BURGOS
Le souvenir du culte de la sainte Vierge est associé à la mémoire du Cid à Burgos. Alphonse VI n avait pas oublié son ressentiment contre le Cid, et lorsque celui-ci s’aperçut qu’il n’avaitaucune grâce à en espérer, il s'éloigna et chemina par Burgos. Arrivé à Sainte-Marie . il descendit aussitôt de sa monture, il se jeta à
genoux et pria avec ardeur. Quand cet exilé s’agenouillait à Sainte-Marie, avant de sortir par la porte du fleuve, l'humble église était encore bien loin du moment où, sous les auspices de saint Ferdinand, elle devait élargir ses murailles, élever ses voûtes et devenir Notre-Damede-Burgos; pourtant la cathédrale garde avec piété le souvenir du héros humilié qui pria sur ses dalles1.
Au sud-ouest de Burgos et sur la rive gauche del’Arlanzon, au bout de quelques allées vertes qui consolent la vue de la nudité des campagnes voisines, s’élève une forteresse monastique, entourée d’une double enceinte crénelée : nous avons devant nous Santa-Maria-la-Real de las- Huelgas fondée par Alphonse VIII en 1195 ; l’abbesse en était revêtue d’un pouvoir extraordinaire.
Si les rois ont délaissé Burgos la vieille ville a gardé une reine qui la fait vivre, qui n’a pas cessé d'y habiter une magnifique demeure : cette reine est la Vierge Marie. En effet, dans la pensée du moyen âge, le domaine d’une église épiscopale appartient au saint titulaire de la cathédrale. C’est lui qui paraît dans les actes pour recevoir les legs et les donations; il a la garde du patrimoine ecclésiastique et le soin d’en châtier les profanateurs. Burgos était donc dit domaine de Notre-Dame, et voici comment : Une légende bien connue rapportait que saint Jacques évangélisant l’Espagne s'était arrêté à Saragosse, où il avait converti huit païens. Fatigué peutêtre de la dispute, il s’endormit au pied d’une colline ; tout à coup, portée par un groupe d’anges, la Vierge descendit des airs sur la colonne, et, s’adressant à l apôtre, le remplit d’une ardeur nouvelle. Alors saint Jacques s’enfonça plus avant dans le pays, pénétra au cœur de la vieille Castille, jusque dans la1 ville d’Anca, et y laissa pour évêque son disciple Indalecius. Mais Anca et son siège épiscopal, emportés dans l’invasion musulmane, disparurent jusqu’en 1075, où l’évêque Ximeno transporta à Burgos les osse-