‹ La Sainte ViergeChapitre 720 sur 1187 · MADRID · texte numérisé non relu

MADRID

notre-dame-d’atocha.

L’église de Nuestra-Sehora-d’Atocha (Notre- Dame-du-Buisson) est une des plus considérables de Madrid; elle est située à un quart de lieue de la ville, dans un vaste couvent de dominicains. A côté de la nef de l’église on découvre une chapelle fort sombre, mais que plus de cent lampes d’or et d’argent éclairent nuit et jour. On y voit une figure miraculeuse de la sainte Vierge, tenant un petit enfant Jésus dans ses bras1.

Les uns la font remonter au concile d’Éphèse et disent qu’on écrivit dessous Theotocos, en grec « mère de Dieu », ce qui l’a fait appeler Theotoca dans les anciens monuments, d’où viendrait son nom. Les autres la font remonter à saint Luc.

On assure que saint Ildefonse, qui mérita de recevoir de la mère de Dieu un vêtement d’une blancheur éclatante pour avoir défendu le dogme de sa virginité, avait une tendre dévotion pour Notre-Dame-d’Atocha, la visitait fréquemment, lui offrait de la cire et de l’huile et, dans une lettre qu’on prétend conservée dans les archives de Tolède, il invitait un prêtre de Saragosse à venir lui rendre de pieux hommages.

Dans la première moitié du xie siècle, Ramire était roi d’Aragon et de Navarre, tandis que les Maures occupaient presque toute l’Espagne en vainqueurs cruels. Ramire désespérait du salut de sa patrie et il était disposé à chercher la mort

SANCTUAIRES ET IMAGES

au milieu des bataillons ennemis. Il avait deux filles qu’il ne voulait pas abandonner à la brutalité des musulmans; il les conduisit à l’église et les immola devant l’autel de la mère de Dieu, puis marcha contre l’ennemi. Il remporta une victoire éclatante et fit un massacre épouvantable des vaincus. Cependant sa joie était cruellement traversée par le souvenir du sacrifice de ses deux filles, lorsqu’à son retour il les trouva toutes deux vivantes. La sainte Vierge leur avait replacé la tête sur le corps, et il ne restait qu’une légère trace de la décollation pour attester le miracle 1.

Voici encore, à propos de cette madone, ce que raconte M.Pouget. Pendant l’invasion sarrasine, un pieux serviteur de Marie, Garcia Ramire, allait souvent prier dans ce sanctuaire, qui était extérieur, et s’établit même avec sa famille dans le voisinage. Un jour, entrant comme d’habitude dans l’antique sanctuaire, il s’aperçut que la statue n’était plus dans la niche. Désolé, il se mit aussitôt à la rechercher, et, pendant qu’il errait dans les environs, il l’aperçoit tout à coup au milieu d’un buisson sur une des collines qui dominent la Vega de Man^anares. Il se résout bientôt à construire en cet endroit ce sanctuaire dont la translation miraculeuse semblait lui désigner la place. Les Maures s’imaginent que les chrétiens se mettent à bâtir sur cette montagne une citadelle; iis envoient une troupe pour disperser les constructeurs; mais Garcia, avec une poignée d’hommes, s’élance sur eux et les défait; puis il profite de la victoire, et avec sa petite armée, grossie par les chrétiens que son triomphe lui amène, il s’empare de Madrid. Sa conquête, il est vrai, fut éphémère ; mais en la rendant à des forces supérieures, il fit promettre aux Maures de respecter le sanctuaire d’Atocha, ce qu’ils n’oublièrent jamais pendant tout le temps de leur domination.

Alphonse VI, qui s’empara de Tolède en 1085, professait une grande dévotion pour ce sanctuaire; il lui fit hommage de son étendard victorieux, qu’on suspendit aux murailles.

x. Gumppenberg, X[, 1426.

Saint Isidore le Laboureur, que la Providence fit naître à cette époque de restauration et de liberté, venait fréquemment visiter le sanctuaire de Notre-Dame-d’Atocha. Il voulut perpétuer après sa mort (1130) le souvenir de sa vénération; c’est dans ce sentiment qu’il régla que la confrérie par lui établie irait tous les ans en procession à Notre-Dame-d’Atocha. Son épouse partageait sa piété pour Notre-Dame-d’Atocha; elle l’accompagnait dans les stations qu’il faisait de grand matin et terminait ces pèlerinages par Notre-Dame-d’Almudena, autre antique image qu’on vénère dans une église de Madrid.

L’église fut pendant quelques années desservie par des chapelains ; mais, dans la suite, grâce aux dons des fidèles, Don Juan, archevêque de Tolède, put y installer les chanoines réguliers de Sainte-Léocadie.

L’église n'a rien de remarquable, mais la chapelle était autrefois ornée avec une richesse extraordinaire ; plus de cent grosses lampes d’or et d’argent y brûlaient nuit et jour.

Voici la description de l’image que nous empruntons à l’historien des sanctuaires de Marie en Espagne : cette image est faite d’un bois incorruptible et la sculpture est bien conservée; elle a près d’un mètre de hauteur ; elle est assise sur un fauteuil du même bois ; elle tient l’enfant sur le côté gauche et de la main droite lui offre un livre et un fruit. La couleur est d’un brun foncé et mat. L’ensemble du visage est agréable, un peu oblong, les yeux grands, bien fendus, les sourcils arqués, le nez aquilin, le front découvert. Elle est couronnée; elle a sous les pieds un escabeau sur lequel retombe son manteau. Son vêtement, d’un rouge terne, est bordé d’un cordon de pierres précieuses. Le manteau ressemble à un tissu d’or parsemé de fleurs de lis. Le trône est couvert d’or et de fleurs. On y remarque à gauche quelques anciens caractères sur lesquels on a beaucoup discouru sans en conclure rien de bien positif1.

x. Pouget, Histoire des principaux sanctuaires de la Mère de Dieu.

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