Evêque de Kildare
SANCTUAIRES ET IMAGES
L’ermite à son réveil s'étonna de cette vision ; cependant, aussitôt qu’il fut jour, il s'empressa d'aller trouver le seigneur du château qui avait bâti l’église, pour le prévenir de la volonté de la mère de Dieu. Aussitôt celui-ci alla chercher le saint archevêque irlandais, le reçut avec joie et le supplia de faire la consécration. Mais le saint s’excusait en disant qu’il ne pouvait remplir cette mission dans un diocèse étranger. Alors il lui rapporta les paroles de la sainte Vierge et le récit de l’ermite, et le convainquit enfin.
Le lendemain l'église fut consacrée et aussitôt que la messe fut dite et les cérémonies accomplies, le vent changea et lui permit de s’embarquer pour l’Irlande 1.
Une autre fois saint Laurent retournait en Angleterre, il était déjà sur son vaisseau, lorsque plusieurs citoyens de Dublin le rejoignirent pensant échapper à tout danger en faisant voile en sa compagnie. Mais ils n’étaient pas fort éloignés des côtés, qu’une terrible tempête s’éleva et menaça d’engloutir le navire; tous alors s’empressèrent autour du saint, le priant de les délivrer de ce danger. Il les encouragea, les assurant que s'ils suivaient son conseil, aucun d'eux ne périrait. « Vous savez, dit-il, que nous construisons en ce moment à Dublin une église à la mère de Dieu; promettez-lui de consacrer libéralement pour ce travail une portion des biens qu’elle vous a donnés, et moi, de la part de Dieu, je vous promets une mer tranquille et un heureux voyage. Les passagers obéirent et apportèrent leurs aumônes a l'archevêque avec empressement, car le vaisseau était plein de leurs marchandises. Aussitôt le ciel s’éclaircit, la mer se calma et ils arrivèrent sains et saufs au rivage en louant Dieu et son saint serviteur’.
s'-jiary’s-abbey.
On conserve dans l’église des Carmes (Whifriar-Street) à Dublin une ancienne statue de la sainte Vierge avec l’enfant dans les bras; elle est
i. Northcote, 283; Gumppenberg, XII, 191.
demi-nature et taillée en bois de chêne irlandais; malgré la sécheresse du style ce monument gothique ne manque pas de mérite.
Quelques-unes des circonstances auxquelles nous devons sa conservation pourront intéresser le lecteur. Elle ornait primitivement l’abbaye de Sainte-Marie au nord de Dublin, où on venait l’admirer. Cette gloire malheureusement ne dura pas toujours. A la réforme la noble abbaye fut donnée au duc d'Ormond pour en faire ses écuries et la statue condamnée à être brûlée. La moitié seulement ayant été consumée, le reste fut porté dans une campagne des environs où on la transforma en auge à porcs en enterrant la face et en creusant le dos ’. Elle resta dans cette situation jusqu’à ce que la rage des iconoclastes fût apaisée ; alors on la réintégra dans l’humble chapelle paroissiale de Saint-Michan (Mary’s-lane) qui sortait des ruines du grand monastère auquel la statue avait autrefois appartenu.
Elle devait alors courir des dangers plus grands que ceux de la persécution, dangers qui provenaient du mauvais goût des modernes; elle était considérée, excepté par quelques antiquaires, à cette époque, comme un objet de médiocre valeur ; la couronne d’argent qui ornait la tête et qui ressemblait à celle du couronnement de Lambert Simnel, dans l’église du Christ à Dublin, fut vendue comme une vieillerie pour sa valeur métallique etfondue.La statue aurait eu sans doute le sort de sa couronne, si John Spratt, supérieur du couvent oùelle est aujourd’hui, ne l’avait achetée pour une petite somme d’argent. Elle s’élève dans le sanctuaire du côté de l’épître, près du maître-autel.
Nous n’aurions pas à nous occuper de cette statue qui 11e paraît pas du temps que nous étudions, si l’abbaye de Notre-Dame (Saint-Mary’s abbey) où l’on vénérait cette image n’avait été fondée, comme l’on croit, par les Danois vers 950. Cette abbaye, donnée par les Anglais ou Normands
1. Nous avons vu que la statue de Tewskesbury eut précisément le même sort. Celle de Dublin porte encore dans le dos la marque de l’emploi sacrilège qu’on lui donna.
CH. XII
IRLANDE
KELLS.
aux cisterciens dans le cours du xne siècle, subsista jusqu’à la réforme (1550) et voyait dans son église les fidèles se presser aux pieds de la sainte image. On peut donc croire que dans ce sanctuaire dédié à Marie depuis tant de siècles cette statue avait remplacé une image plus ancienne et qu’elle en reproduisait les traits sous le nouveau style. Nous devons ces détails à l’obligeance de monseigneur Woodlock, recteur de l’université catholique de Dublin1.