‹ La salamandre (volume 3)Chapitre 28 sur 48 · COMBAT · texte numérisé non relu

COMBAT

— Ils ont barré le passage, et la porte est obstruée par des cadavres.

UN ADTRE SOLDAT.

— J'ai la tête brisée, camarades. Au secours! Je n'y vois plus!

Byron, la Métamorphose du Bossu

Quel beau clair de lune il fait ce soir!. U71 danseur à sa danseuse.

Silence ! pas un cri ! car un cri trahit une blessure !

Silence ! on mord en silence quand on est désarmé ; on égorge en silence, l'on tue en silence et l'on tue beaucoup, car le sang arrose le plancher. Mais pas un cri !

Et celte masse ivre, ardente, se croise, s'étend, se tord, se roule, tombe et se relève. Ougles et dents , tout est bon pourvu que le sang vienne à la peau. Mais pas un cri !

COMBAT. l'J.)

iîilcncc! c.vccplé le bruit des ])ieds qui s'aj)puient, lourds, pourluller; le soupir qu'on étouft'e en mourant, le choc du fer, le grincement de deux lames qui se rencontrent sur la même poitrine — car il faisait obscur, une seule lampe restait. — Silence ! on n'entend pas un cri !

Et les fenêtres ayant été ouvertes par les assaillants, envoyait, à la douce clarté delà lune, un riant paysage, des bois d'orangers couverts de fleurs, et lin frais ruisseau qui serpentait argenté au milieu d'une V'asle prairie ; puis les lucioles suspendaient aux lauriers roses leurs pyramides de feux chatoyants, et le Poril chantait de sa voix grêle et sonore.

Les cadavres des blessés commençaient à gêner les combattants. On marchait bien sur ces corps, mais ce point d'appui était faux , on trébuchait souvent; et dans une lutte corps à corps, couteau à couteau, morsure à morsure, tout l'avantage est pour celui qui peut comme ce Provençal se mettre à deux genoux sur son ennemi, et lui dire avec un cruel sourire, avec deux yeux flamboyants, rougxs et fixes :

— Tu es à moi î tiens donc, enfer! voilà mon poignard tout frais pour un autre Français!

Ou comme ce marin qui disait à Ilérode :

— Ma lame est cassée, mais je briserai tes dents avec le manche. Ah! le sens-tu? Je le crois, car tes dents ont serré la poignée comme dans un étau. Gurde-le , va ! je prends la dague. G«jrd;eu ! ie

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luiiiichc c.^t bien nioiiiJlc ! C'csl du sann!.. Oh! que de sanjj !

Et on voyait, à la douce clarlé de ]a lune, un riant paysafje , des bois d'oranf-ers couveiis de fleurs, et un frais ruisseau qui serpentait argenté au milieu d'une verte prairie; puis les lucioles suspendaient aux lauriers roses leurs pyramides de feux chatoyants, et le Poril chantait de sa voix grêle et sonore.

— Enfin te voilà ! cria le Parisien à la reine : depuis un quart-d'heure je te cherche pour venger mon matelot, et te mettre au col l'acier que je le promis, belle femme !

— Tu es jaloux de mes faveurs, pichon ! dit le colosse avec un ricanement de hyène.

— Oui, je veux te loucher au cœur! répondit le Parisien, qui fut d'un bond sur la reine de Saba.

— Oh ! viens mon pichon, que je l'embrasse : je serai bonne catin. Et pour souvenir je porterai ta tête en fanfaronne, murmura le Provençal eu étreignant le Parisien dans ses bras de fer.

Leurs figures se touchaient. Ils restèrent ainsi une seconde , sentant leur souffle s'échapper de leurs narines gonflées.

Tout à coup la reine ouvre les bras en poussant un cri atroce, arraché par la surprise et la douleur.

C'était un mourant qui lui dévorait la jambe.

Le Parisien recula d'un pas, leva son grand couteau, (jui tomba d'aplomb et en sifflant sur la poitrine de la reine, et s'y tntonça jusqu'au manche.

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— Eiilin, j'ai louché Ion cœurl hein ! ma iciiii^? dit lo Parisien en retournant son couteau dans Ja blessure, pour agrandir la plaie.

— Oh oui , tron de l'air! tu m'as touché : mais je te donnerai un dernier baiser d'amour !

Et le Provençal, avec la rage couvulsive d'un mourant, se jeta sur le Parisien et le mordit à la lèvre et à la joue, avec une violence telle que ses dents , traversant les muscles , allèrent froisser les dents du marin. Ils tombèrent tous deux.

Et on voyait, à la douce clarté de la lune, un riant paysage, des bois d'orangers couverts de ileurs , et un frais ruisseau qui serpentait argenté au milieu d'une verte prairie ; puis les lucioles suspendaient aux lauriers roses leurs pyramides de feux chatoyants, et le Poril chantait de sa voix grêle et sonore.

— Le Parisien est mort! crie un flambart.

— Vengeance ! vengeance pour le Parisien !

— Vengeance pour la reine ! crièrent les Provençaux.

Et la mêlée devint plus sanglante, plus profonde. Comme les forces commençaient à s'épuiser, on se mit à blasphémer : rien n'aide comme cela.

Mais les Provençaux étaient en nombre supérieur, protégés d'ailleurs par les habitSj les bonnets de carton qui les déguisaient ; les mateiwts étaient épuisés, eux, par les excès de la veille.

Déjà ils faiblissaient, accablés par la multitude :

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Déjà le succès doublait la force elle couivige des Provençaux ;

Lorsque la voix du Parisien vint ranimer les marins. Il était parvenu à s'arracher des dents de la reine, en laissant la moitié de sa lèvre. Il était couvert de sang.

— Courage ! courage ! Si nous laissons notre peau ici, arrachons- en de la leur, cria-t-il.

Et il se jeta à corps perdu sur Proserpine , en disant :

— Je suis galant, ce soir. Que de maîtresses! El d'un côlé on combattait avec l'acharnement

du désespoir, et de l'autre avec la certitude et la conscience d'une victoire que les marins ne pouvaient disputer longtemps.

C'était une effroyable boucherie. Il y avait du rouge en effet, comme avait dit la reine de Saba.

Et on voyait, à la douce clarté de la lune, un riant paysage , des bois d'orangers couverts de fleurs, et un frais ruisseau qui serpentait argenté au milieu d'une verte prairie ; puis les lucioles sus- ' pendaient aux lauriers roses leurs pyramides de feux chatoyants^ et le Poril chantait de sa voix grêle et sonore.

Mais la voix du Poril, à cet instant, ne résonna pas seule ; un autre son , grêle aussi , mais aigu , mais perçant, mais pénétrant, vint retentir dans le silence de la nuit.

Et ce bruit, s'approchant de plus en plus, devenait de plus en plus vif, étourdissant, expressif.

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On peut le dire, c'était le son d'un silïkt biea connu à bord de la Salamamhp.

El l'on devinait que celui qui en tirait ces bienheureuses modulations courait très fort , car les sonc étaient comme accentués par une marche précipitée.

Et les pas d'une troupe d'hommes résonnèrent sur le gazon.

Et une troupe assez nombreuse de marins, commandés par Paul et Lu Joie, déboucha du bouquet de tilleuls, en criant :

— Courage, enfants ! voici du renfort! En avant les flambarls! en avant la Salamandre /

Et Paul, voyant les échelles encore plantées près du balcon, s'élança suivi de La Joie qui était sur ses talons ; et en une minute tout son monde ayant escaladé le balcon , se précipita dans la grande salle.

11 était temps, je vous le jure !

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CIIAPITKE XVI.

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