‹ La Sainte ViergeChapitre 18 sur 1187 · SAINT-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

SAINT-AUGUSTIN

Nous passons de là à l’église Saint-Augustin, bâtie en 1479 par le cardinal d’Estouteville, sur

les plans de Baccio Pintelli. Sur le maître-autel on montre le petit cadre ordinairement voilé

SANCTUAIRES ET IMAGES

qui entoure une madone de Saint-Luc. On nous soulève le voile et un bon franciscain veut bien nous fournir les traditions suivantes sur son histoire : Cette madone est attribuée à saint Luc; elle vient de Constantinople, d’où elle aurait été envoyée à Pulchérie par Eudoxie, veuve de l’empereur Théodose (450-456). Elle n’arriva à Rome qu’après la chute de Constantinople, en 1453. Avant cette date, les Grecs la vénéraient et la portaient processionnellement dans les calamités publiques; ils l’appelaient Odigitria ou Conductrice, parce qu’elle apparut à deux aveugles, les conduisit à l’église et leur rendit la vue. Cette peinture échappa au sac de Constantinople. Le 25 mars 1482, Clément-Jean Toscanella, noble romain, qui l’avait reçue de Grecs fugitifs, la donna à l’église que le cardinal d’Estouteville venait d’achever, attestant que cette image avait été vénérée à Sainte-Sophie. Il demanda que, par honneur, on la plaçât sur le maître-autel et qu'on fermât son cadre par plusieurs clefs, dont l’une resterait en possession de sa famille. L’acte de donation fut passé devant un notaire appelé Mariano Scalibastio.

Suivant une autre version rapportée par Bombelli 1 , d'après un ancien livre publié à Rome en 1504, elle aurait été trouvée dans le tombeau de saint Luc, à côté de sa tête. Cette invention eut lieu en 359. Elle fut honorée pendant des siècles à Constantinople, dans l’église Sainte-Sophie. Après la prise de cette ville par les mahométans, des Grecs fugitifs la portèrent à Rome et la donnèrent à Clément Toscanella, familier du cardinal d’Estouteville de Rouen, lequel l’offrit en 1482 à l’église de Saint-Augustin.

En 1485, pendant une peste affreuse qui sévit à Rome, le souverain pontife Innocent VIII ordonna que cette image fût promenée processionnellement dans la ville, comme autrefois à Constantinople. Sous Alexandre VII (1653), on refit magnifiquement le grand autel sur les dessins du Bernin, et on couvrit la madone de lames d'argent doré et sculpté d’ornements en relief.

En 1641, le chapitre du Vatican offrit une couronne d’or de 100 écus. On découvre l’image tous les samedis et les jours de fête de la sainte Vierge. Cette peinture est fixée sur une petite planche de bois blanc qu’on dit avoir om,45 de hauteur sur ora,34 de largeur; en la mesurant sur place, nous n’avons trouvé que om,3o; mais il est possible que le recouvrement du cadre soit cause de cette différence. Elle est légèrement concave. Marie tient l’enfant Jésus sur le bras gauche. Le coloris est obscur, les plis n’apparaissent maintenant que par la multitude de filets d’or qui les accusent; le manteau est bleu, la robe rouge; une étoile brille sur la tête.

Il est fort difficile de se prononcer positivement sur l’âge de cette peinture ; rien ne prouve l’identité de l’image de Pulchérie et de l image grecque honorée à Saint-Augustin, et la preuve contraire se déduirait plutôt de la facture du tableau qui ne semble pas appartenir au meilleur style ni à la plus belle époque. U est très-possible que beaucoup de copies, faites à Constantinople devant des originaux antiques, aient été transportées en Occident et entourées de la même vénération que les modèles. Sans doute le petit tableau dont nous parlons et que les miracles rendirent célèbre fut de ce nombre.

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