NOTRE- DAME-DE- LA-DELIVRAN DE
Tout l’arrondissement de Caen se ressent de la dévotion de Marie dans le chef-lieu : on rencontre partout des églises dédiées à la mère de Dieu. Un des plus célèbres est l’antique et illustre sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Délivrande, lieu de pèlerinage des plus fréquentés de la Normandie, et connu même à l’étranger. La fondation de la chapelle de la Délivrande se perd dans la nuit des temps et doit sans doute être attribuée aux premiers apôtres de ce pays. On y honorait la Vierge Marie depuis plusieurs siècles, quand les Normands se montrèrent pour la première fois ; ces barbares détruisirent tout. Deux siècles après, un mouton gratta la terre au même lieu, et lit ainsi découvrir l’antique image deNotre- Dame-de-la-Délivrande, qu’on porta en triomphe dans la grande église de Bayeux. Pendant la nuit, la statue retourna à la place où on l’avait trouvée, ce qui engagea à y bâtir une église. Pendant les croisades, les marins normands ne manquaient pas de venir au départ solliciter une bonne navigation et au retour de remercier la sainte Vierge.
Des miracles nombreux s’y manifestaient encore, lorsque les huguenots et la Révolution
j interrompirent quelque temps la dévotion qui | reprit ensuite son cours accoutumé.
Saint Regnobert, consacré à l’âge de trente ans pour succéder à saint Exupère, en 78, gouverna le diocèse pendant quatre-vingt-dix ans, et, pendant ce long épiscopat, bâtit plusieurs églises et oratoires, au nombre desquels fut Notre- Dame-de-la-Délivrande. Cette chapelle, à une j demi-lieue de la mer, à trois lieues de Caen, neuf ou dix du Havre et six de Bayeux, subsista jusqu’en 830 et fut incendiée par les Normands. Deux cents ans après, on trouva sous l’herbe qui couvrait jusqu’aux dernières traces de la chapelle, une statue de la Vierge haute d’un mètre, debout et tenant dans ses bras l’enfant Jésus; on la transféra dans l’église de Douvres, mais une main invisible la rapporta au lieu où elle fut trouvée et où l’on bâtit un sanctuaire; un grand concours de pèlerins, venus de tous les points de la France et même de l’étranger, ne tarda pas a s’y rendre.
En 1563, les protestants la pillèrent; mais la statue leur échappa, comme elle l’avait fait aux Normands. Dès le mois de juin suivant, le chapitre de Bayeux ht réparer tant de dégradations par la commune, coupable de ne s’y être point opposée. On y célébrait de vingt à vingt-cinq mille messes par an.
En 17513, tout fut dévasté et pillé. La statue, encore sauvée, fut rétablie en 1802 et la chapelle rendue au culte.
Il y vient à présent chaque année de vingt à trente processions et environ 150,000 pèlerins, parmi lesquels ont figuré dernièrement les personnages les plus illustres, tels que le cardinal Wiseman, Mgr Guillemin, préfet apostolique, évêque de Canton, etc. Des chaînes, des colliers de fer, souvenirs d’un voyageur normand qui était détenu en captivité chez les Turcs et une foule d 'ex-voto étaient suspendus aux voûtes de Notre-Dame-de-la-Délivrande. 23 détruisit tout : titres, registres, richesses; mais de nouveaux miracles ont amené de nouvelles offrandes.
La statue est habillée, de sorte qu’il est diffi-