‹ La Sainte ViergeChapitre 30 sur 1187 · SAINTE-FRANÇOIS E- R OM A I N E · texte numérisé non relu

SAINTE-FRANÇOIS E- R OM A I N E

Cette église, dont l’antique origine remonte au ive siècle, puisqu’on dit que le pape saint Silvestre l’a fait bâtir sur le lieu même où les saints apôtres Pierre et Paul prièrent Dieu de confondre l’imposture de Simon le Magicien, fut d’abord dédiée à ces deux saints. Jean VII la restaura en 705 et lui donna le titre de Sainte- Mar ie-l a -Neuve, en y faisant transporter tous les objets et les vases sacrés d’une autre église qui tombait en ruine et qu’on nommait Sainte- Marie-la-Vieille. Léon IV la releva, Nicolas I9r l’orna de peintures. Un incendie l’ayant détruite, Honorius III la fit rebâtir en 1216. Elle prit enfin le nom de Sainte-Françoise-Romaine en L’honneur de l’institution des oblats de Torre di Specchi et des reliques de la sainte qu’on y déposa. Cette église reçut de nombreux témoignages de la munificence des papes et de leur dévotion envers la sainte Vierge, qui servait alors de patronne titulaire au sanctuaire. Anastase nous parle d’un grand ciborium d’argent du poids de 212 livres que Léon III lui attribua’, d’une couronne d’argent de 1 3 livres, de voiles de pourpre, enfin, après que Léon IV l’eut fait reconstruire au bord de la voie sacrée, de treize voiles de drap d'or bordés de blattin ou de soie pourpre offerts par Benoît III.

Madone dans le chœur de Sainte-Françoise-Romaine.

Madone. — Une image miraculeuse de la sainte Vierge, que l’on dit peinte par saint Luc, est suspendue dans le chœur. Elle fut, dit-on, apportée d Orient vers l’an 1 100 par Angelo

SANCTUAIRES ET IMAGES

Frangipani, qui l’exposa dans cette église ; 1 image resta deux jours au milieu des flammes sans en souffrir aucun dommage. Alors Honorius III la fit déposer provisoirement dans l’église de Saint-Adrien ; après la restauration de l'église incendiée on voulut l’y reporter, mais les voisins de Saint-Adrien s’y opposèrent, et on allait en venir aux mains lorsqu’un enfant s’écria qu’il l’avait vue partir de Saint-Adrien et retourner à son ancien asile. Cette peinture fait partie des nombreux types byzantins dont les églises de Rome nous offrent les exemples. Celle-ci, du moins, est certainement antérieure au xnfe siècle. L’enfant Jésus est debout sur les genoux de la sainte Vierge; une main divine tient une couronne au-dessus du groupe. La sainte Vierge a, comme toujours, un manteau bleu très-foncé, nez excessivement long, peau très-brune, ce qui tient peut-être à la vétusté du tableau, tète magnifique et bien modelée, type byzantin trèsprononcé, mains belles, doigts effilés. Chez l’enfant Jésus, les cheveux ondulés se détachent légèrement sur le front. (Cette tête est si raphaélique qu’il est difficile de croire qu’elle n’ait pas été repeinte.)

Mosaïque de la Tribune. (PI. LXLVI.) — Si du bas de la Tribune nous élevons les yeux au-dessus, sur la mosaïque de la voûte, nous trouvons encore un monument très-intéressant et rare dans son genre. La sainte Vierge, sous un portique, rappelle les anciens sarcophages chrétiens ; elle est accompagnée à droite et à gauche par quatre saints dans des arcades. Elle porte un costume splendide comme ceux des impératrices d’Orient, riche collerette, robe bleue parsemée de pois d’or, ceinture très-étroite, simple courroie dont la boucle imite une tète de dauphin mordant l’agrafe ; deux petites cordes en or, comme la ceinture et terminées par des glands, sortent de cette espèce de nœud ; les souliers sont noirs, avec ornements d’or; des cheveux abondants s’échappent des plis du voile surmonté d’une couronne; la figure est étonnée, mal dessinée, sans modelé; la bouche légère¬

ment souriante, formée d’un seul trait. La sainte Vierge porte un anneau au médium. Les cheveux de 1 Enfant sont violets, son nimbe crucifère, sa lèvre supérieure beaucoup plus accusée que celle de la sainte Vierge; sa jambe nue est entourée d’un anneau au-dessus du pied, qui repose sur le genou de sa mère. Ce groupe, par l’originalité du trône et de l’architecture qui l’encadre, la position de l’enfant Jésus, si rarement figurée debout à ces époques reculées, constitue un des monuments les plus précieux que nous puissions examiner dans notre iconographie; nous l’avons gravé avec un grand détail de la tête de la sainte Vierge.

On avait jusqu’ici considéré cette mosaïque comme un des derniers monuments laissés par l’émigration des iconoclastes, c’est-à-dire du ixe siècle ; mais, selon M. de Rossi, nous devrions l'attribuer à une époque beaucoup plus récente, à celle où Alexandre III (i 161) restaura l’église. Le savant archéologue se fonde sur ce souvenir historique % sur les vers léonins qu’on lisait autrefois au sommet de l’arc et dont le ixe siècle n’a pas connu l’usage; enfin sur la similitude de style qu’il constate entre la mosaïque de cette tribune et celle de Sainte-Marie-in-Transtévère.

Page 1