EMPIRE D’AUTRICHE
orsque saint Boniface, fatigué des travaux de son apostolat et ne songeant plus qu’à la retraite, voulut s’éloigner du siège de Mayence, le pape Zacharie (748) refusa sa démission et l’exhorta avec une tendresse paternelle, à garder ses fonctions, il finit sa lettre en le recommandant à l’intercession de « Marie, la sainte Mère du Rédempteur, toujours Vierge et Notre- Dame ». On saisit par ce souhait la puissance que devait exercer sur l’esprit du saint Apôtre ce nom béni et la confiance que lui inspirait cette tutélaire protection. Nul doute en effet que la sainte Vierge n’ait présidé d’une manière spéciale à la fondation de l’Église d'Allemagne, et qu’elle n'ait aidé saint Boniface, saint Sturme, saint Léobe, à en poser les premières assises. Nous verrons dans la suite de cette notice plusieurs monuments qui remontent à une date carlovingienne et qui nous prouvent une fois de plus que la très-sainte Vierge se trouve toujours dans les rangs les plus avancés des pionniers de la foi.
Si on lit l’histoire de la fondation des monastères de d’Hirsfeld et’de Fulda; si l’on suit saint
Boniface, au milieu de ses courses apostoliques, dans la Thuringe, la Hesse, la Frise, la Saxe et enfin dans la Bavière,, on s’aperçoit que ce titre de pionniers convient littéralement aux premiers apôtres de la foi, et que le champ que la Providence leur offrait à défricher n’était pas moins inculte matériellement, que barbare au point de vue de la religion ou des moeurs. Ne soyons donc pas surpris si nous voyons revêtus d'un caractère byzantin les plus anciennes images chrétiennes. Aux vme et ixe siècles, le monde connu était servilement soumis aux arts grecs, et tout ce qu’on peignait, tout ce qu'on sculptait alors portait l’empreinte de ce règne absolu, de sorte que la foi chrétienne, soit qu’elle fût importée d’Angleterre par saint Boniface, soit qu’elle s'imposât aux Saxons au milieu des massacres de Charlemagne, revêtait dans les représentations sensibles ce style auquel les indigènes barbares ne savaient rien substituer. Nous faisons cette observation pour que le type byzantin ne nous empêche pas de saluer les monuments que nous rencontrerons comme des témoins de l’ancienne popularité de la Madone en Allemagne.
Nous considérons aussi comme une preuve non-seulement de la popularité, mais encore de l’ancienneté du culte de Marie, le grand nombre
CH. XIII. — ALLEMAGNE. — BOHÊME
de pays qui se sont disputé la gloire d’entrer dans sa clientèle; nous citerons entre autres les suivants :
^ugsbourg,
Lubben,
La Bavière,
Marienbourg,
Berg,
Mayence,
Brunswick,
Nordheim,
Clèves et Juliers,
Oldenbourg,
Einbeck,
Paderborn,
Freisingue,
Le Palatinat,
Corvey,
La Poméranie,
Goslar,
Rechheim,
Gœttingue,
Regenstein,
Hambourg,
Spire,
Hameln,
Stettin,
Le Hanovre,
Thorn,
Hatzfeld (les comtes de),
Trêves,
Hernberg,
Würzbourg,
Hildesheim,
Fribourg-en-Bresgau.
Hœxter,
Olmutz, etc.
La limite du xne siècle,
à laquelle nous arrê-
tons ces études, nous montrera en Allemagne les conquêtes de Marie encore incomplètes, ainsi nous ne trouverons aucun souvenir de son culte dans l’ancienne Prusse dont le christianisme ne s’empara définitivement qu’au xive siècle. Malgré ces restrictions nous allons voir devant les monuments que le domaine de Notre- Dame était encore magnifique dans ces régions transrhénanes qui lui appartiendraient toutes aujourd’hui sans l’hérésie du xvie siècle. Commençons cette revue monumentale, en suivant, selon l'habitude, l’ordre alphabétique, et n’oublions pas au milieu d’une nomenclature parfois fastidieuse que rien ne doit nous rebuter pour découvrir sur toutes les routes la trace des pas de notre Mère céleste.