‹ La Sainte ViergeChapitre 698 sur 1187 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

NTIQUITE DU CULTE. —

On raconte que Trajan, visitant une ville d’Espagne, y plaça son tombeau avec cette inscription : Hœc estcella mea.

En supprimant les deux premiers mots, on en lit Cella mea, qui est devenu le nom de la ville. Le tombeau, qui ne servit jamais à Trajan, fut bientôt transformé en une église que l’on dédia à la mère de Dieu, qui y lit une foule de miracles éclatants; de là le titre de Miraculis donné à l’image. Nous citons cette légende en mettant le pied en Espagne, pour rappeler que le culte de la sainte Vierge est fort ancien et que l’entrée de la foi chrétienne et de la sainte Vierge dans l’antique Ibérie fut simultanée.

Si ce culte virginal existait déjà sous les Romains, à plus forte raison le voyons-nous se répandre sous le règne gothique ; malheureusement l’invasion musulmane, inondant toute la péninsule et n'arrêtant qu’aux montagnes des Asturies ses flots destructeurs, nous a privés de beaucoup de monuments qui nous serviraient aujourd hui de témoins. Nous verrons toutefois, dans la suite de cette étude, que ces restes sont loin de nous faire défaut ; le beau travail de

M. de Hübner sur les inscriptions chrétiennes d’Espagne nous en a fourni un grand nombre.

M. Antoine de Latour1, qui connaît admirablement ce pays et qui a bien voulu mettre à notre profit quelques-unes de ses connaissances, est convaincu, comme nous le disions tout à l’heure pour la France, que les madones enterrées ou cachées pendant la période arabe sont revenues au jour lorsque les Espagnols ont été délivrés; il est persuadé que ce souvenir, consigné dans une quantité de légendes, est l’expression de la vérité.

Je me contenterais, au reste, de l’instinctive, universelle et ardente dévotion de l’Espagne en l’honneur de Marie, pour croire à l’antiquité de son culte. Cet élan de tout un peuple vers une pensée pieure, d’un peuple surtout si fier de son histoire, de ses luttes centenaires contre les infidèles, si jaloux de ses traditions, si attaché à leur conservation, nous en fournit un témoignage vivant, à peu près comme on peut juger de la profondeur des racines d’un arbre par l’élévation de ses branches et l'épanouissement de son feuillage. Dans cet amour des Espagnols pour la sainte Vierge on sent vibrer plus qu’une dévotion

i. M. Antoine de Latour avait préparé un ouvrage spécial pour les ma Jones d’Espagne que les vicissitudes politiques ne lui ont pas permis de publier.

CH. X

ESPAGNE

BANBOLA.

ordinaire, mais un sentiment de reconnaissance et le désir de payer une sorte de dette nationale. En effet, en ouvrant leur histoire, on s’aperçoit que la sainte Vierge les a préservés d’une servitude définitive, et qu’elle a ouvert miraculeusement à leur liberté vaincue un asile où elle a pu reprendre les armes.

On sait que les Goths, amollis par un long repos et par la faiblesse d’une dynastie grecque, tombèrent sous les premiers coups des Arabes. Dans l’espace de quinze mois, toute la péninsule, qu’il fallut huit cents ans pour reconquérir, fut subjuguée. Un grand nombre d'habitants s’enfuirent dans les montagnes. Parmi les Goths qui cherchèrent ce refuge, se trouvait Pélage, fils de Favila, duc de Cantabrie, et issu de sang royal. Les réfugiés accourus de toutes parts le proclamèrent d’abord leur chef et ensuite leur roi.

Mais l’ennemi ne tarde pas à s’apercevoir de leur retraite, il les poursuit et les traque dans les montagnes des Asturies. Pélage , refoulé de vallée en vallée, désespéré et n’attendant plus aucun secours des hommes, se réfugie avec une petite troupe dans une grotte appelée Cavadonga. Cette grotte et ce rocher avaient été jadis consacrés à la sainte Vierge, et sous ce vocable protecteur il se croit dans une citadelle inexpugnable. Il semble que les infidèles eux-mêmes aient partagé ce sentiment, car ils lui envoient (716) avec des présents un Grec parjure, Oppa, pour l’engager à se rendre, a Vous savez, mon frère, dit Oppa, que toutes les forces réunies de l’Espagne n’ont pu résister aux Arabes, comment l’espérez-vous dans ce trou de montagne? Croyez mon conseil, traitez avec eux et vous jouirez de tous vos biens, a Mais Pélage, comptant sur la protection de Marie, à laquelle la montagne était dédiée, s'écrie : a De cette petite montagne descendra le salut de l’Espagne et le rétablissement des Goths. a Oppa retourne alors vers les Arabes en leur annonçant que la force seule pouvait venir à bout de l’opiniâtreté des chrétiens.

La multitude des Arabes se rue aussitôt contre la caverne et la poignée de ses défenseurs , ils

leur jettent une grêle de traits; mais à leur grande surprise, au lieu de pénétrer dans la grotte, ces traits heurtaient les rochers et revenaient les frapper. Une main mystérieuse semble en sortir pour saisir les projectiles et les retourner contre eux. Ce prodige les trouble, ils comprennent que la lutte s’établit contre une force surnaturelle. Alors Pélage s’aperçoit de l’hésitation, il sort de la caverne, fond sur les Maures, les culbute , les écrase sous des quartiers de rochers au fond des vallées, en tue 20,000 et en disperse 60,000 autres.

C’est ainsi que la nation des Goths abâtardie se régénère dans un antre de montagne, et que là, sous la main triomphante de la sainte Vierge, elle en sort nation espagnole, avec la mission de reconquérir la péninsule et de consacrer au Christ le nouveau monde; c’est là, dans cette gorge de Cavadonga, qu’un pacte est conclu entre la sainte Vierge et l’Espagne, pacte séculaire, dont nous allons constater les innombrables bienfaits en visitant les sanctuaires et les images de la madone.

ALCANICÈS.

Dans la ville d’Alcanicès ( province de Zamora) , au couvent des Franciscains, on vénère une image miraculeuse de Notre-Dame-de-la- Salud. Elle porte l’Enfant du bras gauche. Il est difficile , à cause des vêtements qui la recouvrent, de s'imaginer son attitude.

BANBOLA.

Banbola est située près de Calatayud, province de Calatayud. En l’an 1120, au moment où la ville de Banbola venait d'être délivrée du joug des Maures, un habitant eut le bonheur de trouver une image de Marie à l’endroit même

SANCTUAIRES ET IMAGES

où elle est aujourd’hui vénérée. Aussitôt on s’empressa de lui élever une église et des autels qu’on chargea de présents, et de lui rendre un culte qui continue toujours, aussi bien que les bienfaits miraculeux de la sainte Vierge1.

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