‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 458 sur 458 · Prosterné · texte numérisé non relu

Prosterné

HOMELIES DU MOINE JACQUES

Paris, f° 248. Rome, 186. (PL LXXVI.) — Titre en or : Épreuve de la chasteté du prétendant.

Image : Saint Joseph est arrêté par le même homme en rouge qui, au f° 238 v°, est armé d’un bâton. Au milieu, groupe d’hommes; à droite, Zacharie donne à boire à saint Joseph dans un vase.

Paris, f° 251. Rome, 188. (Pl. LXXVI.) — Titre en or : Epreuve de la très-sainte Vierge.

Image : i° adroite, Zacharie donne à boire à la sainte Vierge; 2°au milieu, un groupe d'hommes ; 30 à gauche, la sainte Vierge emmenée par un homme en manteau vert et tunique bleue.

Paris, f° 252. Rome, 188. (PL LXXVI.) — Titre en or : Elisabeth recevant la mère de Dieu sous sa garde.

Image : i° à gauche, saint Joseph et la sainte Vierge saluent Élisabeth. Deux femmes sont derrière elle; 20 la sainte Vierge et Elisabeth s'entretiennent.

Paris, 254, v°. Rome, 190. (PL LXXVI.) — Titre en or : Preuve de la pureté de la sainte Vierge retournant sans tâche au temple de che\ Élisabeth et de là che\ elle.

Image. Première ligne : A gauche, le scribe et la sainte Vierge; au milieu, Zacharie parlant à des prêtres et leur montrant la sainte Vierge. Deuxième ligne: Zacharie saluant lasainte Vierge; derrière elle allant en procession et louant Dieu, trois hommes précédés de l’enfant en bleu. Saint Joseph, les trois hommes et l’enfant font des gestes d’actions de grâces.

CONCLUSION DU PREMIER VOLUME

Nous avons suivi dans ce premier volume la vie de Marie, cette humble juive, pauvre, ignorée, dont la toute-puissante grâce de Dieu a su faire la reine des anges : nous l'avons vue dans sa virginale existence de la terre, et dans son existence glorifiée par l’assomption; nous avons assisté au concert de louanges que les rois, les peuples, les docteurs, les poëtes, les peintres, les sculpteurs ont entonné en son honneur; il nous reste un mot à ajouter pour cette vie glorieuse, il nous reste à dire qu’elle a été complétée, et je dirai même continuée par la création de la femme chrétienne, cet idéal que le Sauveur a fait surgir des ruines de l’amour sensuel. Cette longue procession de vierges ou de chastes mères qui suivent Marie sont devenues des images , et comme l'achèvement de sa vie dans ce monde. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici les lignes que M. l'abbé Barbier consacre à ce sujet, et qui nous montrent sous le rayonnement de la Vierge la femme rehabilitée par la liberté, le martyre, la charité et l'apostolat.

« L’asservissement de la femme, dit-il, et sa dégradation étaient un fait universel avant le christianisme, excepté chez les Juifs; plus que cela, c’était un principe. La réhabilitation de la femme est si bien un fait chrétien que sa dégra¬

dation se prolonge encore dans toutes les parties de 1 humanité que le christianisme n’a pas touchées, comme pour témoigner du caractère surnaturel de ce grand bienfait.

« Le joug tyrannique et dégradant qui pesait sur la femme antique s’étendait aux régions barbares comme aux régions païennes; chez le peuple juif, il en était autrement ; cependant cet honneur dont jouissait la femme juive était loin d’être pour elle-même ce qu’il est devenu par le christianisme pour le monde entier.

« Toute femme chrétienne, vierge, épouse, mère, a reçu de sa régénération en Jésus-Christ comme une fleur nouvelle de pudicité et de chasteté dont Marie est la plus exquise production, et qui d’elle se répand sur tout son sexe.

« La seconde vertu qui mit en évidence, qui donïia en spectacle aux anges et aux hommes la femme chrétienne, comme une créature nouvelle dans le monde, ce fut le martyre. « Ah ! Dieu soit a béni, s’écrie saint Jean Chrysostôme à la vue <t de ce nouveau prodige, Dieu soit béni! la « femme est intrépide contre la mort! »

d La femme, en troisième lieu, a été réhabilitée par la charité. Si les hôpitaux n'étaient pas fondés sur la charité catholique de la femme chrétienne, de la sœur de charité soignant le genre humain |au prix de tous les sacrifices et

CONCLUSION DU PREMIER VOLUME

aux dépens de toutes les répugnances de la nature, ils ne se seraient jamais élevés et ils tom beraient promptement.

j La dame de charité est née de la mort du Christ et de la compassion de sa mère.

« L’apostolat, voilà encore une vertu, un sentiment nouveau créé par le christianisme dans le cœur de l'homme, et à la hauteur duquel la femme s’est élevée jusqu’à égaler, si ce n’est surpasser, le sexe qui, jusque-là, l'écrasait de sa dédaigneuse et exclusive supériorité. La femme a insinué le christianisme dans le monde. Partout où le christianisme a pénétré, partout où il agrandi, c’est sans doute par l’action ostensible d’un homme; mais regardez bien derrière cet homme, quelquefois au-devant, qu’il s’agisse de l’univers, d’un empire ou d’une seule âme, vous verrez toujours une femme.

« Aussi, de saintes femmes suivaient le Christ, et ont précédé les apôtres dans l’annonce de sa résurrection. Les plus illustres pères de l’Eglise ont dû. la foi qu’ils ont prèchée et soutenue à des mères chrétiennes qui les ont enfantés au christianisme et à l’apostolat par l’instruction, par la prière et souvent par les larmes. Nous devons saint Grégoire de Naziance, dont le père était païen, à sainte Nonne et à sa sœur aînée sainte Gorgonie ; saint Basile le Grand et ses deux frères, saint Grégoire de Nysse et saint Pierre de Sébaste, à leur mère sainte Emmélie, et encore à une sœur aînée sainte Macrine; saint Jean Chrysostôme, à sa mère Anthuse, devenue veuve à vingt ans, et qui faisait l’admiration des païens par les vertus que lui inspirait la foi, et qu’elle inspira ellemême à ses enfants. Sainte Ambroise, à sa sœur aînée, sainte Marcelline, et saint Augustin à sainte Monique.

» Sainte Hélène, de qui saint Grégoire le Grand dit qu’elle allumait dans tous les chrétiens le feu dont elle était embrasée, fait monter le christianisme sur le trône dans la personne de son tils, l'empereur Constantin.

« L’histoire est remplie de ces exemples.

« D’esclave de l’homme, la femme est devenue la servante du Seigneur, l’apôtre, la propaga¬

trice de sa gloire. Marie, la première, a engendré le christianisme même dans son auteur par un acte héroïque de sa foi. C'est par Marie que la lumière éternelle est allée susciter son précurseur dans le sein maternel; qu’elle a voulu entrer avant son heure dans la carrière de ses prodiges et de son propre apostolat; qu’elle a voulu, en remontant au ciel, être conçue de nouveau en quelque sorte du Saint-Esprit dans le cénacle et dans l'Église. « La Vierge, dit saint lldephonse, « vivait dans la société habituelle des apôtres et « conférait sans cesse avec eux des actes et des « paroles du Verbe qu’elle connaissait mieux « que personne. »

Ce tableau est parfaitement vrai, cette transformation est réelle. Saint Augustin disait déjà : « Nous ne possédons pas d’image authentique de la mère de Dieu l, » et cependant il a su tracer l’éloquent et admirable portrait que nous avons rapporté dans ce livre. Si l’image matérielle'nous a été dérobée par une jalouse et divine modestie, il nous reste l’image morale, l'image vivante et immortelle qui suffit à ravir nos regards. Pieux chrétiens, poètes, artistes, historiens, ne la cherchez pas au loin, Dieu l’amise près de vous. Cette vierge qui tout à coup se lève, qui vous dit adieu pour aller au temple, qui secoue avec joie les boucles blondes de sa chevelure pour les offrir aux ciseaux des anges, qui s’arrache aux baisers de sa mère pour se donner à Dieu, elle est l’image que vous cherchez. Est-elle belle de la beauté que le monde célèbre? Ses regards ont-ils les enchantements qu’il aime? assurément non, peut-être la régularité de ses traits n’est-elle pas parfaite; sans doute l’homme matériel la dirait sans grâce, il ne l apercevrait même point; mais vous qui distinguez les choses du ciel, venez et admirez; voici limage de Marie : son visage pâle ressemble plutôt à l’albâtre des vases de parfums antiques qu'aux traits vivants du corps; ses yeux souvent baissés laissent tomber sur la terre des regards distraits qui

T. Neque novimus facïem virginis Maria. (De Trinit., VIII.)

CONCLUSION DU PREMIER VOLUME

ne la détournent jamais de la contemplation éternelle; ils sont comme le miroir de Dieu où les créatures ne se reflètent que pour s’y transfigurer et s’y perdre; ils sont, si l’on veut, comme ces lacs limpides qui dorment au-dessus des orages dans les hautes vallées des Alpes et dans lesquels le ciel se peint sans cesse avec son azur, sa lumière, sa paix et sa pureté. Ces regards sont quelquefois accompagnés d’un sourire qui les rend plus tendres, plus compatissants, plus aimables. La vierge sourit non-seulement à ses amis et à la joie, mais elle sourit surtout aux enfants, aux pauvres, aux délaissés; elle sourit à la douleur qu'elle endure; on ne reconnaît parfois le redoublement de ses propres souffrances qu’à la vivacité du sourire qui les accueille. Au reste, pourquoi parler de ces traits qu’on ne voit plus? la virginité est une lumière si pénétrante et si puissante qu’elle déborde la matière, la transperce comme un cristal; elle rayonne au travers et l’anéantit : on oublie le candélabre, on ne voit plus que la lampe. Oui, cette vierge éblouissante, cette vierge dont le nimbe radieux éclaire seul la nuit moderne, cette vierge est l’image de Marie.

Ce n’est pas tout, à cette image il manque encore une touche qui lui prête le dernier trait de la ressemblance : Marie portait la double couronne des vierges et des mères, de sorte que, pour compléter la figure, il faut sur le front de la vierge jeter quelque étincelle de l’amour maternel. Dieu se plaît à façonner les mères chrétiennes sur le modèle de la sienne : les élans, les joies, les

douleurs qu’elles ressentent, les dévouements qu’elles embrassent impriment sur leur visage des traits qui appartiennent à la physionomie de Marie. Cette mère penchée sur le berceau de son enfant, endormant ses cris douloureux, prévenant ses désirs ; cette mère travaillant sans relâche et prolongeant les veilles pour tisser ou rajuster ses vêtements, c’est Marie! Cette mère qui vient d’égarer son fils, qui le cherche anxieuse et tremblante, qui le demande à ses amis, qui enfin, quand elle le retrouve, laisse éclater ses plaintes et sa joie, c’est Marie! Cette mère qui le suit dans les luttes de la vie, qui le console, l'encourage, qui verse sur son cœur ces paroles embaumées dont Dieu lui a réservé le secret, c'est Marie ! C’est Marie surtout, cette mère qui brave les insultes, les glaives que les bourreaux croisent devant elle pour suivre son fils dans ses heures dernières! cette mère chrétienne qui reste debout et forte près de son bien-aimé outragé et mourant! Tel est le portrait immortel que le Sauveur nous a laissé, et qu’il se plaît chaque jour à refaire au milieu de nous : ces images vivantes sont une des gloires du culte de Marie; ils en sont la plus pure expression et le dernier mot.

Après avoir contemplé Marie dans ses deux existences, après avoir recueilli les principaux témoignages de son culte, nous devons rechercher les innombrables monuments, sanctuaires et images dont il a peuplé le monde; c’est ce vaste pèlerinage que nous entreprenons pour l’honneur de Notre-Dame et auquel nous consacrons le volume suivant.

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