SAINT-GALL
Nous avons déjà parlé du célèbre Tuotilon, à propos de l’Assomption et de la représentation si remarquable qu’il nous en a laissée à Saint- Gall; nous ne répéterons pas ce qui a été dit; mais, pour montrer l’amour que lui portait la sainte Vierge, nous rapporterons l’anecdote suivante, qui mérite d’être connue :
« Pendant son séjour à Met?, Tuotilon était en train de ciseler une image de la sainte Vierge lorsque deux pèlerins s’approchèrent de lui et demandèrent l’aumône. Lorsqu’il leur eut donné à la dérobée quelques pièces de monnaie, ils s’éloignèrent et abordèrent un clerc qui se trouvait près de là : « Que le Seigneur bénisse « cet homme qui nous a si bien consolés aujour- « d’hui! Mais, dites-nous, n’est-ce pas sa sœur, « cette illustre dame qui éclaire sa main et lui a apprend ce qu’il doit faire? » Le clerc, qui venait de quitter Tuotilon et qui n’avait rien vu de semblable, fut étonné de ces paroles; il retourna vers lui et, soudain, il entrevit l’apparition : a O Père, s’écria-t-il, comme disent a ces pèlerins , tu es béni par le Seigneur, toi a qui reçois pour tes ouvrages les leçons d’une a telle maîtresse! » Tuotilon les assura qu’il ne savait ce qu’ils voulaient dire, et il leur défendit, avec chaleur, de répéter la chose à qui que ce fut. Cependant, comme le bruit de cette glorieuse vision se répandait de tous côtés, le lendemain il s’éloigna, disant qu’il ne travaillerait plus dans la ville; mais, sur la feuille d’or où il
Dame des Ermites depuis son origine jusqu’à nos jours (livret acheté par les pèlerins, avec gravures, de 60 p., petit in-18).
x. Rapf : Reisen in einige Kloster Schwabens (Elangen, 1786). Voyages dans quelques cloîtres de Soual>e} en 1781, p. 137. PI. XIII.
laissait le médaillon inachevé, on trouva cette inscription miraculeuse : « Marie a ciselé ellea même cette pieuse gravure. » L’image, qui représente la sainte Vierge assise et sous des traits vivants, resta longtemps en grande vénération parmi les Messins 1. »
La sainte Vierge, dont le culte fut si brillamment mis en lumière par Tuotilon, ne déclina pas après lui. L’abbé Ulric Ier, en 984, avait fait construire quatre chapelles, l’une d’elles dédiée à la sainte Trinité, une autre à la sainte Croix; à droite de cette chapelle, il avait fait peindre l’Assomption de la sainte Vierge et lui en consacra l’autel. Nous aimons à rapprocher cette seconde représentation de l’Assomption , dans le même monastère, de celle de Tuotilon faite en ivoire au ixe siècle et dont nous avons parlé dans le premier volume (ad dexteram vero partem eiusdem capellæ Assumptionem sanctæ Mariæ cum depinxisset aram etiam ei ibidem consecravit) 2.
On conserve encore à la bibliothèque de Saint- Gall diverses images de la sainte Vierge. M. le chanoine Zardetti 3, auquel nous devons pour son obligeance tant de remercîments, nous a signalé une madone du Xe siècle, contenue dans le manuscrit 376, folio 319. La sainte Vierge est assise sur un trône enrichi de pierreries et garni d’un coussin; elle pose les pieds sur l’escabeau. Elle porte sur ses genoux l’enfant Jésus, lequel tient un rouleau ; derrière le groupe divin, tombe une riche draperie brodée et frangée. (Pl. CXV.)
Bucelin, dans sa Chronologia Mariana, rapporte ces vers qu’Hartmond, moine de Saint- Gall, composa en l’honneur de la sainte Vierge :
Ipsa (inquit) Dei Genitrix Reparatrix inclyta mundi, Quæ Dominum casto corpore concipieus Perpétua radians cum virginate pudoris Indignos famulos virgo Maria tuos