‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 135 sur 458 · DE BEATA VIRGINE · texte numérisé non relu

DE BEATA VIRGINE

Ave, Maria, gratia plena Dominus tecum, virgo serena;

Benedicta tu in mulieribus,

Quæ peperisti pacem hominibus Et angelis gloriam.

Et benedictus ventris tui

AVE MARIA

Veine des Vierges, rose sans épines, vous êtes levenue la mère de la fleur et de la rosée, de ’ agneau et du pasteur. Cité du roi de justice, nère de miséricorde, par votre grâce Théophile ;e convertit et sort d’un abîme d'iniquités et de nisères. La cour céleste vous célèbre ; nos hommages s’adressent à vous; c’est vous qui faites obtenir le pardon aux coupables; c’est vous qui donnez la grâce aux justes. Etoile de la mer, sanctuaire du verbe de Dieu, aurore du Soleil, porte du Paradis par laquelle est entrée la lumière, priez pour nous votre fils. Demandez-lui qu’il nous délivre de nos péchés, et qu’il nous fasse entrer dans l’éternité, dans le royaume de la charité où brille l’inaltérable lumière. »

De tous ceux qui à toutes les époques, dit saint Bernard, ont invoqué avec foi, confiance, et amour les noms de Jésus et de Marie, personne n’a péri et n’a pu périr. Quelle prière satisfait mieux à cet acte d’amour que VcAve Maria. D’après une légende relative à ce grand docteur, ne semble-t-il pas qu’il avait coutume d’adresser souvent cette salutation à la madone, puisqu’un jour lorsqu'il lui avait dit oAve Maria elle daigna lui répondre C Ave Bernarde.

Les Bollandistes, au 7 avril, racontent que saint Aybert ou saint Albert, qui mourut en 1140, fléchissait le genou cent fois par jour et se prosternait cinquante fois, en disant chaque fois un oAve Maria , c’est-à-dire en tout cent cinquante oAve Maria.

Qui cohæredes ut essemus sui Nos fecit per gratiam.

Per hoc autem Ave Mundo tatn suave,

Contra carnis jura Genuisti prolem,

Novum Stella solem Nova genitura.

Tu parvi et rnagni Leonis et agni,

Salvatoris Christi Templum extitisti,

Sed virgo intacta.

On parle aussi d’un jeune homme, lequel, tout en restant dans le monde, trouvait le temps de réciter cent cinquante fois la Salutation angélique par jour.

En 1196, Odon, évêque de Paris, engageait les prêtres à faire réciter au peuple le Credo , l’Oraison dominicale et la Salutation angélique.

D’après les nombreux exemples qu’on vient de rapporter, il est hors de doute que l’c Ave Maria était en usage dès les premiers temps ; la question seulement est de savoir si la Salutation comprenait dès l’origine les trois parties qui la composent et à quelle époque on ajouta la troisième. Les hommes les plus éminents en science pensent qu’à partir de concile d’Éphèse, les fidèles firent aux deux premières parties l’adjonction d'une troisième qui contient une prière directe à la sainte Vierge où nous invoquons son secours, surtout à l’heure de la mort. Baronius, Bona et d’autres sont de cet avis.

Chez les modernes, on a combattu cette opinion, et l’on voyait dans la bibliothèque des bénédictins de Saint-Maur ce programme de thèse publique : « La Salutation angélique commença à être en usage au xne siècle, mais ces paroles Sancta Maria et les suivantes paraissent avoir été ajoutées longtemps après » Cette proposition fut vivement censurée par l’évêque de Bayeux et flétrie par le P. Massuet.

Selon Mabillon, dont on a généralement embrassé l’opinion , la prière Sancta Maria aurait été ajoutée à YoAve Maria sous Léon X (1513

Tu floris et roris,

Ovis et pastoris, Virginum regina,

Rosa sine spina,

Genitrix es facta.

Tu civitas regis justitiæ,

Tu mater es misericordiæ,

De lacu fœcis et miseriæ Theophilum reformans gratiæ.

Te collaudat celestis curia, Tibi nostra faver.it obsequia,

Per te reis donetur venia,

Per te justis confertur gratia.

Ergo maris Stella, Yerbi Dei cella Et solis aurora ; Paradisi porta Per quam lux est orta Natum tuum ora :

Ut nos salvat a peccatis Et in regno charitatis

Quæ lux lucet sedula Collocet per sæcula.

CH. III

ANNONCIATION

+ 1521). En effet, avant ce pape on mentionne rarement cette addition l.

Mais les mots ajoutés à ceux de l’ange remontent plus haut; nous savons par des témoignages sûrs qu’Urbain IV (1261 x 1265) a complété la prière que terminait Jésus -Christ us. oAmen, par les paroles fructus ventris tui 2.

Thomas commence ainsi l’explication de la Salutation angélique, qu’on lui attribue, non sans raison.

oAve Maria, gratia plena, Dominus tecum... Trois parties s’y trouvent. L’ange a dit la première : oAve gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. Elisabeth a dit la seconde : Benedictus fructus ventris tui. L’Eglise a ajouté la troisième, c’est-à-dire, Maria , car l’ange n’avait pas dit <3 4ve Maria , mais simplement oAve gratia plena. Saint Thomas ne com^ mente que ces paroles et ne fait même aucune allusion à la suite Sancta Maria, Mater Dei.

Cette addition n’existe ni dans la vie de saint Aybert du xie ou xne siècle, ni dans un vieux bréviaire du xme siècle, ni dans aucun des commentaires italiens du xive et du XVe siècle. Il faut descendre aux monuments du xvis siècle pour trouver cette invocation , à un office de la sainte Vierge, édité à Venise dans le courant de ce siècle et conservé à la bibliothèque de Bologne. Encore n’est-ce pas un usage

x. Nous citerons toutefois un bréviaire romain du XIVe ou XVe siècle qui transcrit la prière dans les termes suivants : Ave Maria gratia plena, Dominus tecum ; benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui Jésus Christus. Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis mine et in horamortis nostræ. Amen. (Tromb., IV, 2 33.)

Léonard Justinien a édité à Vicence, en 1477, une collection d’éloges chrétiens comprenant plusieurs paraphrases de l’Ave Maria, accompagnée d’une prière accessoire qui n’est pas partout la même.

2. Pour l’origine de l’Ave Maria, voir cardinal Lambert ini, traité de Canon. sanct.,L. IV; deFesto. ros. 1726. On trouvera ces traités dans les Analecta juris Pontif., 4e série, XXXIe livr. (t. II, p. 1330) publiés en 1860.

Même après la réforme du bréviaire de saint Pie V (î 363-1372), on s’arrêtait quelquefois à ces mots : Ora pro nobis peccatoribus. Amen

Tronxbelli, IV, 233.

général, car nous lisons dans un petit livre intitulé a le Rosaire d’or de la sainte Vierge : OAve Maria, gratia plena, Dominus tecum , benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui, Jesus-Christus. oAmen. » Un autre petit livre intitulé : Hortulus animœ (édition d’Anvers, 1568, p. 102) donne exactement, la même formule.

Un bréviaire de cette époque à l’usage des chartreux, et un autre pour des camaldules, nous donne la prière complète, telle que nous la récitons ; cette conformité, dans des lieux si différents, ne montre-t-elle pas qu’alors cette formule se généralisait? Le bréviaire de saint Pie V avait donné la prière entière; mais tous les Espagnols ajoutaient déjà la troisième phrase 1.

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