‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 168 sur 458 · MAGNIFICAT · texte numérisé non relu

MAGNIFICAT

Sainte-Sophie étaient délivrées du badigeon turc qui les cache; il dut à cette circonstance une découverte qui peut jeter une véritable lumière sur la question : il vit sur un des arcs-doubleaux des coupoles, une madone les bras levés, les pieds posés sur un escabeau , et son action désignée par une inscription placée autour et qui contient en grec le premier verset du Magnificat; c’est aussi clair que les légendes qui déroulaient devant les ligures du moyen âge les paroles que leur prêtaient les peintres, c’est clair que cette madone représente la prophétesse du Magnificat , et dès lors que nous sommes en droit, surtout chez les Grecs, de donner cette attribution à beaucoup de ces images. Les exemples de ce type peuvent être cités à l’intini ; les madones de Torcello, celles de la croix d’Agnellus, plusieurs encore figurées sur des sceaux ou sur de vieux manuscrits où Marie retourne ses mains sur sa poitrine en signe de prière, peuvent rentrer dans la même catégorie.

Dans les Ascensions et les Assomptions, deux scènes qui ont tant d'affinité l’une avec l’autre, nous retrouvons ordinairement la sainte Vierge les bras ainsi étendus ; cette observation n’infirme pas notre argument, car le chant du Magnificat ne dut jamais sortir si puissamment de ses lèvres qu’au moment de son ravissement dans le ciel.

Psautier d’Utrecht. (PI. CXXV.) — Nous trouvons au type d’orante une dérogation remarquable dans le Psautier d’Utrecht que nous rencontrons ici pour la première fois. Ce manuscrit mérite une place d'honneur dans notre recueil iconographique; M. Wetcher le considère comme antérieur au ixe siècle et comme byzantin ou italien ; peut-être même est-il la reproduction d’un manuscrit beaucoup plus ancien, car les monuments qu’on y distingue sont d’un style tout à fait antique. Les dessins à la plume. dont ses cent quatre feuilles sont ornés nous révèlent, de la part de l’auteur, une facilité et une verve

singulières; sous cette plume impétueuse, tout court, tout s’élance, c’est une sorte d’assaut continuel, de cri en avant. L’expression de jeter , si familière aux critiques d'art, ne saurait trouver d’application plus juste qu’içi ; les personnages sont jetés, jetés brusquement et cependant avec une sûreté de main qui indique chez cet étonnant dessinateur autant de science que d’entrain. Il appartenait à un tel artiste, un tel poëte de trouver une forme originale pour exprimer le Magnificat, et en quelques coups de plume hardis il nous en donne une nouvelle expression. Marie saisit son âme entre ses mains, son âme, suivant l’usage du moyen âge, figurée par les traits d’un enfant et elle l’offre avec transport au Seigneur, magnificat anima mea Dominum, l’âme elle-même s’unit à ce mouvement etdirige ses bras dociles vers la main de Dieu qui déchire un nuage pour recevoir l’offrande. Nous avons souvent vu les anges prendre les âmes humaines, mais cette idée de s’emparer soi-même de son âme, par un élan de glorieuse indépendance, est vraiment sublime. En face, au pied de cette scène qui se passe sur des hauteurs, des personnages causent de ces merveilles, ils tiennent la place des générations qui chanteront la félicité de Marie, et beatam me dicent omnes generationes.

La pensée du ^Magnificat, dans cette véhémente esquisse, est rendue trop clairement pour que nous hésitions sur son acception : nous ne serions pas embarrassé de trouver encore d'autres types et d’autres exemples dans nos nombreuses images, nous craignons toutefois de nous égarer en désignantdes représentations douteuses, d’une scène si difficile â rappeler par des traits sensibles.

Bibliothèque nationale, manuscrit 11961.

(PL CXXIV.) — Nous nous contenterons, en terminant cet article, de signaler le manuscrit 11961 de la Bibliothèque nationale, dans lequel nous trouvons Marie couronnée, étendant les bras que soutiennent Salomon et David. N’est-ce

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