‹ La Sainte ViergeChapitre 909 sur 1187 · SWANSEA · texte numérisé non relu

SWANSEA

Notre-Dame de Penice près Swansea, dans le Glamorganshire, paraît avoir été un des plus fameux sanctuaires d’Angleterre.

TEWKESBUR Y.

William de Malmesbury assure que ce nom du pays est une corruption du mot Theotocosbiria ou curia Dei genitricis. D’autres auteurs prétendent qu’il vient d’un certain ermite appelé Theokus, qui habitait sur les bords de la rivière Severn.

Les deux ducs de Mercie Oddo et Doddo construisirent là un petit monastère près de la Severn, en l’honneur de l’Assomption de Notre- Dame, en 7x5, pour quatre ou cinq moines. Ils moururent selon Leland en 725, leur frère Almaric fut enterré à Deorhurste, dans une petite chapelle opposée à la porte du prieuré ; près de la tombe, au-dessus d’une porte, on avait gravé cette inscription :

Hanc aulam Dodo dux consecrari fecit in Ecoles ia } ad honorent Beatæ Maria virginis Oh amorem fratris sui Almarici.

Cette église possédait une image de Notre-Dame qui eut le rare privilège d’échapper aux coups de la réforme; les magistrats craignirent l’indignation populaire s’ils la détruisaient. Cependant sous le règne de Jacques Ier, le zèle puritain d’un habitant de la ville ne put souffrir plus longtemps la présence de cette relique de l’ancienne religion et il ht une pétition aux magistrats pour qu’ils la lui remissent entre les mains. Lorsqu’il l’eut en sa possession, afin de mieux marquer son mépris pour la sainte image, il l’évida et s’en servit comme d’une auge pour les porcs. Mais on remarqua que tous les porcs qui vinrent s’y désaltérer périrent et que les enfants du fanatique sacrilège devinrent estropiés aveugles ou infirmes de quelque manière. L’ancienne pierre qu’avait remplacée l’image profanée, fut mise au bord d’un puits pour empêcher ceux qui venaient s’y désaltérer de perdre pied. Mais le malheureux, cherchant à passer par ce moyen, sauta maladroitement sur cette pierre et tomba dans le puits, où il se noya. Ces événements arrivèrent en 1625 et furent racontés dans une

CH. XII

ANGLETERRE

THETFORD.

lettre privée au PèreGumppenberg, qui en inséra le récit dans son atlas Marianus *.

THETFORD.

Le concile de 1075 décréta que l’ancien évêché d’Elmham, dans le Norfolk, serait transféré à Thetford, qui possédait déjà une église dédiée à la sainte Vierge. Herfast, prélat normand, désigné pour ce siège, assisté par un pieux chevalier, Roger Bigod, reconstruisit sur une grande échelle l’église, qui devint la cathédrale du diocèse. Le siège, du reste, ne devait pas rester longtemps à Thetford. En 1094, Herbert Losinga le transporta à Norwich, où il est toujours demeuré, et Thetford, l'ancienne capitale du royaume anglais de l’Est, tomba depuis en décadence. Cette désertion paraît avoir inspiré de profonds regrets aux habitants, [quoique Roger Bigod, comme compensation, eût installé une communauté de moines de Cluny dans la cathédrale abandonnée. Ce seigneur par esprit de pénitence avait d’abord voulu entreprendre le pèlerinage de Jérusalem, mais on l’en dissuada et on lui conseilla de consacrer ses aumônes à une fondation pieuse ; c’est alors (en 1104) que Roger établit l’abbaye de Sainte-Marie et qu’il construisit son monastère.

Il semble que ce monastère fut condamné à de perpétuels changements ; le prieur Etienne, trouvant que les bâtiments étaient dominés d’une manière fâcheuse par les maisons de la ville, les repoussa, avec la permission du fondateur, en dehors des murs et sur l’autre bord de la rivière. Le nouveau site fut choisi par le roi Henri Ier, qui tenait alors sa cour à Thetford ; Herbert, évêque de Norwich, commença à creuser les fondations de ses propres mains, puis le prieur et le fondateur, avec les nobles du plus haut rang, apportèrent les premières pierres. Huit jours après cette solennelle fondation, Roger Bigod mourut, et, contrairement à ses intentions écrites, l’évêque

Herbert vint pendant la nuit saisir son corps, pour empêcher les moines de le posséder et l’enterra dans la cathédrale .En 1 1 1 4 les constructions s’achevèrent et les moines s’y installèrent.

Parmi les objets précieux qu’on y transporta, se trouvait une image de la sainte Vierge qui avait orné jadis le maître-autel de la vieille église lorsqu’elle servait de cathédrale ; elle fut également placée sur le grand autel de la nouvelle église. Plus tard, une image d’un meilleur goût ayant été faite, la première fut reléguée dans un endroit obscur; mais comme l’ancienne continuait d’ètre beaucoup plus vénérée, on la remit à la place d’honneur où, sous le nom de Notre-Dame de Thetford, elle ne cessa d’attirer des foules de pèlerins jusqu à la réforme.

Nous trouvons le récit de la légende suivante dans un manuscrit d’un moine de Thetford, John Brame, manuscrit que l’on conserve encore dans le Collège de Corpus-Christi à Cambridge : « Il y avait, dit-il à cette époque, dans la ville un pauvre ouvrier qui demandait incessamment à la sainte Vierge de le délivrer d’une infirmité qui passait pour incurable. Une nuit la sainte Vierge lui apparut et lui dit que, s’il voulait être guéri, il devait aller trouver le prieur du monastère et lui commander en son nom de construire une chapelle au nord du chœur que l’on venait de restaurer. Voyant qu’il ne faisait pas attention à cette recommandation, elle lui apparut une seconde fois et même une troisième pour lui renouveler cet ordre. Enfin elle fut obéie et le prieur commença l’érection d’une chapelle de bois. Mais le singulier messager que s’était choisi la sainte Vierge, l’alla trouver encore et lui dit qu’il fallait un sanctuaire en pierre et lui en désigna l’emplacement. Quelque temps après il revint et, ne trouvant pas le prieur qui s’était absenté de la ville, il se rendit près d’un vieux moine qui habitait la maison depuis plusieurs années et, comme marque du lieu où la première pierre devait être placée, il lui montra l’apparition miraculeuse d’une croix ornée d’or et de pierreries qui brilla pendant deux heures et s’évanouit ensuite.

x. Northcote, 239.

SANCTUAIRES ET IMAGES

« Comme le prieur à son retour ne commençait pas encore, Notre-Dame apparut à une femme de la ville et lui ordonna de rappeler aux moines sa volonté pour la chapelle. Cette femme négligea de remplir la commission. La sainte Vierge revint une autre nuit, la reprit de sa négligence et en même temps lui toucha le bras dont elle perdit aussitôt l'usage. A son réveil, elle courut chez le moine et lui raconta en versant des larmes, ce qui lui était arrivé. Celui-ci lui conseilla d’offrir un bras de cire à la sainte Vierge, ce qu’elle ht et ce qui la guérit de sa paralysie. »

Cette chapelle fut enfin construite; et d’après les ruines qui subsistent, elle ne devait pas être moins grande que le chœur lui-même.

Désirant accroître la dévotion du peuple envers la sainte Vierge, le prieur voulut que la vieille image qui se trouvait près de l'entrée de la chapelle en fut enlevée et repeinte avec soin. Lorsque le peintre se mettait à l’ouvrage, il trouva une plaque d’argent en haut de la tête. Il la montra au prieur et aux religieux, l’ouvrit en leur présence et en retira plusieurs saintes reliques soigneusement enveloppées de plomb, qui avaient été envoyées au prieur Etienne par William, prieur de Merlesham, à la demande de Hugh Bigod et de sir Ralf, moine de Thetford. Toutes ces reliques portaient leurs noms et la plupart provenaient de Jérusalem. Elles consistaient en fragments du Saint-Sépulcre, du tombeau de la sainte Vierge, de la roche du Calvaire, de la robe de pourpre de Notre-Seigneur, de la ceinture de Notre-Dame, de la sainte Crèche, et terre du sépulcre de saint Jean Évangéliste. Elles comprenaient aussi les restes de plusieurs saints. L’image elle- même avait été faite par sir Ralf, déjà religieux, avant le transfert de la cathédrale, qu’il avait à ses frais ornée d’un tabernacle d’or et de pierreries et sanctifiée par les reliques qu’on vient de dire. Dans son zèle pour la sainte Vierge, il avait persuadé la dame Maud de Samundeham de donner au monastère la célèbre madone alors conservée danc le réfec¬

toire. En reconnaissance de tous ces travaux, Ralf eut son anniversaire célébré chaque année aux ides d’octobre.

L’image fut portée dans la nouvelle chapelle ainsi que les reliques qu’elle venait de faire découvrir, les fidèles commencèrent à la vénérer dans sa nouvelle place et à obtenir de nombreuses faveurs qui étendirent la réputation de Notre- Dame de Thetford.

On raconte des prodiges extraordinaires opérés dans ce sanctuaire. Un enfant de Thetford meurt pendant la nuit ; le matin sa mère, le trouvant inanimé, saisit le corps dans ses bras, court à la chapelle et le dépose devant la sainte Image ; elle le ramène vivant. Une autre femme avait perdu la voix à la suite d’une maladie de gorge; comme ses amies la pressaient d'entreprendre un pèlerinage à Notre-Dame de Wulpit dans le Sutfolk, elle témoigne par signes son désir d’aller dans la nouvelle chapelle de Thetford; elle s’y rend, et soudain recouvre la parole; elle se hâte de profiter de ce bienfait pour raconter que la sainte Vierge lui est apparue et lui a touché la langue ; dans sa reconnaissance elle fait vœu d’entretenir toute sa vie un cierge allumé devant l’image.

Un autre miracle digne d’être rapporté est celui de William Keddrich, charpentier à Hokham et de sa femme Isabelle. Au temps de la moisson, ils avaient, selon leur coutume, emmené leur fils, un petit garçon de trois ans. Pendant que sa mère fauchait, l’enfant s’était endormi; bientôt un chariot survient, la roue passe sur la tète du malheureux enfant et le tue sur place. Le père à cette vue le prend et court à la ville chez un médecin qui lui déclare qu’il est mort. Alors, dans leur désespoir, les pauvres parents font vœu d’un pèlerinage à Notre-Dame-de- Thetford et vers minuit la petite victime reprend vie et leure t rendue 1 .

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