CH. III. — ETATS DE L’EGLISE. — MONTORELLA
lumière l’image du Crucifié lui apparaître entre les bois de l’animal ; saint Eustache se prosterna en adorant la main puissante de Dieu. De retour dans son palais, il raconta ce qui lui était arrivé à sa femme Taziana, qui avait eu la même vision. Ce prodige engagea les chrétiens à bâtir en ce lieu une chapelle, peut-être même du vivant de saint Eustache.
Constantin, entendant raconter cette histoire qui avait tant d’analogie avec la sienne propre, rit ériger une belle église sur la montagne témoin de l’apparition. Le père Kircher, au xvne siècle, examinant avec soin les ruines de cet édifice, ne douta pas qu’elles ne fussent du ive siècle ; il retrouva une construction faite avec les débris d’autres monuments comme c’était l’usage alors, des colonnes variées, cannelées, des marbres, etc. On conserve encore deux croix, une d’argent et une de bronze doré, qui proviennent de ce sanctuaire. La plus remarquable des découvertes fut une table de bois de chêne sur laquelle était sculpté un bas-relief de cette époque qui représentait la consécration de l’église par le pape saint Sylvestre. L’église avait été dédiée à saint Eustache et à la sainte Vierge, ainsi qu’on peut- le lire sur le bas-relief Dedicatio Beat ce Mariœ ,• on y voit aussi de côté un cerf avec l’image du Sauveur sur la tête. Ce bas-relief était suspendu aux murs de la chapelle, mais on s’aperçut que l’humidité le rongeait et' on l’avait enlevé depuis longtemps pour le placer dans le musée du duc de Poli où le vit le père Kircher. Dans la nef de l’église, sur l’autel, était une statue de bois de la sainte Vierge que les pèlerins venaient vénérer.
La dévotion entourait encore l’église de Constantin au vie siècle, quoiqu’elle eût déjà beaucoup souffert des injures du temps. Heureusement saint Benoît, qui avait fondé un de ses premiers monastères àSubiaco, distant de dix milles du mont Vulturello, allait souvent visiter la montagne sacrée, et résolut de réédifier entièrement 1 église. Avec les siècles, le sanctuaire est devenu un des plus fameux de 1 Italie, et l’affluence des pèlerins persista jusqu’au milieu du xve siècle; alors le pape Calixte III donna à ses dignitaires
ecclésiastiques les biens des bénédictins, qui furent obligés d’abandonner quelques-uns de leurs monastères ; malgré les seçours envoyés de France, le couvent de Vulturello dut être abandonné définitivement.
L’église, quoique déserte, était encore sur pied en 1605, et fut restaurée par deux cardinaux du nom de Conti. Le père Kircher vit au milieu des ruines quelques traces de peintures, un autel environné de grilles de fer, et au-dessus une statue de la sainte Vierge avec son divin fils, en bois recouverte de poussière. Ému par cette vue, il eut recours au cardinal Conti et, avec son aide, avec les aumônes qu’il put recueillir, il parvint à restaurer le sanctuaire et à ranimer la dévotion populaire à son endroit. Le jour de la consécration on y vit plus de cinq mille communions. Cette fête se renouvela tous les ans, et se continue encore aujourd’hui.
Nous lisons dans Riccardi que Sainte-Marie-de- Vulturello était jadis un lieu de pèlerinage aussi fréquenté que Notre-Dame-de-Lorette aujourd hui; les habitants, pour recevoir les pèlerins, avaient fondé des maisons, des hospices, et creusé le rocher pour permettre aux cavaliers eux-mêmes d’y aborder. 1
Ce sanctuaire, situé dans un creux de rocher comme dans une espèce d’écrin, est d’un accès difficile; la position élevée qu’il occupe permet de découvrir delà, non-seulement tout le Latium, mais la mer Tyrrhénienne et de vastes étendues des territoires des Herniques, des Samnites, des Sabins et des Ombriens. L’air y est très-salubre et le renfoncement où se trouve l’église l’abrite des vents qui régnent tout autour à cette hauteur.
Voici l’origine du mot Vultilla devenu Vultnrella, puis Montorella. On ne pouvait s’entendre sur le lieu précis où devait s’élever l’église ; alors la sainte Vierge apparut à saint Sylvestre et lui dit qu’elle voulait qu’on la bâtît sur le lieu où son fils avait, par la voix de saint Eustache, opéré tant de miracles. Saint Sylvestre, après cet avertissement divin, conseilla à Constantin de
1. Kircher, Hist. Eustachio Ma.ria.na , Rome, 1665. — Riccardi, Ut 143. — Gurop. XI 1311.
SANCTUAIRES ET IMAGES
choisir la roche Saint-Eustache. Les architectes objectant l’étroitesse du lieu, le saint pontife déclara qu’il fallait construire ubi vult ilia, ilia c’est-à-dire la sainte Vierge, et le nom Vult ilia lui est resté jusqu’à ce jour. Nous devons avouer qu’il ne reste aucune trace de cette origine.