BARCA-GA^A
Barca-Gana était un fjrand -prêtre de soixante ans, d'une couleur lortcmcnt olivâtre, dccliarnr, et son œil étincelait sous de longues paupières blanches.
Dernier sectaire d'une tribu errante qui, venue du golfe Persique, s'était établie dans les montagnes inaccessibles de Bournou , Barca-Gana avait apporté les superstitions de sa terre natale ; et, coninuplusieurs sectes des Égyptiens, des Hindous et des Persans, il adorait Dieu dans la créature : la 6 nivelait l'oiseau sacré de ces idolâtres.
Barca-Gana, vêtu d'un bouakan vert qui l'entourait entièrement, avait la tête couverte d'un voile de crêpe orange à fleurs d'or, attaché sur son front avec des bandelettes de pierreries.
II s'approcha du petit coussin où était déposé l'œuf divin, l'œuf de grue : et après plusieurs génuflexions, se mit à chanter, sur un rhylhme monotone et cadencé, les paroles suivantes en langue nialdive :
«Ouvre le sanctuaire; c'est un rayon de la flamme céleste, un atome de sa lumière , une étincelle de son feu.
« Etre choisi par le grand scheik des vallons verts, toi qui fécondes le germe de ton souffle !
« Ouvre le sanctuaire.
« Pour toi seront les lézards sacrés , à écailles bleues, et tu les mangeras. Pour toi seront les dattes remplies de lait et de miel, et tu les mangeras; pour toi seront les couches moelleuses de coton ;
pour toi choisi par le grand scheik des vallons verts, pour féconder le germe divin de ta chaleur.
« Ouvre le sanctuaire.
« Ma tête est ceinte du taïlek, et mes épaules du bouakan : ouvre le sanctuaire. C'est une étincelle du feu divin que tu vas aviver de. ton souffle , toi choisi par le grand scheik des vallons verls. w
Une main invisible tira le rideau qui glissa sur un bambou, et une nappe de clarté resplendissante inonda l'intérieur du temple.
Barca-Gana fut lui-même comme ébloui du spectacle qui s'offrait à sa vue.