DIOCÈSE DE REIMS
CATHÉDRALE
Le pays rémois fut évangélisé, dès l’an 57 de l'ère chrétienne, par saint Sixte, disciple de saint Pierre, qui l’en consacra premier évêque. Il ne nous reste aucun monument de sa prédication dans ces contrées, ni de celle de ses successeurs pendant les trois premiers siècles. Saint Nicaise, évêque de Reims en 401 , consacra à Notre- Dame son église cathédrale. Notre-Dame-de- Reims devint bientôt célèbre; saint Nicaise et ses compagnons l’arrosèrent du sang de leur martyre. Clovis, après son baptême, y fit son entrée solennelle; Pépin y fut sacré par Etienne II; Charlemagne par Léon III ; Louis le Débonnaire par Étienne IV. En 8 1 6, ce dernier roi la lit reconstruire sur un plan plus vaste et plus riche; de nombreux miracles prouvèrent alors au moins la foi des peuples qui les croyaient. En 12 n, un incendie dévora la cathédrale bâtie par Hincmar. Aussitôt, plein de confiance dans la Providence, un habile architecte présenta un plan magnifique, capable d’effrayer des cœurs moins ardents par l’énormité de la dépense dont il s’agissait. Deux chanoines délégués par l’archevêque et le chapitre parcoururent les villes et les villages du diocèse, conduisant sur un chariot Notre-Dame-de-Reims. En 1232, l’éditice fut assez avancé pour que les chanoines pussent y célébrer l’office divin. Entin, au commencement du xive siècle, ce prodigieux édifice fut terminé. Les fondations des messes affluaient en si grand nombre que, dès 1321, on en acceptait difficilement de nouvelles, dans la crainte de ne pouvoir en acquitter davantage. En 1481, un nouvel incendie dévora les combles, les clochers et les tours du centre. Sans se décourager, le chapitre eut de nouveau recours à Marie et couvrit de nouveaux ornements la chapelle du Saint-Lait; 1793 transforma entièrement la chapelle et fit disparaître les reliques avec les offrandes. Il n e reste qu’une poudre blanche dans un paquet dont
l’enveloppe porte ces mots en caractères trèsanciens : Reliquaire du saint Lait de la trèssainte Vierge; une ceinture en laine blanche et bleue avec cette inscription : Ceinture de la trèssainte Vierge; enfin un petit morceau de soie rosée entourée de quelques perles sur lequel repose un morceau d étoffe avec l’inscription : Suaire de la très-sainte Vierge l.
Dans le renouvellement de l’église, toutes les pierres de l’ancien édifice n’ont pas disparu. Pénétrons dans une salle contiguë à la sacristie, et nous apercevrons le reste d’un petit portail qui jadis servait de voie de communication entre l’église et le chapitre. Les sculptures qui le décorent tranchent si étrangement avec le style de la grande église, qu’on saisit au premier coup d’œil la différence de l’origine; s’il est difficile d’attribuer cette arcade à l'époque de Hincmar, il nous paraît incontestable qu’elle remonte environ au xirsiècle. Cette relique est pour nous d’un prix inestimable, puisqu’elle nous conserve une belle statue romane et peinte de la sainte Vierge et même un arc de triomphe en son honneur. Au-dessus du linteau de la porte, la madone assise est sculptée en fort relief; elle tient l’enfant Jésus sur son bras droit, sans le laisser reposer sur ses genoux. Son bras gauche, ainsi que la tète et les deux mains de l’enfant, sont coupés. La tête de la sainte Vierge est intacte et d’une belle expression; sous le voile et la couronne qui lui serrent les tempes, on aperçoit les ondes de cheveux blonds. Le nimbe vert, cerclé d’or, est tracé sur le fond brun de la niche. Un ample manteau bleu qui retombe en plis abondants sur le trône lui enveloppe le haut du corps et fait heureusement ressortir l’or de la tunique. Le groupe divin est entouré d’un tabernacle avec arc trilobé surmonté de tours et de dômes. Ce tabernacle est soutenu par deux colonnes auxquelles sont noués des rideaux à la manière antique.
Ce n’est pas tout; l’auteur du monument a certainement voulu sculpter ici une sorte de