‹ La Sainte Vierge: [Maria Virgo]. 7:e édChapitre 90 sur 110 · I. Saint Matthieu, xxrii, 6i · texte numérisé non relu

I. Saint Matthieu, xxrii, 6i

a, LameQtationt, i, a (hëb.).

lait, d*autant plus mère qu^elle était seule aujour^ d*hui pour veiller sur eux. Dans leurs âmes troublées, elle cherchait à raviver la foi en la résurrection. Dans son âme à elle, cett3 foi très pure au Christ vainqueur de la mort n'avait ni défailli, ni vacillé. Et une des raisons qui semblent lui avoû- fait consacrer spécialement le samedi par la piété chrétienne, c^est qu^elle conserva et ranima dans TÉglise naissante cette foi au Messie, glorieux déjà dans son âme et bientôt ressuscité.

Comment, parmi cette inébranlable et toute prochaine espérance, sa peine était-elle si vive d^avoir perdu Jésus? Mais comment Jésus lui-même, dont Pâme ne perdit jamais la vision béatifiante de Dieu, put-il, durant sa Passion, si cruellement souffrir dans son âme, et y souffrir de la séparation même d'avec Dieu ? La puissance et la sagesse de celui qui tient dans sa main tous les cœurs, et qui possédait ces deux cœurs plus que les autres, explique à la fois ce double mystère. Sans chercher ici à approfondir ce qui concerne la désolation du Christ, c*était la volonté divine que Marie, pendant ces jours, souffrit avec Jésus, qu'elle souffrît, pour toute l'humanité, de ce grand deuil de la mort du Dieu fait homme, et qu'elle en souffrît cruellement. Et, pleinement maîtresse de son esprit et de ses sentiments, la sagesse divine détournait alors la pensée de Marie des visions consolantes, ou faisait que les plus douces vérités ne la consolaient pas. Elle dirigeait, au contraire, ses réflexions et ses souvenirs vers tout ce qui pouvait l'aiBiger, ramenant sans cesse à sa mémoire et à son imagination l'affreuse Passion, dans laquelle son Fils lui avait été enlevé. Toutes les épreuves de ce Fils, dans le passé, lui réapparaissaient, avec

toutes ses souffrances à elle, endurées pour lui et avec lui; — dans Tavenir, elle voyait la séparation qui suivrait bientôt le triomphe du ressuscité ; puis, les combats de TÉglise naissante, l'obstination des Juifs, leur réprobation, la perte des âmes; — et tout, comme il nous arrive à nous-mêmes dans nos désolations, se présentait à elle sous le jour le plus profondément triste et affligeant.

Jésus avait pu souffrir la mort du corps, et il était, alors même, enfermé dans le tombeau. Pourquoi Marie n'aurait-elle pu mourir avec lui par le cœur? Ou plutôt, comment son cœur aurait-il pu ne pas rester enseveli dans la mort, avec le corps de son Fils ? La Passion de Jésus fut Tœuvre d'un amour tel que personne jamais n'en eut au cœur un plus grand ; la compassion de Marie fut aussi l'œuvre d'un amour auquel, après celui de Jésus, nul autre ne fut jamais semblable, c Que celui-là s'étonne, qui oublie que saint Paul compte parmi les plus grandes fautes des païens, celle d'avoir été sans affection. Loin du cœur de Marie un tel reproche ! et qu'il soit loin aussi de l'âme de ses serviteurs * ! »

I. Saint Bernard, sermon sur les douze étoiles ; PL., GLXXXI, «75.

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