CH. III. — ÉTATS DE L’ÉGLISE. — SPOLÈTE
(PI. CVI biS.) — Nous ne pouvons quitter Ravenne sans donner un coup d’œil à un des marbres les plus glorieux que nous conservions en l’honneur de la sainte Vierge, au tombeau qui a reçu les cendres des Pignatti et qu’on a transporté près du monument de Dante. Ce sarcophage, dont on ne voyait jadis que la face principale et dont les flancs étaient cachés parle mur auquel il était appuyé, montre au centre la figure du Christ assis sur un trône. Sous ses pieds, le sculpteur a représenté l’aspic et le basilic, symboles des erreurs qu’il était venu terrasser; deux apôtres à ses côtés semblent écouter ses enseignements. Le sens de ce bas-relief n’a été vraiment divulgué que dernièrement, au moment où l’on a remis au jour les deux sujets qui l’accompagnent sur les côtés et qui représentent l’Annonciation et la Visitation; il est apparu alors clairement, et nous suivons en cela l’opinion du père Garrucci, que ce monument tout entier est une protestation de la foi catholique contre les nestoriens; l’annonce de l’incarnation d’une part et sa manifestation dans la visite à Elisabeth d’autre part, défendent ici, par leur représentation, le dogme orthodoxe et expliquent que les monstres foulés aux pieds du Sauveur sont précisément les erreurs de Nestorius. Cette explication, qui nous semble très-juste, n’est pas intéressante seulement en elle-même, mais elle nous livre la date du sarcophage au vc ou vp siècle. On sait que l’arc de Sainte-Marie- Majeure de Rome avait été construit dans la même pensée réparatrice que nous prêtons à l’auteur de ces bas-reliefs; l’analogie ici de l’ange Gabriel avec celui des mosaïques en question confirmerait clairement ces hypothèses.