‹ La Sainte ViergeChapitre 1094 sur 1187 · Dict re de h 1 Conversation · texte numérisé non relu

Dict re de h 1 Conversation

a. Semaine des familles 1866, 421.

plaines ; on l’aperçoit distinctement à quatre lieues à la ronde, de même qu’en mer on aperçoit le phare pendant l'obscurité de la nuit...

Tout le versant est couvert de pèlerins, vêtus de grossiers habits de bure, tenant à la main le long bâton qui leur sert de soutien dans leur pénible voyage ; la tête et le visage de la plupart d’entre eux sont presque entièrement cachés sous un ample capuchon de même étoffe que les habits. Les uns sont à genoux, récitant tout haut des prières en se frappant la poitrine; les autres, étendus tout de leur long, le visage contre terre, poussant des sanglots et psalmodiant les litanies.

Lorsqu’on a passé la porte de la première cour, donnant entrée dans le monastère et en même temps conduisant à la chapelle, on a toujours en face de soi, de quelque côté qu’on se tourne, l’image de la madone. En effet, cette image est répétée au milieu de chaque muraille, soit des cours, soit de l’intérieur du monastère. Aucune de ces copies, cependant, ne peut rivaliser d’éclat avec la véritable image, bien qu’on se soit appliqué à Limiter autant que possible, puisque les pierres précieuses mêmes dont elle est ornée sont représentées sur des fac-similé au moyen de petits morceaux de verre de couleur, enchâssés dans la peinture.

Voici ce que, dans le pays, on sait de son origine qui se perd dans la nuit des temps; on n’a de documents authentiques sur son existence qu’à partir de Tannée 1367. A cette époque, elle était la propriété duj prince d’Opol, gouverneur de la Russie rouge. La légende assure que l’image miraculeuse a été peinte par saint Luc, et du vivant de la Vierge, sur la table en bois de Chypre, devant laquelle la mère du Christ avait coutume de prier. Elle fut sauvée du marteau des iconoclastes par l’impératrice Irène ; puis Nicéphore en fit don, avec plusieurs reliques, à Charlemagne, dont il recherchait l’alliance. L'empereur d'Occident la fit entourer d'un grand nombre de pierres précieuses et déposer à Aixla-Chapelle.

Bientôt il mit une telle confiance en cette ' image, qu’il s’en faisait accompagner chaque

SANCTUAIRES ET IMAGES

fois qu’il entreprenait une expédition militaire. Pourtant il consentit à s’en séparer tout à fait dans une circonstance solennelle. Voulant récompenser dignement un prince slave qui l’avait aidé dans une de ses grandes guerres contre les mahométans, et lui offrir ce qu’il possédait de plus précieux, il ne trouva rien qui lui parût plus digne d’être présenté à son allié que l’image miraculeuse avec laquelle il le bénit et dont il lui fit présent.

C’est ainsi, par droit de succession, qu’on la retrouve, en 1367, entre les mains de Ladislas, prince d’Opol.

Vers cette époque à peu près, le prince fut assiégé dans son château de Betz par des milliers j de Tatars. Il résista avec le courage du désespoir; mais ses adversaires revinrent tant de fois ' à la charge que les défenseurs furent réduits à leurs dernières ressources. Dans cette extrémité, Ladislas se prosterna devant l’image vénérée en implorant la sainte Vierge; à ce moment, une flèche, lancée par une fenêtre, alla frapper l’image au côté droit du cou et y fit une ouverture dont la marque subsiste toujours. Transporté d’indignation à la vue de ce sacrilège, le prince I s’élance à la tête de ses troupes, mais les ennemis sont en nombre trop considérable, et, malgré des prodiges de valeur, les assiégés sont repoussés et rentrent à grand’peine dans leurs remparts.

L’imagé vénérée va donc tomber entre les mains de ces hordes de barbares, lorsque tout à coup, à la vive clarté du jour, succède une obscurité profonde. Les éclairs sillonnent la nue, le tonnerre gronde, les Tatars s’effrayent, le désordre se met dans leur camp, Ladislas profite de l’occasion, les attaque de nouveau, les massacre ou les met en fuite.

Dire la ferveur de ses actions de grâces est presque impossible. Après la preuve éclatante qu’il venait de recevoir de la protection toute spéciale de la sainte Vierge, il voulut faire placer son image dans sa résidence d’Opol, mais, au moment de la prendre, malgré tous les efforts, on ne put la déplacer. Surpris et effrayé, Ladislas défendit expressément de renouveler la

tentative, et, quelques jours plus tard, il eut une vision dans laquelle il lui sembla que la sainte Vierge elle-même lui désignait la montagne lumineuse comme devant être la résidence définitive de l’image.

Désireux de prouver sa reconnaissance à sa bienheureuse protectrice, il s’empressa d’ordonner l’érection d’une chapelle sur la montagne et d’y faire transporter la sainte image que, cette fois, on put emporter sans nulle difficulté.

Plus tard, le prince d’Opol fit agrandir cette chapelle, qui devint une superbe église, d’une architecture étrange et d’un grand luxe d’ornements.

A son appel, les membres de la congrégation de Saint-Paul vinrent de la Hongrie et s’établirent en ce lieu, le 9 août 1382; ils y fondèrent un couvent que comblèrent de dons magnifiques le roi Louis Ier et son cousin Ladislas. »

L’image de Czenstochowa, dit le Laboureur dans sa relation du voyage de la reine de Pologne, est sur une pièce de cyprès, haute de deux coudées et d’une demi-palme, large d’une

Madone de Czenstochowa. (D’après Przezdziecki.)

coudée à trois palmes. La peinture est recouverte de perles et de pierreries qui empêchent singulièrement de juger son caractère, et, de plus, les jours de fête on l’habille de plaques de vermeil plus ou moins riches selon la solennité, qui en dérobent tout à fait les vêtements aux

CH. XV

POLOGNE

GNESNE.

regards. Le prince Czartoriski nous a montré un fac-similé qu'on vend à Czenstochowa, et qui la rappelle assez fidèlement ; mais la meilleure représentation qu’on en ait faite se trouve dans « les monuments du moyen âge^etde la Renaissance en Pologne « .

La tête de la sainte Vierge, laquelle, selon l’histoire, aurait moins souffert des restaurations que le reste du tableau, nous présente sous un assez bon dessin le caractère des madones slaves, dont la physionomie est plus douce, empreinte de plus de tendresse que les byzantines. Les yeux sont plus ouverts, ce qui donne à la ligure un aspect mélancolique ; la bouche se relève à la lèvre supérieure d’une façon plus heurtée que ne le fait le pinceau grec. Les plaques du fond qui retracent en ciselure des scènes de l’enfance et de la passion de Notre-Seigneur furent ajoutées au xive siècle 1 .

CZERWINSK.

Les chartes polonaises du xiic siècle sont d’une extrême rareté, l’ouvrage du Père Theiner n’en contient pas une seule, cependant le recueil qu’on édite aujourd’hui, et dont deux volumes ont déjà paru, nous offre quelques-uns de ces précieux documents 2. Nous y remarquons, sous la date du ier mai 1161, un acte de donation de Boleslas IV, duc de Pologne, qui nous révèle l’existence de l’église de sainte Marie, mère de Dieu, àCzerwinsk, et le témoignage de sa célébrité qui lui valait les faveurs princières. Voici le texte : « Ego Boleslaus beneficio Dei dux Polonie nominis huius, noncupacione quartus, pro remedio anime meæ iure perpetuo ecclesie

1. On peut consulter, outre beaucoup de livres polonais qu’on trouvera à la bibliothèque polonaise de Paris, l’ouvrage suivant :

Brève relatione délia prodigiosa imagine délia madré di Dlo di Chiar amont Cestocoviense. (Plaquette 111-12 trèsancienne. 1

2. Monumenta medd avi historica res gestas Polonia illustrantia , t. III. p. 19.

S. Dei genetricis Marie in Czerwinsk hec possidenda dedi, scilicet Zaskovie. #

DESIEBESIOW.

L’histoire nous apprend qu’il existait au XIe siècle, à Desiebesiow, une église dédiée à la sainte Vierge, et que Zaslaus, neveu de Miécislas, y fut inhumé en novembre 1085.

GNESNE.

Gnesne, ancienne capitale de la Pologne et située à 45)0 nord-est de Posen, n’a pas aujourd’hui 5,000 habitants; mais, au xie siècle, elle jouissait d’une grande prospérité et possédait un sanctuaire célèbre, dédié à la sainte Vierge. On rapporte, à cette époque, un prodige qui la préserva du pillage des Bohémiens. En 1038, lorsque Bretislaus envahit la Pologne, il s’avança vers Gnesne, et, n’y trouvant ni remparts ni défenseurs, il s'en empara facilement. L’avare conquérant, ne voyant aucune proie suffisante pour satisfaire sa cupidité , tourna ses convoitises contre les églises elles-mêmes. L’église Sainte-Marie, laquelle, comme métropolitaine, devait contenir plus de richesses, fut la première signalée à la spoliation. Mais la Providence prit soin de défendre ce sanctuaire vénéré ; au moment où le pri nce et la foule de ses satellites se préparaient à en franchir le seuil, ils furent frappés de cécité et plongés dans une léthargie qui dura trois jours. Ils renouvelèrent la tentative avec une audace impie et, chaque fois, ils furent victimes du même châtiment1.

Les fêtes de la sainte Vierge étaient, à Gnesne, célébrées avec une pompe toute spéciale, et le clergé revêtait des ornements magnifiques pour ces solennités2.

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