le martyrologe romain l'a également conservée; il place la création 5,199 ans, le déluge 2,957 ans avant J.-C. Depuis le xvr: siècle, les critiques ont réussi à faire prévaloir généralement la chronologie du texte hébreu, qui place !a création 4,000 ans et le déluge 2,500 ans avant J.-C.; mais chaque savant a plus ou moins modifié ces chiffres : on compte plus de 200 systèmes chronologiques, tous fondés sur les données bibliques, diversement combinées entre elles ou modifñées d’après les variantes des textes.
2° Non seulement nous ignorons quels sont les vrais chiffres primitifs des listes
généaiogiques ae la Bible, mais nous ignorons si ces listes mêmes sont tout à fait complètes. Tous les chronologistes ont admis, jusque dans ces derniers temps, qu'il n'y avait pas de lacunes dans la chaine des générations patriarcales, et la pensée de soulever un doute sur ce point ne s'est méme pas présentée à leur esprit. Cependant, de nos jours, des exégétes se sont demandé si Moise n'avait pas fait des omissions dans ses énumérations des premiers hommes, et ils se sont prononcés pour l'affirmative.
Il ne faut pas considérer, bien s'en faut, l'hypothèse des lacunes dans les listes généalogiques de la Genése comme un fait démontré, excepté pour Cainan, dont l'existence est attestée par S. Luc; mais la seule possibilité des omissions permet de répondre à toutes les objections qu'on peut soulever au nom des diverses sciences, histoire, paléontologie, etc., contre la chronologie biblique. Si les savants parvenaient à prouver que la date qu'on assignait généralement à la création de l'homme n'est pas assez reculée, il en résulterait que les systémes des chronologistes sont faux, mais le texte biblique demeurerait toujours lui-méme hors de cause
Note 4, p. 16. — LE PARADIS TERRESTRE.
Nos premiers parents furent placés dans un jardin de délices que nous appelons le Paradis terrestre. Moïse nomme la contrée où il était situé Eden, Gen., i, 8; tv, 16, et le paradis lui-même porte dans la Bible hébraïque le nom du lieu où il était situé. Eden signifie joie, délices. Notre mot paradis se retrouve en hébreu sous la forme pardés, pour signifier, comme dans l'ancien perse (pairadaéza), « parc, jardin planté d'arbres, enclos. »
Le texte sacré détermine la situation du paradis en disant qu'Eden était au levant (d'après le texte original, Gen., 11, 8), et qu'une rivière, qui y jaillissait pour arroser le jardin, se divisait ensuite en quatre cours d'eau, capiía, appelés le Phison, le Géhon, le Tigre et l'Euphrate. L'identification du Tigre et de l'Euphrate n'offre aucune difficulté : ce sont les fleuves qui ont toujours été connus sous ce nom; celle du Phison et du Géhon au contraire est encore aujourd'hui un probléme. Il est dit du Géhon qu'il coule autour de la terre de Kousch, nom qui est traduit par les Septante et la Vulgate comme signifiant l'Ethiopie, parce que l'Ethiopie a été habitée, après la dispersion des peuples, par les Kouschites; mais ces derniers habitaient auparavant en Asie. et Kousch désigne certainement ici une contrée d'Asie.
La plupart des commentateurs, jusque dans ces dernières années, ont eru que le Paradis terrestre était situé dans l'Asie occidentale. Les uns placent Eden dans l’Arménie, les autres prés du golfe Persique, au-dessous du confluent de l'Euphrate et du Tigre, lorsque ces deux fleuves ont formé le Schat-el-Arab. Un certain nombre de savants modernes pensent, au contraire, qu'il faut le chercher dans l'Inde ou sur le plateau de Pamir. D'aprés eux, Havila, le pays qu'arrose le Phison, et oü l'on trouve l'or, ie bdellium et l'onyx, c'est l'Inde qui est, pour les Hébreux, une contrée s'étendant indéfiniment au sud-est. Cette explication n'est pas conciliable avec le texte biblique.
Le déluge et les révolutions diverses qui ont bouleversé certaines parties de la terre peuvent avoir modifié notablement la topographie des lieux oü était situé le Paradis terrestre et rendu ainsi insoluble la question de son emplacement. L'opinion qui semble la plus vraisemblable est celle qui le place en Arménie, dans les riches vallées de cette contrée qui est encore aujourd'hui l'une des plus ferliles du monde. L'Euphrate et le Tigre ont leur source dans cette région; le Tigre naît à une heure environ de l'Euphrate, au nord de Diarbékir. C'est en ce lieu qu Adam dut être placé. Le Phison est ou bien le Phase des auteurs classiques, qui coule d'est en ouest et se jette dans la mer Noire, ou bien le Kur, !e Cyrus des ancieus, qui prend sa source dans les environs de Kars, non loin de la source occidentale de l'Euphrate, et se jette ensuite dans la mer Caspienne après avoir mêlé ses eaux à celles de l’Araxe, Havila, qu'arrose le Phison, c'est la Colchide, le pays des métaux précieux, oü les Argonautes allèrent chercher la toison d'or. Quant au Géhon, c'est l'Aras d'aujoure d'hui, l'ancien Araxe, appelé par les Arabes Djaichun, (ou Géhon) er Ras, lequel sort du voisinage de la source occidentale de l'Euphrate et va, comme nous l'avons dit, se jeter avec le Kur daus la mer Caspienne. La terre de Kousch qu'il traverse, d'après
APPENDICEs 2981
la Genèse, c'est le pays des Kosséens. « Que l'Eden... doive être cherché aux sources de l'Euphrate et du Tigre, dit un savant philologue allemand, M. Ebers, cela nous parait au-dessus de toute contestation : c'est ce qu'établissent l'éthnographie et la géographie, l'histoire hébraique et les chroniques arméniennes, et, de nos jours, avec une autorité particulière, la philologie comparée. »
Note 5, p. 23. — LONGÉVITÉ DES PATRIARCHES.
Adam mourut à l’âge de neuf cent trente ans. Tous les premiers hommes vécurent, comme lui, pendant de longues années. « Il faut bien l'avouer, dit M. Glaire, cette durée prodigieuse de la vie des premiers hommes, surtout lorsqu'on la compare avec la brièveté de la nôtre, est une des choses les plus étonnantes qu'on trouve dans l'histoire du monde avant le déluge. » Déjà du temps de S. Augustin on avait essayé de réduire la durée de la vie des patriarches, en prétendant que leurs années n'étaient que de trente-six jours, mais « l'auteur de la Genése ne dit pas un mot qui fasse soupconner que le mot année, dont il se sert, ait une valeur différente, selon qu'il se trouve dans tel ou tel chapitre de son ouvrage. » La mention du septième et du dixième mois de l'année du déluge, Gen,, vir, 11 et viri, 4-13, montre au contraire que les mois étaient trés distincts de l'année et que celle-ci se composait au moins de trois cent soixante jours. S. Augustin a d'ailleurs justement observé que Seth ayant engendré à cent cinq aus et Cainan à soixante-dix, si l'on appliquait à ces chiffres la réduction supposée, on les abaisserait au nombre inacceptable de dix ou sept.
« Le résultat des études de l'exégése, à cet égard, doit donc être, dit M. Reusch, que, selon la Genése, les patriarches vivaient beaucoup plus longtemps qu'à présent; la durée de leur vie, à l'époque antédiluvienne, était dix fois celle d'aujourd'hui... Flavius Joséphe déjà rapporte que les historiens des autres anciens peuples, tels que Manéthon et Bérose, parlent de la longue durée de la vie des premiers hommes, comme un fait conservé par la tradition dans les contrées oü ils vivaient. Ces traditions étaient également répandues chez un grand nombre d'autres peuples dont Josèphe ne parle point. »
Mais, assure-t-on, cette longévité est physiquement impossible. « Je crois que nous pouvons répondre tout simplement, dit M. Reusch : « La question de la possi- » bilité d'une vie de cinq, six et neuf cents aus dans les premiers temps du genre » humain n'est point du ressort de la physiologie actuelle. Le physiologiste qui parle » d'impossibilité sur ce point sort de la réserve que lui commande la véritable » science (Kunrz). » La seule règle d’après laquelle la physiologie puisse déterminer la durée de la vie, c'est l'expérience; or ses observations portent exclusivement sur le présent, et ses conclusions doivent se réduire à ceci : dans les conditions actuelles de la nature, l'homme ne peut arriver à un áge aussi avancé que celui auquel les patriarches sont parvenus...
» Du reste, on trouve quelquefois maintenant encore des exemples suffisamment constatés de personnes qui ont dépassé de beaucoup l’âge ordinaire et ont vécu de 150 à 200 ans : Prichard cite beaucoup d'exemples de ce genre. Au dire des voyageurs modernes, cette longévité n'est pas rare chez les Arabes qui habitent les déserts de l'Afrique. Or, si à notre époque, la durée de la vie peut, dans des circonstances trés favorables, atteindre le double ou le triple de la durée fixée comme moyenne par la physiologie, qui voudrait affirmer qu'il n'y a pas eu des circonstances plus favorables encore, oü les hommes arrivaient à un áge dix fois plus avancé? En ne s'appuyant que sur les faits actuels, il est aussi impossible de nier que de démontrer la réalité de ces circonstances extraordinaires dans la haute antiquité.
» Nous ne savons non plus rien de certain sur la nature des causes qui permettaient aux hommes de parvenir à un âge avancé. Le milieu dans lequel l'homme vivait, et sa constitution physique elle-méme, n'étaient probablement pas les mémes qu'aujourd'hui et en différaient assez pour rendre possible une telle longévité... Avant le déluge, les conditions climatériques étaient probablement différentes de celles d'aujourd'hui; peut-étre cette circonstance entra-t-elle pour quelque chose dans la longue durée de la vie des premiers hommes, si méme elle n'en fut pas l'unique cause. » "Hà
Note 6, p. 27. — LE DÉLUGE.
On peut entendre l'universalité du déluge en ce sens que les eaux couvrirent toute la terre habitée par les hommes, mais non toute la terre habitable. Au moment où eut lieu la grande catastrophe, toute la terre habitable n'était pas encore peuplée. Noé et Moise n'entendaient pas, par la terre entiére, le globe terrestre tel qu'il nous est connu aujourd'hui, depuis la découverte de l'Amérique et aprés toutes les explorations modernes, mais la partie du monde alors habitée. « Nous ne sommes pas injustes envers Noé et ses fils, non plusqu'envers 16 libérateur d'Israel, dit le P. Pianciani, quand nous supposons que, comme leurs contemporains et leurs descendants, ils ignoraient l'existence de l'Amérique et de l'Australie, qu'ils ne savaient rien sur ces contrées et sur les parties les plus éloignées du monde ancien, par exemple, le cap de Bonne-Espérance; qu'ils n'avaient pas, en un mot, sur la forme particulière de ces pays et en général sur la géographie et la zoologie, des connaissances plus étendues qu'Aristote, Hipparque, Ptolémée et Pline. »
L'étude comparée des divers passages de la Bible, en particulier du Pentateuque, montre bien que c'est dans ce sens restreint qu'il faut entendre son langage. En parlant de la famine qui eut lieu du temps de Jacob, Moise nous dit: « Dans tout l'univers, la famine prévalut... La famine augmentait chaque jour sur toute la terre... Toutes les provinces venaient en Egypte pour acheter des vivres. » Gen., xut, 54, 56, 51. Ces passages ne doivent certainement pas s'entendre de l'univers entier, mais des geuples connus alors des Hébreux. Il en est de méme de plusieurs autres passages de l'Ecriture.
Les termes employés par la Genèse dans le récit du déluge s'appliquent donc seulement à la terre connue alors de Noé et des Hébreux, aux montagnes qu'ils avaient vues, aux animaux avec qui ils étaient familiers ou dont au moins ils avaient entendu parler. Par conséquent, rien n'oblige d'admettre que les plus hauts sommets de I'Himalaya, les volcans de l'Amérique centrale et méridionale et les montagnes de l'intérieur de l'Afrique ont été couverts par les eaux, puisque les anciens ne les connaissaient pas. « Quand nous lisons que toutes les hautes montagnes, sous le ciel, furent couvertes par les eaux, nous ne sommes pas plus forcés de prendre ces mots dans un sens rigoureusement littéral, dit M. Reusch, que tant d'autres expressions analogues que nous lisons dans la Bible. En placant ces paroles dans la bouche de Noé, nous devons entendre par ces montagnes celles qu'il avait pu voir de ses yeux. » Pour Noé, toutes les montagnes qu'il connaissait avaient été inondées par le déluge.
Le déluge n'a donc été universel que pour la terre habitée; cette hypothése, plus en harmonie avec les données des sciences naturelles, coupe court à toutes les objections soulevées de ce chef contre le récit de Moise.
Note 7, p. 28. — L'ARC-EN-CIEL.
Comme signe de l'alliance qu'il fait avec Noé, Dieu lui donne l'arc-en-ciel. « La phrase de l'Ecriture suppose, a-t-on dit, que l'arc-en-ciel ne paraissait pas avant le déluge et que le Trés-Haut n'avait pas jusque là ouvert son arc. Or, ce phénomène est un effet naturel qui a dü se produire toutes les fois que les rayons solaires sont tombés sur des nuages qui se dissolvaient en gouttes de pluie. Et comment un phénomène naturel et ordinaire peut-il être un signe propre à rassurer contre la crainte de catastrophes aussi extraordinaires? — En premier lieu, j'observe, dit le P. Pianciani, répondant à l'objection aprés l'avoir posée, que les Septante ne traduisent pas au futur comme la Vulgate, je poserai, mais au présent, 7e pose, et l'hébreu a le prétérit, j'ai posé... Je remarque, de plus, que, quoique quelques-uns, comme Alcuin et la Glose, aient déduit de ce passage qu'avant le déluge l'arc-en-ciel ne paraissait pas, la plupart des commentateurs sont d'un avis différent et pensent que, quoique un phénoméne ne soit pas nouveau, il peut étre choisi comme un signe, de méme qu'une pierre ou une colonne déjà existante peut devenir la marque d'une limite ou d'une frontière entre deux possessions... Souvent, dit le P. Grapelli,
Noé avait vu l'arc-en-ciel, mais quand il l'avait vu, le déluge n'avait pas encore désolé la terre; pendant le déluge, cet arc n'avait point brillé. C'était donc un signe trés bien choisi qui, par l'expérience du passé, pouvait rassurer contre la crainte du cataclysme, »
Note 8, p. 34. — LA TABLE ETHNOGRAPHIQUE.
T. Les Chamites furent les premiers, des trois grandes familles, qui s'éloignèrent du centre commun de l'humanité, se répandirent surla plus vaste étendue du territoire et fonderent les plus antiques monarchies. — 19 Cousch et les Couschites s'étendirent depuis la Babylonie, le long des cótes de l'Océan indien, jusqu'en Ethiopie, au sud de l'Egypte. Les inscriptions hiéroglyphiques confirment le récit de la Genése : elles désignent toujours les peuples du Haut-Nil sous le nom de Cousch. Nemrod, le premier conquérant, le fondateur d'Erech et de Chalanné, était amssi un fils de Cousch, Gen., x, 8. — 20 Misraim peupla l'Egypte. Les Arabes appellent encore aujourd'hui ce pays et sa capitale Misr. Les Psaumes appellent l'Egypte la terre de Cham, Ps. ,טאצ 51; civ, 23; cv, 22, sans doute parce que c'était le pays où la race de Cham s'était élevée au plus haut degré de puissance et de civilisation. — 39 Phut peupla les cótes septentrionales de l'Afrique. On trouve, dans les inscriptions égyptiennes, des Africains nomades ainsi appelés. — 4» Chanaan habita la contrée qui prit son nom. Les Chananéens comprenaient les Phéniciens ef les tribus nombreuses qui occupaient le pays renfermé entre la Méditerranée et la mer Morte avant l'établissement des Hébreux.
II. Les descendants de Sem occupérent cette partie de la terre qui s'étend entre la mer Méditerranée et l'Océan indien d'une part, et, de l'autre, depuis l'extrémité nord-est de la Lydie, jusqu'à la péninsule arabique: au sud, Aram habita la Syrie; Arphaxad, la Chaldée ; Assur, l'Assyrie; Elam, l'Elymaide, qui devint plus tard une province de la Perse; Jectan, l'Arabie.
ΠῚ. De Japhet sortirent : 19 Gomer, père des races kymris ou celtes; 2» Magog, des races scythes et teutoniques; 3° Madai, des races iraniennes (Bactriens, Mèdes et Perses) ; 4? Javan, d'Elisa, Tharsis, Kithim, Dodanim (ou Rodanim), races pélasgiques, hellénes, italiotes, etc.; 5° Thubal, des Thubaliens, lbères ; 69 Mosoch, des Cappadociens, etc.; 79 Thiras, d'une partie des races scythes ou slaves. — La tradition grecque avait conservé le souvenir de l'origine asiatique de Japhet, puisqu'elle disait que Japet était l'époux de l'Asie.
Note 9, p. 137. — SORTIE D'ÉGYPTE.
Quand Dieu, par la main de Moise, frappa l'Egypte des dix plaies, la cour du Pharaon était à Tanis. Les Hébreux habitaient au sud de cette ville, à Ramsés et à Pithom, aujourd'hui, Tell-el- Maskhuta, et dans les environs. C'est de là qu'ils partirent aprés avoir célébré la première Páque, lorsque, après la mort de tous les premiersnés des Egyptiens, Menephtah eut enfin consenti à leur départ. Ils se dirigèrent d'abord vers le nord-est, pour aller prendre la route directe de la Palestine qui longeait le bord de la Méditerranée, jusqu'à Gaza, ville qui faisait partie de la Terre Promise; mais au bout de deux jours de marche, Dieu leur ordonna de revenir sur leurs pas, vers le sud. Ils étaient arrivés à l'extrémité de la mer Rouge, au nord-ouest de la pointe septentrionale de ce que nous appelons aujourd'hui le golfe de Suez, lorsque Menephtah, regrettant de leur avoir permis de partir, se mit à leur poursuite avec ses chariots. Il atteignit les Hébreux, qui se trouvérent enfermés ainsi au sud par les eaux de la mer, à l'ouest par la chaine du Djébel Attaka, au nord, et à l'est par l'armée égyptienne. Tout était humainement perdu; mais Dieu n'avait voulu les réduire à cette extrémité que pour se les attacher à jamais par une reconnaissance éternelle. Sur son ordre, Moïse commanda à la mer, et Israël passa de l'autre cóté du golfe, entre deux murailles d'eau, qui se refermérent sur leurs ennemis pour les engloutir quand ils essayérent de suivre la méme route. Tel fut le Peer de la mer Rouge, l'un des plus grands miracles qu'enregistrent nos Saints
ivres.
Note 10, p. 146. LE MONT SINAI.
« Aucun endroit du monde n'était plus propice que le mont Sinaï à l'établissement de la religion mosaique. Cette chaine de montagnes d'une hauteur vertigineuse, avec ses cimes et ses crêtes nues et bouleversées; le profond silence de la solitude, le voisinage des gorges étroites, enclavées entre de grands murs de rochers, tout invite à la contemplation de l'Eternel. Combien ce peuple facilement impressionnable, si accessible aux émotions religieuses, dut-il étre subitement saisi d'une sainte terreur, lorsque, aprés des marches accablantes, il trouva là le repos et le loisir nécessaires pour se livrer à ses méditations pieuses! » (SCRENKEL)
Le mont Sinai porte aujourd'hui le nom de Djébel Mouca ou Montagne de Moïse. C'est un massif élevé, de forme oblongue, d'environ 3,200 métres de long sur 1,600 métres de large, dirigé, dans sa plus grande dimension, du nord-ouest au sudest. Son altitude est d'une hauteur moyenne de 2,000 métres au-dessus du niveau de la mer; 450 métres au-dessus des ouadis environnants. Sa créte est hérissée d'une multitude de pics et de dómes de granit de syéne, et terminée aux deux extrémités par des pics plus élevés; au sud, par un pic unique, de 2,244 mètres, appelé Djébel Mouca, comme la montagne elle-même; au nord-ouest, par trois ou quatre escarpements, nommés collectivement Ras-Soufsaféh, du nom du plus haut d'entre eux, qui a 2,114 mètres au-dessus du niveau de la mer. De tous les côtés, à l'exception du sud-est, la pente est trés abrupte et trés rapide Le pic méridional du Djébel Mouca s'appelait autrefois Djébel Moneidjah ou mont de la Conférence.
Le Sinai est entouré de toutes parts par des vallées; au nord-est, par l'ouadi ed- Déir, appelé aussi ouadi Schoeib, c'est-à-dire Hobab, nom du beau-frère de Moïse; au sud-ouest par l'ouadi el-Ledja. Ces deux ouadis se dirigent vers le nord; le second, pour tourner autour du Ras-Soufsaféh au septentrion, et se jeter dans le premier, au point oü celui-ci commence à prendre la direction du nord-est.
Au nord-ouest du Ras-Soufsaféh se déploie la large plaine d'er-Rahah, formée par louadi de ce nom; elle commence à environ deux kilomètres du pied de 18 montagne, et vient, par une pente douce, se confondre avec l'ouadi el-Ledja et l'ouadi ed-Déir. Elle est partout couverte d'herbages; de tous ses points, on voit distinctement le pic du Ras.
Du cóté du sud-est, les pentes sont moins abruptes; il y a là, pendant plus d'un kilométre et demi d'étendue, une agglomération de collines rocheuses et de ravins, laquelle sépare les rochers escarpés du Djébel Mouca proprement dit du lit de l& vallée voisine, l'ouadi Sebayéh. Deux crétes basses relient ici la montagne avec les chaines contigués et séparent les bassins de l'ouadi ed-Déir et de l'ouadi el-Ledja de celui de l'ouadi Sebayéh. A part cette exception, le Djébel Mouça-Soufsaféh est complétement isolé.
« Quoique les moines de Sainte-Catherine, suivant une tradition qui date d'une époque fort ancienne, n'attachent point d'importance au Ras-Soufsaféh et regardent le pic du Djébel Mouca proprement dit comme la véritable montagne de la loi, l'inspection des lieux empêche d'établir aucune connexion entre ce pic et la promulgation des commandements à Israél. Du cóté méridional de la montagne, il n'existe point de terrains où une multitude puisse s'assembler, et le pic lui-même est complétement invisible de la plaine d'er-Rahah, qui est le seul endroit capable de contenir une grande foule; de là, le pic est masqué par les hauteurs intermédiaires du Ras-Soufsaféh. Aussi l'hypothèse, que 16 Ras-Soufsaféh et la plaine d'er-Rahah doivent avoir été le théâtre des événements racontés dans l'Exode, xix, XX, XXXII, at-elle été, dans ces derniers temps, généralement adoptée; l'impossibilité de trouver au sud une position convenable et l'adaptation parfaite du site du nord sont définitivement établies par les plans, les photographies et les modèles rapportés en Angleterre par l'expédition du Sinai.
» Du reste, le caractére sacré du Djébel Mouca n'est point atteint par cette explication. Ce lieu peut avoir été associé à bon droit, par la tradition, avec la manifestation de Dieu à Moise dans le buisson ardent et dans les événements postérieurs de la communication de la loi et des ordres pour la construction du tabernacle, comme le supposent son ancien nom de Moneidjah ou de la Conférence, et les autres légendes
indigènes. ll a été, sans doute, d'abord révéré simplement comme le lieu où Moïse eut la vision de Dieu, sans relation avec des événements plus généraux, et cela suffit pour expliquer sa sainteté primitive; mais, considéré comme la scène de la promulgation du Décalogue aux tribus assemblées, non seulement le site du sud-est manque des qualités topographiques les plus essentielles, mais il ne peut soutenir un seul instant la comparaison avec er-Rahah et le Ras-Soufsaféh. » (H. S. PALMER.)
La plaine d'er-Rahah a une superficie d'environ 160 hectares; on peut méme la porter à 250 hectares, en comptant les parties par lesquelles 6116 s'unit aux ouadi: ed-Déir et el-Ledja; et à 310, en additionnant les 60 hectares de terrain plus ou moins uni formé par les pentes basses des collines qui bordent la plaine : l'inclinaison y est si douce qu'on voit jusqu'à cette distance la cime du Ras Cette aire de 310 hectares forme un excellent théâtre, placé vis-à-vis du Ras-Soufsaféh, de partout visible : elle était plus que suffisante pour permettre à toute l'armée d'Israél de manœæuvrer et de se mouvoir en liberté, quelque considérable qu'on suppose qu'elle ait été. Dans les vallées, à quatre ou cinq kilométres à la ronde, l'espace était aussi amplement suffisant pour que toute la multitude d'Israël pût y camper à l'aise; de leurs tentes mêmes, la plupart pouvaient jouir de la vue du Ras. Les chaines granitiques qui l'entourent lui donnent, de plus, des propriétés acoustiques remarquables.
Un voyageur francais, qui a visité les lieux depuis l'expédition anglaise, M. Lenoir, décrit le Ras-Soufsaféh dans les termes suivants : « Le sommet du Sinai forme un plateau presque uni, dont un des versants est à pic du haut jusqu'en bas de la montagne, dans la direction de Thor. De cette plate-forme, le panorama le plus étendu que j'aie jamais embrassé se déroulait tout autour de nous : les deux bras de la mer Rouge et du golfe Arabique se reliant à l'extrémité de la presqu'ile et laissant apercevoir les rives opposées des deux mers dans un brouillard argenté qui se confondait avec l’eau A notre gauche et à notre droite, les crêtes convergentes de toutes les chaines sinaitiques de la péninsule. Le mont Serbal et le Djébel Catherine semblaient dominer de beaucoup le Sinai lui-méme, quoique ne présentant pas un aspect aussi imposant que la montagne sainte.
» Une dalle immense, formée naturellement, est indiquée comme l'endroit oà Dieu apparut à Moise et οὐ les tables de la loi furent données. »
D’après ce que nous avons déjà dit, cette dernière tradition doit être probablement restreinte à la promulgation de la loi.
Le versant à pic du Ras est élevé de 600 mètres environ. Les personnes réunies au bas sont littéralement au-dessous dela montagne; celles qui sont à l'extrémité de la plaine, quoique éloignées, ont encore la vue entiére du sommet. N'est-ce pas à cause de cet isolement complet de la montagne par trois de ses cótés, et à cause de ce mur. qui se dresse presque perpendiculairement au-dessus de ce vaste amphithéátre, que Moise l'a caractérisée en disant qu'on pouvait la toucher et qu'on pouvait aisément l'entourer de barrières? Il était impossible de trouver un lieu mieux adapté à la scène mémorable de la promulgation de la loi : la cime du Ras-Soufsaféh, 8 plaine d'er-Rahah, les chaines granitiques qui l'entourent, forment un immense théâtre naturel, également bien disposé pour contenir une grande foule, pour lui parler et être entendu d'elle, et il n'y a pas, sans doute, un seul autre endroit au monde qui eüt été capable de rivaliser avec celui-ci.
Les formes hardies des montagnes, leur magnifique perspective, leurs proportions colossales, la vaste plaine qui se déploie comme un immense éventail à mesure qu'elle s'approche du Ras-Soufsaféh, 16 Ras lui-même s'élevant brusquement, comme une tribune gigantesque, à 600 métres de hauteur, le calme et la tranquillité merveilleuse de la solitude, les teintes gracieuses du paysage, variant à chaque heure du jour, tout se réunit pour produire une impression qu'on ne saurait éprouver à un tel degré nulle part ailleurs.
On y trouve, du reste, toutes les commodités désirables à un campement de nomades. Les Hébreux purent aisément y séjourner plusieurs mois, parce que l'eau y abonde pour les hommes, et les pâturages y sont suffisants pour les troupeaux qu'avaient avec eux les enfants d'lerael. Tous les alentours de Djébel Mouca sont plus riches en herbages qu'aucune autre partie de la péninsule. Le Djébel Mouca lui-méme, les collines et les vallées environnantes sont sillonnés de sources et de ruisseaux perpétuels. Un de ces ruisseaux, qui coule dans l'ouadi Schreich, peut trés bien être celui dans lequel Moise jeta le veau d'or réduit en poudre.
Il est impossible, on le concevra sans peine, de localiser avec certitude, après plus de trois mille aus, tous les incidents divers de l'histoire du séjour des Israélites au pied du Sinai. Cependant, plusieurs des points de cette région cadrent si parlaitement avec les détails fournis par l'Exode, qu'on peut les désigner à peu prés à coup sür comme les lieux où se sont accomplis les faits racontés par Moïse.
Ainsi, le Djébel Moneidjah actuel, montagne peu élevée, située à la :ו :issance de l'ouadi ed-Déir, à l'est du Djébe! Mouca, et visible de toute la plaine d'er-Rahah offre un endroit si commode pour l'érection du tabernacle, que l'on ne peut douter qu'il n'y ait été effectivement érigé. Il était hors du camp et à une certaine distance, mais placé de telle sorte que les fsraélites, de la porte de leur tente, dans la plaine, pouvaient voir Moise quand il y entrait. Le Djébel Moneidjah remplit exactement cette condition, et, à cóté, l'ouadi ed-Déir offre un espace suffisant pour que le peuple püt se réunir auprès du tabernacle.
Le Djébel Mouca actuel proprement dit, appelé autrefois simplement mont Sinai, est vraisemblablement le mont Horeb, sur lequel Moïse eut la vision du baisson ardent et la révélation de l'essence divine, en méme temps que celle du nam de Jéhovah.
Note 41, p. 157, 181 et 336. — L'ARCHE D'ALLIANCE.
L'arche était un coffre en bois de siélim ou acacia, couvert intérieurement et extérieurement de lames d'or; elle avait environ 1 mètre 15 de longueur et 0,80 de largeur et de hauteur. Tout autour de la partie supérieure était une sorte de couronne d'or. Aux quatre angles étaient attachés quatre anneaux d'or, dans lesquels étaient passés des bâtons en bois d'acacia doré, pour la transporter plus facilement, à la téte d'Israel, d'un campement à l'autre, Num., x, 33-36. Deux chérubins d'or, placés vis-à-vis l'un de l'autre, aux deux extrémités du couvercle, que nous appelons propitiatoire, le voilaient de leurs ailes déployées. Le propitiatoire était comme le tróne oü résidait la majesté de Dieu. et l'arche elle-méme, un signe sensible de sa présence au milieu de son peuple. Le Seigneur l'avait donnée à la race de Jacob pour satisfaire le besoin légitime des hommes d'avoir sous les yeux un objet matériel qui symbolise le culte et excite la piété. Placée dans le Saint des Saints, dans le lieu le plus sacré du sanctuaire, et d'ordinaire invisible à tous les regards comme la diviuité qu'elle représentait, elle excluait ainsi efficacement toute idole du centre de la religion mosaïque.
L'arche s'appelait l'arche d'alliance, parce qu'elle contenait les tables de la loi, Ex., xxxIv, 29; xr, 20; Deut., xxxi, 26; Heb., ix, 4, c'est-à-dire les deux tables de pierre sur lesquelles étaient inscrits les préceptes du décalogue, et qui étaient comme le résumé des conditions de l'alliance de Dieu avec son peuple. Le Seigneur avait voulu qu'elles y fussent renfermées, pour précher en quelque sorte à Israël, d'une manière permanente, la fidélité à la loi.
Note 19, p. 404. — DE L'EXPLICATION NATURELLE DU PASSAGE DU JOURDAIN ET DE LA PRISE DE JÉRICHO.
On a voulu expliquer naturellement le passage du Jourdain comme la prise de Jéricho. Ces explications sont en contradiction formelle avec les textes, qui font tomber les murailles de la ville devant l'arche et aux sons des trompettes sacrées, Jt, 1-17; vi. « On a essayé, dit M. Munk, de donner différentes explications du récit merveilleux de la prise de Jéricho, que les croyants se sont obstinés à prendre à la lettre et que les sceptiques ont cru devoir tourner en ridicule, mais qui est emprunté sans doute à un antique poème. Les uns ont supposé un tremblement de terre qui aurait fait crouler les murs; d'autres ont pensé que Josué avait fait miner les murs et que les promenades inoffensives autour de la ville avaient pour but de masquer les opérations. L'hypothèse la plus probable me paraît être celle d'un assaut auquel le son des trompettes et le cri de guerre avaient servi de signal. Dans le langage poétique de la tradition, on ἃ pu dire que les murs de Jéricho s'écroulérent au son retentissant des trompettes de guerre. » — Si cette explication était vraie, le récit
du livre de Josué serait un mensonge. Il suffit de lire le chapitre vi, pour se convaincre qu'il est inconciliable avec cette interprétation et que l'auteur entend bien raconter un miracle, humainement inexplicable; de méme qu'en lisant le chapitre mm, on est convaincu que le narrateur n'a pas voulu parler d'un passage à gué du fleuve, comme l'insinue M. Munk, et comme l'ont soutenu plusieurs rationalistes, mais d'un
passage miraculeux.
Nole 13, p. 443. — SOLEIL ARRÊTÉ PAR JOSUÉ.
La bataille de Macéda fut signalée par un grand miracle : l'arrét du soleil. Ce prodige est un des faits de l'histoire sacrée contre lequel on a soulevé le plus d'objections. Nous devons reconnaitre que nous ignorons de quels moyens Dieu se servit pour l'accomplir, mais les objections ne sont pas pour cela plus fondées.
« Le récit biblique mentionne en quelques mots le fait du miracle, mais il ne décrit aucune circonstance particuliére qui nous puisse diriger dans le choix d'une explication. Nous ne pouvons donc à ce sujet que hasarder des conjectures.
» Qu bien 19 Dieu a réellement arrété le globe terrestre dans sa révolution diurne, ou bien 2» il a fait que 16 soleil demeurát réellement visible pour Josué tout le temps nécessaire, sans que la terre s'arrétàt.
Contre la première explication, on objecte que l'arrét subit de la terre aurait *1 כ amené un bouleversement universel des objets terrestres, et une perturbation consi- dérable des corps célestes, particulièrement en jetant la terre hors de son orbite, en troublant le mouvement de la lune. — La réponse est bien facile : Celui qui aurait arrêté ainsi la terre dans son mouvement est assez sage et assez puissant pour pré- venir et empêcher les suites naturelles de cet arrêt. D'ailleurs l'objection tirée des perturbations des corps célestes est mal fondée, car le mouvement annuel de la terre autour du soleil et le mouvement de la lune autour de la terre sont indépendants de la rotation de notre globe sur lui-même : alors même que la terre cesserait sa révolution diurne, sa translation dans l'espace et celle de la lune n'en seraient point troublées.
» 2* Pour ceux qui préféreraient la seconde explication, savoir une station apparente du soleil sans arrêt réel de la terre, il faut qu'ils admettent une déviation miraculeuse des rayons solaires pour les amener à éclairer la Palestine. Or, cette déviation, on peut concevoir que Dieu la produise immédiatement en dirigeant par sa toute-puissance, suivant une ligne convenable, la propagation des ébranlements lumineux dans l'espace; ou bien on peut imaginer qu'il emploie pour cet effet des êtres matériels agissant sur ces rayons par réfraction ou par réflexion. On peut faire d'ailleurs beaucoup d'hypothéses différentes sur la nature, l'origine et le mode d'action de ces réfracteurs ou réflecteurs miraculeux.
» En résumé, tout est possible à Dieu dans l'ordre physique; mais il ne lui a pas plu de nous faire connaitre comment sa puissance est intervenue dans l'événement dont nous parlent les Saints Livres. » (M. BoisBourni.)
Depuis que les progrés de l'astronomie ont fait mieux ressortir combien le miracle opéré à la priére de Josué était extraordinaire, on a essayé d'en révoquer en doute la réaiité. « Mais, toutes les objections qu'on a imaginées contre la réalité ou la possibilité de ce prodige se réduisent à rien quand on les examine de prés.
» Ainsi 19 l'objection que les annales des autres peuples de la terre sont muettes sur un événement qui aurait dü étre remarqué dans tout lunivers, est sans valeur puisque les annales des peuples de cette époque n'existent point et qu'il n'est pas certain que la prolongation du jour ait existé en dehors de la Palestine.
» 2e Les lois réguliéres auxquelles sont soumis les mouvements des astres ne prouvent pas non plus l'impossibilité du' miracle. Les lois de la nature sont des régles établies par la volonté libre du Créateur, dont personne ne peut contester la puissance. Est-ce que l'auteur de la nature et des forces qui la régissent pourrait manquer du pouvoir nécessaire pour la diriger à son gré, de telle sorte qu'elle remplisse ses vues et ses desseins ?
» 39 Il faut observer, du reste, que tout en prenant les paroles du texte à la rigueur de la lettre, rien n'oblige à admettre, avec les Péres de l'Eglise et les anciens théologiens, un arrét miraculeux du soleil lui-méme, mais seulement un arrét apparent.
L'auteur sacré parle conformément au langage vulgaire, sans se préoccuper de théories astronomiques, au milieu du feu de la bataille. » (Kerr)
On allégue contre les réponses que nous venons de rapporter la condamnation de Galilée par le Saint Office. Mais la décision du Saint Office ne nous force pas à interpréter ce passage de Josué comme il l'a fait. Un éminent canoniste, M. Bouix, dans son travail sur La condamnation de Galilée, a établi et démontré les propositions suivantes, qui suffisent pour justifier le sens donné aujourd'hui à ce texte par tous les exégètes : « Le système du mouvement terrestre est beaucoup plus ancien que celui de Ptolémée. L'enseignement en avait toujours été permis jusqu'à l'affaire de Galilée; le tort de la congrégation fut de ne pas continuer cette tolérance. — La congrégation des cardinaux s'est trompée en déclarant fausse et opposée à l'Ecriture Sainte l'opinion du mouvement terrestre, et en procédant contre Galilée à cause de cette opinion. Mais son erreur ne prouve point que l'institution du Saint Office soit mauvaise. Elle ne prouve rien contre l'infaillibilité du Pape. — Le tribunal du Saint Office eut tort d'exiger de Galilée qu'il abjurát l'opinion du mouvement terrestre. — Aucun acte pontifical ex cathedra n'a jamais approuvé ni confirmé le décret de 1616 ni la sentence de 1633. »
Note 14, p. 419. — DU DROIT DE CONQUÉTE DES HÉBREUX ET DE L'EXTERMINATION DES CHANANÉENS.
On s'est demandé de quel droit les Hébreux avaient chassé les Chananéens de la terre qu'ils oecupaient et les avaient exterminés. — La question du droit de conquéte des tribus ou des peuplades qui émigrent en pays étranger, s'en emparent de vive force et en chassent les anciens habitants, soit parce qu'elles ont été expulsées ellesmémes de leur propre patrie et refoulées par d'autres émigrations, soit parce que leur trop grand nombre les a contraintes d'aller chercher ailleurs des moyens de subsistance qu'elles ne trouvaient plus sur le sol natal, cette question est insoluble pour la science humaine, comme la question de la guerre elle-même. Elle est une conséquence de l'existence de l'homme sur la terre, une condition de la vie et de la régénération des sociétés, une sorte de loi de l'humanité, loi mystérieuse que l'histoire constate à toutes ses pages sans pouvoir l'expliquer. Il n'existe guére aujourd'hui, sur notre globe, de terre habitable oü les colons primitifs n'aient été supplantés par des envahisseurs plus forts, venus aprés eux. Les invasions des barbares aux 1v? et ve siècles ne sont pas un fait isolé; il s'était produit souvent dans les siècles antérieurs, et il se répétera encore dans les siècles futurs : les mêmes causes ramèneront les mêmes effets.
Nous n'avons ni à expliquer ni à justifier une loi sociale dont le motif, connu de Dieu seul, échappe à nos faibles yeux. Quand les peuples ne peuvent plus étre contenus dans leurs anciennes limites, leurs flots débordent comme un fleuve grossi, en inondant et ravageant tout sur leur passage. Ils ne se posent point de questions théoriques, ils ne songent pas au droit des gens; ils suivent une sorte d'instinct, ils veulent vivre. Les Israélites, opprimés en.Egypte, trop nombreux pour se fixer dans l'étroit désert du Sinai, suivent la loi qui règle les migrations humaines, ils vont chercher dans la terre de Chanaan ce qu'ils n'ont pas ailleurs : l'indépendance religieuse et politique, en s'affranchissant d'un joug injuste, et des champs à cultiver pour se nourrir, Ce qui rend compte des migrations de tous les autres peuples peut rendre compte aussi de la migration d'Israel, et les incrédules ne peuvent lui refuser un certain droit de se faire, méme par les armes, comme les autres peuples, une place au soleil.
Cependant il faut observer, de plus, qu'en dehors du besoin d'avoir une patrie propre, les Hébreux avaient un titre particulier de possession à la terre de Chanaan, titre dont ils avaient connaissance et qu'ils invoquaient pour justifier leur conquête : la Palestine, c'était pour eux la Terre Promise; Dieu leur en avait fait don. Or, on ne saurait contester à Dieu la propriété de la terre qu'il a créée, Ps. xxin, 4. Tout ce qu'on peut demander, c'est qu'il ne voue point sans motif des nations entiéres à l'extermination, et ce motif, Dieu l'avait, et il nous l'a fait connaitre. S'il condamnait les Amorrhéens à périr sous les coups des enfants de Jacob, c'est parce que la mesure de leurs crimes était comble, et qu'il voulait les châtier de leurs monstrueuses pré-
varications. La société ἃ le droit de punir les individus de leurs fautes, à plus forte raison Dieu a-t-il celui de punir les particuliers et les peuples, selon qu'il le juge à propos dans sa justice :
Remarquons d'ailleurs que les Hébreux firent la guerre comme on la faisait de leur temps. Le livre des Juges note expressément qu'on n'infligea à quelques-uns des rois vaincus que le traitement qu'ils avaient infligé eux-mêmes à d'autres.
Enfin, il faut observer que les Hébreux n'exterminérent pas tous les Chananéens, comme on l'a dit quelquefois. Quoique leur propre sécurité dans l'avenir et les ordres mémes de Dieu dussent les y pousser, il resta, de fait, un grand nombre de Chanauéens dans le pays conquis.
Note 45, p. 588. — JÉRUSALEM.
Jérusalem peut être considérée comme le centre et le cœur de la Palestine. Du Mont des Oliviers, à l'est de la ville, on voit Gabaa sur sa montagne en pain de sucre et les collines d'Hébron, dans la Palestine du sud. Jérusalem est bátie sur la créte la plus saillante de la chaine qui traverse tout le pays depuis la plaine d'Esdrelon au nord jusqu'au désert de Juda au midi. C'est la ligne de séparation des eaux qui coulent à l'est vers le Jourdain, à l'ouest vers la Méditerranée. Tous ceux qui traversent l'intérieur de la Palestine du nord au sud doivent passer par le plateau de Jérusalem: Abraham pour aller de Béthel à Hébron, Jacob de Bersabée à Béthel, Josué de Jéricho à Gabaon, les Philistins de leur plaine de la Séphéla à Machmas, Pompée en venant de la vallée du Jourdain, les croisés en venant de Tyr.
C'est pour cela que Jérusalem, sur ses collines avec son temple où Dieu habite, a fourni l'image si belle et en méme temps si naturelle du Psalmiste :
La montagne de Sion ne chancellera point,
car Dieu l'entoure pour ainsi dire du regard, comme un garde qui, du haut de son observatoire, examine tous les points de l'horizon.
Des montagnes sont autour d'elle (de Jérusalem) Et le Seigneur est (comme) autour de son peuple (Psaume cxxiv, 2).
Jérusalem est remarquable par son élévation (Hébron est cependant plus élevée encore). Excepté du côté du sud, où, en venant d'Hébron, on descend, de tous lea autres cótés, on monte à Jérusalem. Ce n'est pas qu'elle soit bàtie sur le sommet d'une montagne, comme tant d'autres villes et bourgades de la Palestine, mais elle est εἰtuée à l'extrémité d'un des plus hauts plateaux du pays. Plus qu'aucune autre capitale au monde, plus qu'aucune autre ville importante de l'univers, elle est une ville de montagne. C'est pourquoi dans les Psaumes elle s'appelle simplement ₪ sainte ou (a montagne de Dieu (Psaume xLvur, 2; מווצא 3). On y respire l'air pur et frais de la montagne, en comparaison des rivages de la Méditerranée ou de la vallée brülante du Jourdain. Elle est assise sur ses montagnes comme sur une forteresse, au lieu d'être ouverte à tous, comme Jéricho ou Damas, Gaza ou Tyr. Elle résume en perfection le caractère de toute là contrée dont elle est devenue la capitale, elle est la montagne-tróne, la montagné-sanctua?re de Dieu, la montagne où il désire habiter. Psaume Lxvn,1%. Voir tout 16 Psaume vxxxvt. Comme Dieu habite au milieu d'elle, elle ne sera jamais ébranlée. Psawme cxxiv, 4; xvv, 6.
Jérusalem se composait de deux villes, là ville haute et la ville basse, d'ou sans doute la forme duelle de son nom en hébreu : Yerouschalaim. La ville haute, c'était Jébus ou Sion, pris souvent pour Jérusalem elle-méme dans les prophétes et dans les Psaumes, la cité dite de David. La ville basse, c'était le mont Moria ou la cité de Salomon, au pied de laquelle était une source intarissable, le fons perennis aquæ, dont parle Tacite (Hist., v, 12), le Fluminis impetus lælificut civitatem Dei, que chante le Psalmiste, Psaume xiv, 9. Voir aussi Psaume vxxxvi, 1 hébreu; Isaie, xu, 3; Ezéchiel, xvvu, 1-5; Jéan, vu, 31-38. C'est sur le mont Moria que s'éleva le temple du vrai Dieu.
Ce qui fait la force de Jérusalem et l'a rendue digne de devenir la capitale de la Judée, e'est, avec sa position élevée, les deux ravins qui l'entourent et la rendent
inabordable de trois cótés. Sa situation est tellement forte qu'elle fut la seule qui put résister aux Hébreux jusqu'av *emps de David. Une vallée lui forme un fossé naturel et très profond au sud; c'est la vallée de Gé-Hinnom, Ben Hinnom ou du fils d'Hinnom. Une autre vallée, également profonde et plus sombre, d'où son nom de Vallée noire ou Cédron, enveloppe la ville à l'est et va rejoindre la vallée de Ben Hinnom, pour se rendre de là, par d'étroits défilés, dans la mer Morte. Du temps de David, ces gorges devaient être encore plus profondes, avant que les débris accumulés de tant de siécles n'en eussent haussé le niveau. Elles font de Jérusalem une sorte de camp retranché et comme imprenable. En méme temps, elles l'ont toujours empéché de s'étendre au nord-est, à l'est et au sud. Ces deux ravins devinrent comme sa nécropole et ils sont aujourd'hui tout remplis de tombeaux. Le Cédron et le Gé-Hinnom, en resserrant la capitale de la Judée dans leurs étroites limites, lui donnèrent cette unité compacte, que chante le Psalmiste :
Jérusalem est comme une ville Dont les parties sont bien liées ensemble (Psaume ΟΧΧΙ, 3).
Elle renfermait néanmoins plusieurs quartiers, séparés dans la partie méridionale par la vallée de Tyropæon ou des Fromagers, aujourd'hui à peu prés complètement comblée. Elle pouvait d'ailleurs s'agrandir à l'ouest et au nord-ouest, et c'est ce qui a eu lieu. C'est là un avantage qu'elle avait sur plusieurs autres villes de Palestine qui, báties sur la créte d'une montagne, comme Hébron, Samarie, Jezrael, ou dans une étroite vallée, comme Sichem, ne pouvaient pas facilement se développer. Elle avait un débouché pour son excédent de population dans ce plateau occidental qui la joint δὰ plateau central de la Judée, malgré une légére dépression. Dés le temps de Sàlomon, les jardins devaient s'étendre sur ce plateau.
Du reste, méme de ce côté, Jérusalem est défendue par une barrière de hauteurs qui en masquent la vue jusqu'à une très courte distance de la ville et qui ont dû toujours lui servir comme un rempart ou comme des forteresses avancées.
En tout temps, la force naturelle de Jérusalem a été augmentée par les murailles et les fortifications artificielles qu'elle a toujours eues et qui lui ont toujours été : nécessaires pour la protéger contre ses ennemis, autrefois comme aujourd'hui contre les Bédouins, dont les razzias ne sont arrétées que par des murs et, à diverses époques, contre les conquérants qui ont voulu s'en rendre maîtres. Ni la nature ni les hommes n'ont pu la sauver de tous ses assaillants : elle a été prise dix-sept fois et la profondeur des ruines des maisons et des débris de toute espéce sur lesquels s'élève la ville actuelle est de 10 à 15 mètres. Voir Lamentations, 1v, 1; Psaume rxxvi, 1. Il est vrai que les tremblements de terre ont contribué pour leur part à amonceler les décombres, Amos, 1, 1; Zacharie, xiv, 5.
La véritable histoire de Jérusalem ne commence guére qu'à David. Jusqu'à ce prince, elle n'avait pas été une ville israélite et elle n'avait joué aucun rôle dans la formation du peuple de Dieu. Tandis que la plupart des peuples célèbres se sout élevés et ont grandi autour de la ville qui les a vu naitre et qui leur a servi comme de berceau, les Babyloniens à Babylone, les Assyriens à Ninive, les Egyptiens à Thébes, Jes Athéniens à Athénes, les Latins à Rome, au contraire, les Israélites ne sont pas devenus une nation à Jérusalem. Cette cité, de même que Paris dans les Gaules, n'a été pour rien dans leur premier développement. Dans les temps primitifs, Hébron, Béthel, Sichem étaient célébres, comme aux commencements de notre histoire, Lyon, Marseille, Narbonne, et Jérusalem était encore à peu près inconnue. Josué, Othoniel, Débora, Samuel, Saül avaient souvent passé dans son voisinage, vu ses tours et ses fortifications, mais ils n'y avaient jeté qu'un regard et avaient été loin sans doute de soupçonner l'avenir magnifique qui lui était réservé et la place importante qu'elle devait occuper dans leur histoire politique et religieuse. Si, en effet, l'origine de Jérusalem avait été basse et obscure, comme le dit Ezéchiel, xvi, 3-5, la suite de son histoire devait avoir un éclat incomparable, et cette cité d'origine chananéenne était appelée à devenir la reine des cités. Ce qui lui valut une si grande gloire, c'est qu'elle devint la capitale du peuple élu et surtout que ce fut dans son sein que s'éleva le temple du vrai Dieu. Les livres historiques de l'Ancien Testament nous racontent le róle politique que joua Jérusalem à partir du régne de David; ils nous font connaître aussi son importance religieuse, mais c'est surtout dans les Psaumes et dans les prophètes qu'elle nous apparait, sous ce dernier rapport, dans son véritable jou
« Tous les chants nationaux, dit Herder, semblent avoir pris pour programme l'éloge de Jérusalem et de Sion. » Une foule de Psaumes sont consacrés à célébrer ses louanges, ΟΧΧΙ, LXXXVI, XLvit, CXxIV, CXX, etc., etc. Dans les prophètes, elle devient comme la capitale du monde entier et son nom est celui méme de l'Eglise que doit fonder le Messie. Belle est sa situation; elle est comme [8 joie de toute la terre, Psaume xvii, 2. Centre de la théocratie et centre du monde ancien, elle deviendra le point d'attraction dé tout l'univers, la montagne où afflueront tous les peuples, Jérémie, mt, 11; Isaie, τι, 2-4; Zacharie, x, 10, 11; xiv, 16-21. Sa gloire ne finira méme pas avec l'histoire de Juda et d'Israel; l'Eglise s'appellera la Jérusalem nouvelle et S. Jean, dans l'Apocalypse, nous dépeindra le ciel sous les traits de Jérusalem. « J'ai vu la cité sainte, la Jérusalem nouvelle descendant du ciel, parée comme une épouse qui va recevoir son époux. » Apocalypse, xxt, 2.
Note 16, p. 648. — LE TEMPLE DE SALOMON.
La plus grande œuvre de Salomon fut la construction du temple de Jérusalem. Il importe, pour l'intelligence de tous les livres de la Sainte Ecriture postérieurs à cette époque, d'en avoir une idée nette et précise.
Le temple fut construit sur le mont Moriah, dans la partie nord-est de Jérusalem, sur des fondements qui nécessitèrent des travaux gigantesques. Il consistait en un édifice de proportions relativement restreintes et en plusieurs grandes cours. L'édifice, Beth Yehovah ou maison de Dieu, était rectangulaire; il comprenait trois parties : un vestibule, 'ouiam; le Saint, Qodesch ou Hékal, et le Saint des saints, Debir ou Qodesch haqqodaschim. Le Saint des saints, ayant dix métres environ dans ses trois dimensions, était séparé du Saint par un mur et par une porte devant laquelle était suspenduun voile ou tapis. Il contenait l'arche d'alliance, que deux chérubins, de forme colossale, couvraient de leurs ailes étendues, et les tables de la loi. Le Saint, élevé de quinze métres et long de vingt, renfermait l'autel des parfums, dix chandeliers d'or à sept branches et dix tables d'or sur lesquelles on placait les pains de proposition. En avant du Saint s'élevait le veslibule ou portique. de cinq mètres de longueur, de dix de largeur, et probablement de trente de hauteur. Il était séparé du Saint par une porte à deux battants, en bois de cyprés doré. Aux cótés latéraux de l'édifice étaient adossées de petites cellules.
La maison de Dieu n'était pas destinée à servir, comme nos églises. de lieu de réunion aux fidèles : c'était exclusivement la demeure du Seigneur, inaccessible aux mortels. Aucun Israélite ne pouvait y entrer. Seuls, les prêtres avaient le droit de pénétrer dans le Saint. Quant au Saint des saints, il était fermé à tous, au grandprétre lui-méme, qui n'y avait acces qu'une fois paran.
Les cérémonies du culte et les assemblées des adorateurs de Jéhovah avaient lieu dans les parvis ou cours fermées qui entouraient le sanctuaire. 19 Une première cour était réservée aux prétres et aux lévites. Là était l'autel d'airain ou autel des holoeaustes, sur lequel brülait un feu perpétuel et sur lequel on offrait les sacrifices sanglants. A côté, étaient la mer d'airain et les divers ustensiles nécessaires pour l'immolation des victimes. 2e Une autre cour appelée Parvis extérieur, d'un niveau plus bas que la précédente, nommée Parvis intérieur, était réservée, à l'exclusion des incirconcis, aux Israélites, qui assistaient de là à la célébration des sacritices. Salomon n'eut pas le temps de l'achever; elle ne fut terininée que par ses successeurs,