‹ La Sainte ViergeChapitre 836 sur 1187 · CH. XI. — HOLLANDE. — UTRECHT · texte numérisé non relu

CH. XI. — HOLLANDE. — UTRECHT

Son successeur, Baldric, continua ces traditions de zèle et de dévotion envers la sainte Vierge; il construisit dans ce monastère de Sainte-Marie une crypte sous l’autel qui existait

déjà1 11.

A la fin du même siècle, l’évêque Conrad songea à élever aussi une cathédrale sous le vocable de la sainte Vierge. Les motifs qui amenèrent cette fondation et ses détails en sont rapportés par l’épitaphe de cet évêque.

L’empereur*, selon cette inscription, se voyant, après la conquête d’Italie, fermer devant lui les portes devant Milan, en conçut une telle colère qu’il livra la ville rebelle au pillage et à l’incendie; les flammes ne respectèrent même pas un temple construit en marbre éblouissant et consacré à Marie. Il gémit ensuite de ce sacrilège et se proposa n’importe dans quel lieu de l’univers d’élever sous ce nom béni un nouveau sanctuaire. Alors Conrad, qui l’avait soigné étant enfant et qui depuis avait été son actif compagnon d’armes, l’engagea à choisir Utrecht pour sa fondation. Le prince accepta, et on construisit dans cette ville une église d’une hauteur merveilleuse, dont la solidité égalait la hardiesse ; elle était accompagnée de campaniles élevés, ses nefs voûtées s’appuyaient sur une suite de puissantes colonnes. Enfin Conrad institua, pour célébrer continuellement les louanges de la Mère de Dieu, un collège de chanoines et des prébendes.

La hauteur majestueuse de cette basilique était d’autant plus extraordinaire que le sol d’Utrecht, à cette époque surtout, offrait plus de difficulté aux constructeurs. En creusant le terrain pour les fondations on trouvait une vase inconsistante sur laquelle on ne pouvait se fixer. Personne ne voyait de remède et tous les maçons qu’on appelait n’imaginaient aucun expédient.

1. Baldericus noviom. chronic. cameracens. — 1018. Baldericus episcopus in vico Traiectensi in monasterio sanctæ Marias condidit criptam desuper jam altari erecto. Pertz VII, 471.

2. Il semble qu’il y ait confusion dans la rédaction de l’inscription et' que ce fait soit relatif à Barberousse, ce qui retarderait la fondation de l’église. Henri IV régna de 1056 à 1097; Frédéric Barberousse de 1x52 à 1x90.

On était sur le point de renoncer à l’entreprise, lorsqu’un nommé Frison se présenta en répondant de donner de la solidité au terrain. Mais comme il demandait pour l’exécution une somme immodérée, l’évêque, qui semble avoir perdu dans la fréquentation de la cour la sainte délicatesse de son ministère, par des moyens peu scrupuleux parvint à saisir son secret et en profita pour la construction. Plusieurs années s’écoulèrent et Frison conservait toujours un profond ressentiment contre lui. Cette haine devint même si violente qu’un jour, pendant que le prélat disait ses heures, en iopp, il se jeta sur lui et le poignarda.

Petit, dans la chronique de Hollande, transcrit l’épitaphe suivante où ces événements sont rappelés et l’édifice décrit :

Tempora cum causis, ternpli venerabilis huius Quisquis nosce cupis, metra te subscripta docebunt. Henrico quarto Romani sceptra regente Imperii, quurn jam totam victricibus armis Subderet Italiam, soli præcludere sola Urbs Mediolanum portas est ausa rebelles.

Quum tandem captam spoliis prius auctus opimis Evertit victor : nec templo flamma Mariæ Virginis abstinuit, candenti marmore structo.

Unde dolens, mentemque pio succensus amore, Instaurare novam venerandi nominis ædem Proposuit, quocunque solo, solisque sub axe.

Tune Traiectensis Præsul, nutricius olim Principis et ducis semper cornes acer in armis,

Nomine Conradus, tulit hoc a Cæsare munus,

Ut templum sublime loco fundaret in isto,

Turribus excelsis constructuraque perenni,

Adjectis donis et multo Cæsaris auro Q uare vides firmïs subnixum stare columnis3 Fornice perpetuo fastigia summa tegente Hoc fanum Præsul venerabilis ipse dicavit Primus, et instituit præbeudas, canonicosque Dicturos laudes tibi, Virgo Maria, perennes.

Malgré la majesté et la solidité de l'édifice il devint en 1131 ou 1148 la proie d’un incendie, qui dévora les églises de Saint-Martin, de Saint- Pascal , de Saint-Jean-Baptiste et de Saint- Pierre : « Civitas (dit une ancienne chronique) pro magna parte concrematur, scilicet palatium et mai or ecclesia sancti Martini et alterius, sancti Bonifacii, et tertia sanctæ Mariæ. » Un nouvel

SANCTUAIRES ET IMAGES

incendie se déchaîna en 1173 contre l’église qu’on avait sans doute restaurée dans l'intervalle. Du reste, il semble que deux églises d’Utrecht fussent à cette époque consacrées à la sainte Vierge, car on les voit mentionnées sous les deux noms différents de Sanctœ Mariœ Civilis et Sanctœ Mariœ Minoris.

C’est sans doute à cette circonstance qu’il faut attribuer la fondation d’une église Sainte-Marie par l’empereur Henri V (1106 + 1125) :

« Henricus V subegit Saxones et fundavit ecclesiam Sanctæ Mariæ in Traiecto super Renum, juxta formam in vetustissimo libro ecclesie predicte scriptam1. »

En 1 198 2, le comte de Hollande, Thierry, concéda à l’église Sainte-Marie d’Utrecht une terre à Poeldijk. A la même époque un chanoine de l’église construisit du côté nord une chapelle pour la mémoire de son père, et en paya la dépense; l’évêque Isfrid, le xne des kalendes de décembre, consacra le nouveau sanctuaire à la mère du Seigneur et à saint Jean évangéliste. L’acte où ces faits sont consignés porte trois sceaux de cire verte dont l’un d’eux nous conserve l’image de la sainte Vierge avec cette inscription en exergue :

Page 1