NOTRE-DAME - DES-LETTRES, AUTREFOIS DU SALUT
On croyait que sur l’autel, le jour de l’Annonciation, des lettres reparaissaient; mais, par le fait, ce sont des inscriptions de pèlerins qui ont gravé leurs noms sur cette pierre. C’est un chapitre nouveau du culte de la sainte Vierge en France. A la place d’une simple légende, nous trouvons des témoignages d’amour pour la mère de Dieu, bien plus précieux pour nous. (Le Blant, Inscript, chrét. de la Gaule.)
NOTRE- DAME- DES-VICTOIRES
(PL CXVIII.) — On vénère aujourd’hui à Thuir une madone fort ancienne. Cette statue est en plomb et haute de om,541. La Vierge est assise, tenant sur ses genoux l’enfant Jésus. La main droite a été coupée; Camos, qui l’avait vue avant cette mutilation, dit qu’elle reposait à plat sur les genoux ; la main gauche se rapproche de la même position. La tête est ornée d’une couronne fermée, avec des perles et une boule au sommet des crochets ; il s’en échappe un voile qui encadre la figure et descend jusqu’aux épaules, où il s’arrondit en forme de guimpe. L’enfant divin, assis sur les genoux de sa mère, se présente de face, la main droite élevée, la paume tournée en dehors et marquée du stygmate, si toutefois il ne faut pas attribuer à un accident la dépression du métal et le petit trou qu’on y remarque. Sa main gauche tient un livre appuyé contre le genou. Ses pieds sont nus. Il est vêtu d’une tunique et d’un manteau ; comme sa mère il porte une couronne. La Vierge est assise dans un fauteuil en bois où on découvre encore quelques peintures; vers la partie supérieure, seule visible depuis que ce siège" a été encastré dans un grand piédestal
1. Les statues de métal sont rares dans ces pays; Camos n’en cite que deux, celle de Thuir et une autre qui est en cuivre.
SANCTUAIRES ET IMAGES
assez moderne qui a doublé la hauteur de l'ensemble.
La Vierge de Thuir est connue sous le nom de Notre-Dame-de-la-Victoire, et ce nom lui vient de loin, s'il faut en croire les récits de nos pères. Charlemagne, prêt à marcher contre les Sarrasins, avait placé la sainte image au milieu de son armée. En présence de l’ennemi, sur les hauteurs de Passa, les Francs, brûlés par une soif ardente, laissent tomber leurs armes. Charles, plein de confiance en la patronne qu’il s’est choisie, l invoque et, plongeant son épée dans le sable d’un torrent desséché, en fait jaillir une source abondante. Les soldats épuisés se désaltèrent, volent à l’ennemi et le refoulent au delà des monts. Le monarque victorieux fonda sur le lieu témoin du prodige, une abbaye qu'on appela Monestir-del-Camp . Mais Charlemagne ne fut pas toujours là pour défendre nos frontières; l'infidèle porta de nouveau le fer et la flamme dans ces champs témoins de sa défaite. Notre-Dame-de-la-Victoire fut alors soustraite à leurs profanations et sa trace resta longtemps perdue. Un befger, à la recherche d’une brebis égarée, retrouva la statue dans un bois épais qui couvrait la place où s’élève aujourd’hui Thuir. On bâtit une chapelle en mémoire de cette invention, et, peu à peu, les habitants de Thuir, alors distant d’un millier de pas, vinrent grouper leurs habitations autour du sanctuaire.
Nous devons dire que ce prodige de l’eau a été appliqué à une des campagnes de Charlemagne chez les Saxons et ailleurs.
Voici un extrait du « Jardin de Marie , planté dans la principauté de Catalogne, » édité, en 1657, par Camos, que M. le curé de Thuir a eu la bonté de nous traduire mot à mot : 9 Une image des plus victorieuses de Marie est à Thuir, sous le nom de Notre-Dame-des-Victoires. Ce n’est pas en vain qu’on lui a donné ce titre, puisqu’elle obtient pour ses dévots de nombreuses victoires.
« Elle fut apportée par l’empereur Charlemagne le Grand, et il lui dut une victoire près de Saint-Genis (village à une petite distance de
Thuir) ; elle fut laissée dans son église de Saint- Genis jusqu’à ce que, lors de la persécution des Maures, elle fut cachée dans le lieu où elle fut trouvée miraculeusement.
9 Un berger de cette ville faisant paître son troupeau dans ce lieu , alors très-propice par l'étendue de ces bois, il arriva que quelques brebis s’égarèrent; les ayant cherchées avec soin, Dieu voulut qu’il les retrouvât à l’endroit même où était cachée cette sainte image. Voilà qu’à cet événement le curé fut aussitôt informé pour donner raison de ce fait, et l’on s’empressa d’emporter la sainte image à l’église paroissiale; mais Dieu voulut que, pour perpétuer la mémoire de cette découverte, on ne tardât pas à la transporter au même endroit, et que là même on lui élevât une chapelle qui est devenue plus tard l’église paroissiale de Thuir. La paroisse s’est transportée, et cette ville est agrandie au point où elle est devenue une gentille ville.
« Cette église (l’ancienne) a deux nefs; la sainte Vierge est un chef-d œuvre, elle est en bronze (en réalité, composition de plomb et d’étain), assise sur un socle en bois, dévotement inclinée vers son fils, qu’elle tient assis sur ses genoux , le soutenant de sa main gauche et reposant sa main droite sur son genou. Son enfant donne la bénédiction avec la main droite et tient de l’autre un livre sur ses genoux. Elle mesure deux pans un quart de hauteur et, à ses pieds, on lit ces mots Mater Dei, lesquels mots sont le meilleur écusson de cette reine, puisqu'ils renferment toutes ses prérogatives.
« Sa grande fête se célèbre le 7 octobre, où l’on dit l’office de la sainte Vierge et on fait sa procession en grande solennité dans la ville, fête qui a été votée en 1631, en mémoire de la délivrance de la peste qu’elle fit cesser en ce jour. En cette procession, on porte l’image de cette grande dame, ornée de différents joyaux et de magnifiques parures, et, pour que tout se fasse avec ordre et que chaque fête ait sa solennité, on célèbre le jour suivant la fête du Saint-Rosaire.
9 Chaque samedi, la communauté de cette église (de Thuir) célèbre l’office de Notre-Dame