Gumppenberg, XII
« 20 La Virgen del Coral, à Saint-Ildefonse, peinte comme la première sur la muraille et dans le même style;
« 30 La Virgen de Rocas cAmador,à. peu près dans les mêmes conditions, passe pour avoir une origine française.
« Il y a encore une Vierge en pierre qu’on a trouvée dans les ruines d’un vieux édifice et qu’on nomme la Virgen de la C ueras (de la Cosse) ; on ignore son âge, mais on ne doute pas qu’elle ne soit fort ancienne. Elle est de petite dimension et disgracieuse ; aucune tradition ne l’a rendue populaire. »
M. le duc de Montpensier possède une Vierge de bronze extrêmement ancienne, qu’il a eu l’insigne libéralité de faire photographier pour nous et que nous avons insérée dans nos planches. (Pl. CXXXIV ; nous la figurons de face dans la vignette ci-jointe.)
Voici son histoire en quelques mots : elle fut vénérée par le comte Fernan Gonzalez Ier de Castille qui la portait dans les arçons de sa selle, puis conservée dans le monastère bénédictin
CH. X. — ESPAGNE
SEVILLE
d’Arlanza fondé parle comte dans la province de Burgos. A l’époque de la sécularisation des couvents, en 1836, les moines D. Domingo Alameda et D. Mauro Nieto la réservèrent avec d’autres curiosités. Elle passa successivement du palais épiscopal de Burgos à la possession de D. Eusebio Campuzano, doyen de Séville, et aujourd'hui elle appartient à M. le duc de Montpensier.
Nous devons ajouter que si cette statuette, qui remonte sans doute à la tin du xne siècle, a mérité par ce long séjour le droit de naturalisation espagnole, nous croyons son origine française ; son style rappelle trop celui des ateliers de Limoges à cette époque, pour que nous puissions hésiter1.
Parmi les nombreuses madones à Séville, parmi les plus anciennes, M. de Latour a bien voulu nous citer celles del Valme, de la Salud, de la O. de la Mercedes et surtout la plus célèbre, que saint Ferdinand portait, dit-on, au pommeau de sa selle et que ses triomphes sur les Maures ont fait surnommer de la Victoire. Ce souvenir la reporte au commencement du xn Ie siècle et je ne la crois pas en effet plus ancienne. On la conserve dans la cathédrale de Séville comme une des plus précieuses reliques. Elle est taillée dans un beau morceau d’ivoire qui jadis était couvert de peinture, comme on peut le voir dans les cheveux, les yeux, sur les lèvres et d’après les traces d’arabesques qui ornaient les bords du manteau. Elle est assise, voilée ; elle tient l’enfant Jésus sur le genou gauche. Sa physionomie ainsi que celle du Sauveur est souriante. Les plis sont beaux, bien étudiés, et la lumière produit dans
leurs contours des effets d’ombre magnifiques.
La main droite paraît rapportée ; les doigts au
moins en sont modernes (PI. CXXXIV). fa. Vierge dw .
NOTRE-DAME DE-LOS-REYES
Les souvenirs de cette madone remontent aussi à saint Ferdinand, qui la priait souvent, surtout quand il entrait en campagne. C est à ses pieds qu’il demanda à la sainte Vierge la conquête de Séville, laquelle s’accomplit le 22 novembre 1248. Le saint roi la lit placer en grande pompe dans la nouvelle cathédrale de Séville, où les fidèles la vénèrent aujourd'hui. On conserve à ses pieds, dans une arche d'argent, le corps du saint roi. Cette madone est symétriquement composée : elle est assise , elle tient l’enfant Jésus au milieu de ses genoux, dans l’axe du groupe.
Avant de quitter Séville , signalons quelques noms de villes andalouses qui prouvent la survivance du souvenir de Marie au milieu de la domination arabe. Edrisi parle de Santa-Mariael-Gharbe, jolie ville à douze milles de Tabira.
Ce nom de Sainte-Marie avait jadis été respecté des Maures. Près de Medina-Celi, deux belles villes bien bâties, Santa-Maria Ebn-Razin, Santa- Maria El-Font, rappelaient aussi l’antique vénération de l’Andalousie pour la sainte Vierge.
Nous trouvons dans Hübner une inscription qui prouve que l'usage de porter le nom de la sainte Vierge était répandu dans le midi de l’Espagne :
-|- Maria fidelis Chris ti in vita sua hune diligens locum...
1. Voici, à ce propos, la lettre que M. de Latour a eu la bouté de nous écrire : « Mon cher Monsieur, je crois vous donner une nouvelle qui vous réjouira en vous annonçant que je vais très-prochainement recevoir de Séville et mettre à votre disposition une photographie de cette Vierge des batailles dont Fernan Caballero vous a parlé. Monseigneur le duc de Montpensier, qui la possède, a bien voulu, sur ma prière, faire faire cette reproduction et j’ai lieu de croire qu’elle sera accompagnée d’une relation écrite par le dernier possesseur. Recevez, je vous prie, la nouvelle assurance de tous mes sentiments distingués.
« Signé : Ant. de Latour. »