COVENTRY
Coventry est encore un des sanctuaires anglosaxons de grande réputation. L’histoire de son origine est associée au nom d’une princesse anglo-saxonne, Godiva, comtesse de Mercie, que Roger Hoveden appelle sanctœ Mariœ semper Virginis C/lmatrix devota , et Henri Kughton Beatœ Mariœ Cultrix. Elle se maria à Leofric, vers 1005.
L’hymne funèbre qu’elle chantait fut, dit-on, celle de saint Ambroise.
Maria, Mater gratiæ,
Mater misericordiæ,
Ab hoste tu nos protégé Et mortis hora suscipe.
Le comte Leofric et Godiva fondèrent, en 1043, le monastère bénédictin de sainte Marie, dont il ne reste aucun vestige. L’église se faisait remarquer entre toutes celles d’Angleterre par ses richesses extraordinaires. Godiva, employant à cette pieuse destination tous ses trésors, y envoya les plus habiles orfèvres qui fabriquèrent une multitude de croix, d’images et de merveilleux ornements pour la dévotion de l’église. Guillaume de Malsmesbury dit qü’il y avait une telle abondance d’or et d’argent que les murs semblaient trop étroits pour les contenir et que les yeux éblouis croyaient voir un miracle de la puissance divine plutôt que les présents d’une
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reine. Le bois supportant les châsses était tout recouvert de métaux précieux. Au temps de Guillaume Rufus, évêque de Chester, qui transféra son siège de Chester à Coventry, l’argent enlevé d’une seule poutre fut estimé à 500 marcs.
Nous avons gravé (PI. CXXXIX.) un sceau du prieuré de Coventry, représentant la sainte Vierge assise, voilée et allaitant le Sauveur; on lit dans l’exergue : SIGILLVM SANTE (sic) MARIE DE COVENTRE. La longueur est de om,07o.
Mais le plus riche comme le plus célèbre de ses ornements fut le chapelet de gemmes que Godiva, sur son lit de mort, désira qu’on mît au cou de la statue de Notre-Dame et qui fut évalué 100 marcs d'argent. Ces gemmes étaient enfilées à la façon des grains du rosaire et lui servait à compter le nombre de prières qu’elle voulait réciter. Godiva demanda que les visiteurs de l’église dissent autant de prières qu’il y avait de grains à ce chapelet ; ceci prouve l’antique usage du rosaire qu’on fait remonter au vénérable Bède. Gabriel Bucelin, dans sa Chronologie Benedictino-Mariana, déclare que cette dévotion produisit de merveilleux résultats chez les Anglais et qu’elle leur valut beaucoup de victoires sur les Danois. Alain de La Roche, le grand dominicain qui prêcha le rosaire pendant le xvc siècle, rapporte que les plus anciennes images de Marie en Angleterre avaient des chapelets dans leurs mains.
Sous le règne troublé du roi Etienne, Robert Marmion, lord de Tamworth, s’empara du monastère de Sainte-Marie, renvoya les moines et convertit en forteresse l’église, qu’il défendit contre le comte de Chester. On prétend que l’annonce de la punition de ce sacrilège se manifesta par le sang qu’on vit paraître entre l’église et le monastère. Roger de Hovedon nous assure en avoir vu les traces de ses propres yeux. Quoi qu’il en soit, la punition ne tarda pas; Robert, en attaquant son adversaire, tomba dans une tranchée, où une flèche l’atteignit au pied, et il mourut bientôt de cette blessure avant que
SANCTUAIRES ET IMAGES
la sentence d’excommunication, que ses crimes lui avait attirée, ne fût levée1.
Leofric et Godiva furent enterrés dans les deux portiques de l’église. Outre leurs bienfaits à ce monastère, ils dotèrent magnifiquement d’autres églises et surtout les trois fameux sanctuaires de Notre-Dame à Evesham, Worcester et Stow, le dernier desquels était la maison mère de l’abbaye d’Eynsham, près d’Oxford. A propos d’Eynsham, nous raconterons un fait consigné dans les anciennes chroniques de cette abbaye et qui peut bien prendre place ici. Un moine d’Eynsham avait une dévotion spéciale envers la sainte Vierge, à laquelle il devait de très-grandes faveurs ; se rendant au lit de mort d'un jeune écolier de l’abbaye, il le trouva environné de démons qui cherchaient à le troubler par des tentations, pendant que les exorcistes l’arrosaient vainement d'eau bénite. Le moine se mit alors à invoquer la sainte Vierge qui lui apparut et dont la présence mit aussitôt les démons en fuite; elle se manifesta non-seulement à lui, mais aussi au pauvre moribond qui, pour témoigner sa reconnaissance, entonna le Gaude, Maria virgo , et expira doucement après.
CROSS-RAGUEL ( oAynsliire ).
(PI. CXXXVII.) — Dans une tourbière voisine de l’abbaye de Cross-Raguel, on a trouvé une statuette en bois de chêne, autrefois recouverte de feuilles d’or.
Nous devons le dessin que nous avons gravé dans nos planches à M. Goldie. Quoique fort mutilé, ce groupe présente des traits certains d’archaïsme. La sainte Vierge est assise et portée sur une sorte de piédouche circulaire ; sa tête et son bras droit ainsi que celui de l’Enfant ont disparu. La tête du Sauveur couronnée est conservée; on voit aussi la main de Marie passée sous le bras de l’Enfant, ce qui est assez
x. Northcote, 241.
remarquable. Cette sculpture nous paraît appartenir au xiie siècle.