LE C.H (S U R, UN MESSAGER
Le Messager. (Vers 2171.) Madame, votre maternité ne ressemble à aucun autre.
La sainte Vierge. (Vers 2173.) Es-tu de nos amis? Les yeux Voient mal pendant la nuit et je ne te reconnais pas.
Le IYIessager. (Vers 2175.) Je suis toujours votre ami et celui de votre fils, immolé à cause de ses miracles, à cause de sa propre excellence.
La sainte Vierge. (Vers 2 177.) Viens-tu nous annoncer quelque chose de nouveau? quoi? parle vite.
Le Messager. (Vers 2178.) Je vous salue, madame ; et d’abord réjouissez-vous...
La sainte Vierge. (Vers 2183.) Viens-tu nous dire que mon fils est revenu des enfers?
Le Messager. (Vers 2185.) Vous l’avez vu et ce que vous me dites allège ma tâche. Il est ressuscité et, si l’on en croit le bruit qui circule, il est revenu sur la terre; je venais vous le dire.
La sainte V ierge. Nous aussi, nous le savons ; mais toi, comment l’as-tu appris? Allons, parle, que dis -tu? Comment? que sais-tu? quelles sont tes preuves?
Le Messager. (Vers 2ipi.) Les gardes qui
étaient restés toute la nuit près du tombeau et l’avaient surveillé, au moment où finissait la nuit, saisis d’efFroi coururent aux prêtres. Cette terreur n’était pas sans cause, et je l’appris la nuit dans la ville; je les suivis doucement et j’entendis par derrière ce que disaient les gardes aux anciens et aux princes des prêtres, auteurs de la mort. « O vous, scribes et anciens du peuple, qui avez commis un horrible forfait, nous venons annoncer à vous et à la ville les choses les plus étonnantes, les prodiges accomplis par ce mort que j’avais été chargé de garder pendant la nuit. J’en frémis encore d’horreur ; et vous-mêmes qui aviez ordonné de faire cette garde, en voyant ces choses inouïes, vous lui eussiez adressé vos prières, mais je veux d’abord savoir si nous devons vous parler librement ou ne pas dire tout ce que nous savons. Car nous craignons par ces discours de vous offenser et d’exciter contre nous votre colère. »
Ainsi parla la troupe aux anciens... mais ceuxci s étant concertés se dirent entre eux. — L’injustice commise envers Jésus a encore allumé un incendie et nous sommes en proie à une grande frayeur; ne tardons pas, recevons bien les soldats. S’étant alors tournés vers ceux-ci : — Écoutez, dirent-ils, voici notre avis : cachez tout ce que, d’après nous, vous ne pouvez dire ; autant qu’il est en nous, nous en prenons la responsabilité. Dites donc que les disciples sont venus furtivement enlever le corps et nous vous donnerons une magnifique récompense. Il est inutile que vous disiez au gouverneur ce qui peut tourner à la gloire du mort et ce qui nous fera honte, excitera contre nous la fureur du peuple et l’indignation de tous. Les gardes répondirent : — Nous ne dirons rien de ce que nous savons, pourvu que vous nous disculpiez auprès du gouverneur. Il faut cependant que vous sachiez que l’homme qui était enseveli ne nous paraissait pas inférieur à Dieu, si nous regardons, et les miracles qu il a accomplis autrefois et ceux qu’il vient de faire, en sortant du tombeau fermé par une pierre, sans rompre les sceaux et trompant les gardes qui l’entouraient. Il a tout illuminé
TÉMOIGNAGES
et nous-mêmes, et nous renversa comme morts et frappés de terreur. Les fondements de la terre ont été ébranlés ; et aussitôt la pierre a été écartée du tombeau. Je regardais le monument, aussitôt une voix descendit d’en haut : ce ne pouvait être que celle de Dieu le Père. Le tonnerre gronda et lança des éclairs d’un feu sacré de la terre et du ciel. Alors l’air se tut et les feuilles des bois cessèrent de s’agiter ; vous n’eussiez pas entendu le moindre bruit. Recevez cet homme quel qu’il soit, car il paraît grand; on dit qu’il vient donner aux hommes la grâce qui chasse le mal, que sans lui il n’y a, et il n’y a jamais rien eu de bon. Je lui sacrifierai plutôt que de me révolter contre l'aiguillon et, simple mortel, de combattre contre Dieu. »
L’assemblee des Prêtres. (Vers 2267.) Vous avez beaucoup dormi, vous nous racontez des songes. Pendant que vous dormiez les disciples ont volé le corps. Dites cela au gouverneur et ne parlez pas de choses qui lui déplaisent, vous serez récompensés de votre silence. Sinon vous avez vendu le corps à ses disciples, et si vous parlez, c’est cela que saura le gouverneur.
Les Gardes. (Vers 2274.) Soyez tranquilles, mais vous ne pourrez dire que nous l’avons vendu car les sceaux sont entiers et vous n’avez aucun prétexte de nous accuser.
L’assemblee des Pontifes. (Vers 2282.) Cela suffit, prenez nos présents.
Les Gardes. (Vers 2283.) Puisque vous ne voulez point nous écouter, nous acceptons vos raisons, mais dites-nous comment vous nous disculperez auprès du gouverneur?
Les Prêtres. (Vers 2284.) Ne soyez pas inquiets sur le sentiment de Pilate. Nous lui conseillerons de vous être favorable, car vous êtes compatriotes et nés comme lui en Italie. Mais nous partons, ne craignez rien, dites seulement que, se soustrayant à vos regards, les disciples l’ont enlevé sans bruit.
Les Gardes ou le ehef des gardes. (Vers 2292.) Ah! que nous sommes malheureux! ah, ah, ah!
Pilate. (Vers 229 3.) Qui vient ainsi pleurer et gémir à ma porte?
Les Pontifes. (Vers 2294.) Seigneur gouverneur, ce sont les soldats qui gardaient le corps du supplicié et qui soupirent de frayeur.
Le Gouverneur. (Vers 2296.) Soyez les bienvenus, quoique j’ignore pourquoi. Quelle est la cause de la crainte de ces hommes ?
Les Pontifes. (Vers 2299.) Ils sont ici, qu’ils vous le disent eux-mêmes.
Les Gardes. (Vers 2300.) Prince, ses disciples venant la nuit ont trompé notre vigilance et ont enlevé le corps.
Pilate. (Vers 2302.) Comment! vous, auteurs de tant de mal, vous avez laissé les disciples entrer dans le tombeau et le prendre sans que vous vous en soyez aperçus? Comment ne les avezvous vus ni entrer, ni sortir? C’est vous qui en porterez la peine, car je vous avais confié la garde du tombeau. Vous êtes cause que je serai l’objet de la raillerie des hommes et que je supporterai la honte et la peine du meurtre. Ces voleurs vous ont-ils trompés en se jouant de moi Quel motif avaient-ils de voler ce corps inanimé. Comment l’ont-ils osé, au milieu d’une garde si nombreuse? Ils portaient, dit-on, des torches, et d’ailleurs la lune est dans tout son éclat. Comment, pleins de crainte, ont-ils osé s’approcher et enlever la pierre que toute la cohorte a eu de la peine à placer? qui a mis le sceau? n'est-ce pas vous avec les pontifes ? Je ne sais ce que sont ces disciples que vous dites avoir enlevé le corps. C’est vous qui l’ave zfait, n’en accusez personne; par ces fictions vous cherchez vainement à me tromper. Vous parleriez longtemps avant de me convaincre, vos discours n’ont rien de véridique.
Les Gardes. (Vers 23 27.) Vous dites bien, prince, comment les choses se sont passées. Je n’ai pas fermé l’œil, je n’ai ni sommeillé ni dormi. J’en jure par votre tête, j’ai tout vu et j’ai couru pour vous le dire. Je voulais vous le dire aussitôt et éviter la punition, mais les sages m’ont conseillé d’attendre le retour de la lumière, je leur ai tout dit. Eux-mêmes non plus n’ont pas voulu me croire malgré la vérité de ce que je leur disais.
Pilate. (Vers 2339.) Je crains que vous ne
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CH. IX
LE CRUCIFIEMENT
me disiez une fable. Je ne vois pas clairement comment les disciples l’ont pu voler, tout cela m’est suspect; quelle preuve me donnezvous?
Les Gardes. (Vers 2345.) Prince, vous vous hâtez bien avant de savoir comment cela s’est passé. Les voleurs ont plus beau jeu la nuit.
Pilate. (Vers 2353.) Je ne sais ce que tu veux dire avec les voleurs de nuit. Je ne comprends pas; la chose m’est suspecte, très-suspecte; comment des fugitifs auraient-ils volé un mort que leur frayeur leur a fait abandonner pendant sa vie? Le sommeil des soldats était donc bien profond et ils n’ont pas craint la garde du tombeau; leur audace était donc devenue bien grande eux que j’ai vus trembler à la voix d’une servante et renier leur maître par peur?
Les Prêtres. (Vers 2362.) O vous, qui êtes si résolu en toutes choses, vous hésitez et vous soupçonnez ce que l’on vous dit. Plût à Dieu que vous fussiez aussi sage que prompt a l’exécution! Mais la nature n’a pas départi tous ses dons sur le même homme...
Pilate. (Vers 2371.) Vous avez trompé la cohorte, vous essayez de me tromper moi-même, vous avez tout fait, vous en verrez les conséquences.
Les Prêtres. (Vers 2373.) Croyez donc tout comme bon vous semblera, vous qui disposez de la force pour parler et agir.
Le Messager, reprenant son propre récit. (Vers 2375.) Ayant entendu ainsi l’audace des méchants qui attribuent à la fraude la résurrection du Christ, j’ai couru, madame, pour vous le dire; croyez-moi, tout ce que je vous dis est vrai; le bruit en court par toute la ville et même quelques gardes dans leurs assemblées secrètes proclament le miracle; vous verrez des habitants qui vous le certifieront. Mais j’ai voulu les devancer pour vous combler de joie à cette heureuse nouvelle.
La sainte Vierge. (2386.) Tu viens à propos et je t’en remercie; tu viens à propos, quoique tu me dises le crime de ces iniques vieillards qui ont fait tant de mensonges. Mais quelle cohorte
eût pu protéger le tombeau contre le Seigneur né dans un sein immaculé et l’auteur de si nombreux miracles!... Quant à nous, mes amies, allons vite au tombeau, scrutons tout avec soin; et nous montrerons aux nôtres la vérité; mais voici qu’ils vous devancent.