S A I N T E- M A R I E- A D-M A R T Y R ES
Le Panthéon qu’Agrippa, le favori d’Auguste, avait élevé à Jupiter vengeur et à la mère des dieux, était au temps de Boniface IV l’unique reste des deux cent dix-huit temples magnifiques que Rome avait érigés aux faux dieux. Le pape obtint de l’empereur Phocas la permission de le dédier à Jésus triomphant et à sa mère et en fit la dédicace en 607, la troisième année de son pontificat. 11 y fit apporter vingt-huit chars remplis de reliques de martyrs enlevés dans divers cimetières de Rome et les plaça convenablement près du grand autel. Il dédia le sanctuaire à la mère de Dieu et à tous les saints, et, à cause des ossements des martyrs qu’il venait d’y rassembler, il voulut qu’on l'appelât Santa-Maria-ad-Martyres. C’est ainsi que le temple de tous les dieux
SANCTUAIRES ET IMAGES
devint la demeure de tous les habitants du ciel. L’ÉHise romaine célébrait la fête de la dédicace
le 13 mai. En 645, Constantin , venu à Rome sous un masque ami, saccagea la ville pendant douze jours, enleva les bronzes qui couvraient la coupole et les fit porter à Constantinople pour l’ornement de son palais; c'est ce qu’atteste Anastase le Bibliothécaire dans la vie de saint Vitalien. Benoît II l’enrichit en 684 de dons magnifiques. En 735, Grégoire III couvrit la coupole en plomb. Saint Adrien (772) donna à l’église de riches étoffes de soie et de lin; il restaura le ciborium d’argent ruiné par le temps en y ajoutantôolivres du mêmemétal. Léon IV (847) lit élever un ciborium d’argent du poids de 5o4livres, il y déposa une couronne d’argent, des parements blancs tout en soie, ornés de rosaces et de pieuses représentationsenbroderies.Vers 1434, Eugène IV déblaya le portique, le nettoya et démolit les constructions qui encombraient l’édifice de manière à l’isoler complètement. En 1662, Alexandre VU abaissa le sol de la place pour mieux voir le portique et remit deux colonnes de granit trouvées près de Saint-Louis-des-Français pour remplacer celles qui manquaient à gauche.
A la place où s’élevait jadis la statue de Jupiter, au-dessus du grand autel, on vénère une ancienne et sainte image de Marie que Boniface IV y plaça et qui provient d'un pinceau grec. Les miracles nombreux opérés devant elle y signalèrent la foi des fidèles et la puissance de Marie. Elle passait pour être de saint Luc et pour avoir été apportée à Rome parsainte Véronique avec des cheveux de la sainte Vierge et le saint suaire. Jadis déposée dans la chapelle Sancta- Sanctorum du Latran , portée processionnellement par saint Grégoire le Grand, elle fut donnée par Boniface IV à Sancta -Ma ri a-a d-Ma rtyres . où nous la vénérons aujourd’hui. Elle est aujourd hui placée au fond d’une niche carrée d’environ om,7o, fermée par deux volets et entièrement couverte de plaques d’argent, à l’exception des têtes et des mains. Nous l’avons vue ainsi le jour de la Toussaint, ou elle est exposée aux regards publics. La sainte Vierge tient
l’enfant sur son bras gauche. Le maintien de la madone est rigide, la figure de face et les tempes serrées d’un voile. L’obscurité du lieu
Madone au-dessus du maîlre-autel à Santa-Maria-ad-Martyres.
empêche qu’on ne l’étudie facilement, et la peinture qu’en a fait prendre le chapitre ne nous paraît pas assez conforme au caractère byzantin pour qu’on puisse établir sur de telles données une description satisfaisante.