DANEMARK
es premiers germes de la foi furent jetés en Danemark par saint Ansgar, ou communément Anschaire, qui vivait au ixe siècle. Moine de la vieille Corbie, en Picardie, il passa dans la nouvelle que saint Adélard avait fondée en Saxe. C’était l’époque où Harold, prince de Danemark, venait de recevoir le baptême à la cour de Louis le Débonnaire ; il y avait été frappé des magnificences religieuses qu’il y avait vues, des somptueuses peintures qui rappelaient à ses yeux barbares, sous une forme sensible, les vérités dont on venait de l’instruire et notamment les scènes de la vie de la sainte Vierge ( Ermoldi Nigelli narratio de baptismo Haraldi , an. 826). De retour dans son pays, il n'eut rien de plus pressé que de réaliser les résolutions qu’il venait de prendre à la cour carlovingienne : il demanda quelques missionnaires et on lui envoya saint Anschaire, qui se mit à prêcher en Danemark avec un merveilleux succès.
La sainte Vierge, comme partout au commencement d’une Eglise chrétienne, laisse voir
ici sa miséricordieuse figure. Nigelle raconte son apparition à un prêtre du nom de Theutramus, entre saint Pierre et saint Paul :
Dextera pars ædes Pauli nam munere gaudet, Fulcitur læva nomine quippe Pétri.
Egregius doctor hinc claviger inde polorum,
Inter utrosque micat mater opima Dei.
Mais elle se montre d’une manière bien plus touchante à saint Anschaire. — Saint Rambert, archevêque de Hambourg au xiiic siècle, en écrivant la vie de l’apôtre danois, raconte cette vision qu’il eut dans sa jeunesse : « Une nuit, saint Anschaire crut se voir dans un endroit fangeux et dégoûtant, - tandis qu'à peu de distance, sur un sentier parfumé et fleuri, il apercevait une troupe de femmes éblouissantes de blancheur, parmi lesquelles il reconnut sa mère qu’il avait perdue n’ayant que cinq ans. Au milieu de ce groupe, l’une d'elles, plus ravissante, les dépassait tellement par sa beauté qu’il n’hésita pas à croire que c'était la vierge Marie. Charmé, il voulut s’élancer à sa rencontre; mais la mystérieuse dame le retint en lui disant qu’il
SANCTUAIRES ET IMAGES
ne jouirait de cette faveur, de la présence de sa mère et de ce jardin enchanteur, qu’ après s’être débarrassé des vanités de son enfance. » Cette vision, par laquelle la sainte Vierge l’appelait aux sublimes vertus qui ont converti le Danemark, était un fait avéré non-seulement au xiiic siècle, mais nous en trouvons déjà l’écho dans le poëme historique de Gualdon, composé en 1065 :
At millier, sanctam quam credidit esse Mariam,
Dixit ei : fili vis esse cornes genitrici !
Ostia mundana levitatis lubrica sperne. »
Inspiré et encouragé par ces faveurs célestes il prêcha si fortement les païens qu’ils ne tardèrent pas à se convertir en grand nombre; bientôt il crut pouvoir s’éloigner en confiant son œuvre à des missionnaires tirés de la nouvelle Corbie. Mais tous les soins de ces ouvriers évangéliques ne purent empêcher la Suède et le Danemark de retomber dans l’idolâtrie. Le triste état de cette Église naissante demandait le retour de son fondateur. Saint Anschaire demanda alors à Horich, frère ou neveu d’Harald, de lui fournir une église où il put prêcher l’Évangile ; il jeta les yeux sur un port de son royaume nommé Sleswig, où l’affluence du commerce lui promettait des communications faciles avec les autres contrées et une expansion plus rapide de la foi. Horich lui accorda sa demande et de plus permit à tous ses sujets de se faire chrétiens. Saint Anschaire accepta, y fonda l’église désirée et la dédia à la sainte Vierge qui prit pied ainsi en Danemark en même temps que la foi catholique.
Le saint apôtre, dont la jeunesse avait été éclairée par les visions virginales qu’on a racontées, dont les travaux ne cessèrent d’être bénis par la mère de Dieu, conserva pour elle une tendre dévotion jusqu’à la fin de sa vie; malgré les souffrances qu'il endurait, il désirait les voir prolonger pour mourir le jour de la nativité de Notre-Dame, et, dans ses derniers moments, il fit
porter un cierge devant son autel (865), ce que Gualdon célèbre ainsi dans son poëme du xie siècle :
Accendi primam quarum præcepit ad aram Virginis, æternæ peperit quæ gaudia vitæ,
Quæ reserando polum mortis conclusit abyssum, Stella Maria maris, mater jus omne tenentis.
Saint Anschaire, si pénétré de tendresse pour la sainte Vierge, dut, en évangélisant les Danois la leur communiquer profondément, et, malgré les ravages du luthérianisme, nous verrons que ce culte y a laissé encore d’importants monuments.