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CHAPITRE II

SAUVT - TROPEZ

Tu veux voler, et crains le vertige. Estce nous qui nous sommes jetés à ta tête, ou toi à la nôtre?

Gœthe, Fautt.

Lève-toi, lève-toi, beau soleil de Provence; lève-toi. Déjà l'Elbe se découpe en bleu sur cette nappe resplendissante de claiié dont tu inondes l'horizon... Lève-toi. Viens couvrir d'iui voile de poiupre et de lumière les hautes montagnes de la Corse, et dorer les eaux paresseuses qui baignent le golfe de Fréjus.

tO LA SALAMANDRE

Mais tes rayons ont déjà dissipé les tremblantes et fraîches vapeiu's qui couraient sur la mer pour s'élancer vers toi...

Vers toi, doux soleil, qui nous apportes d'Italie la chaleur et la volupté ! Aussi la Provence vaut l'Italie. Voyez là-bas ces masses verdoyantes, couvertes d'une neige de fleurs à corolles d'or, qui répandent de si doux parfiuns; ces maisons blanches aux toits rouges, ces terrains calcinés. Ne dirait-on pas une villa de Toscane? Et pourtant c'est Kyères, la fertile Hyères, qui aime à voir ses beavLx orangers et ses ravissantes bastides se réfléchir dans les eaux bleues de la Méditerranée.

Oh ! nos Provençales, qui serrent leurs épais cheveux sous les mailles soyeuses d'une résille verte, qui cachent leurs gorges brunes et dorées dans un étroit corset noir à festons rouges... nos Provençales valent bien les Italiennes de l'Arno.

Nos filles de Provence ont aussi le soh leurs danses au bord de la mer, leurs danses vives, animées et lascives. Le soir aussi, quand la hme. argenté les bois de myrtes, la brise embaumée se tait quelquefois pom* laisser bruire d'ardents baisers, de tendi'es frissonnements entrecoupés de silences... qui font rêver et tressaillir.

Mais déjà le soleil, tombant d'aplomb siu* les toits bnms de Saint-Tropez, découpe de lai'ges ombres sur les rochers de quartz, de granit et de porphyre qui encadrent le golfe de Grimaud, à la pointe duquel est creusé ce petit port.

Toutes les facettes brillantes de ces roches de mille coideiu-s s'éclairent tom- à toiu-. Les cassm-es cristaUisées des granactites, des staurides, scintillent, flamboient, étincellent en reflets roses, bleus, verts, nacrés, chatoyants...

Et puis le sable est tellement mêlé de quartz et de mica, que la côte paraît semée d'une poussière d'argent, et sert de franges aux lames transparentes et dorées qui s'y déroulent.

Tranquille et vieux port de Saint-Tropez ' patrie d'un brave amiral, du noble Suffrcn, U ne t^ veste plus de ton ancienne

r,A SALAMANDRE îl

splendexii- que ces deiix toui's, roiigies par un soleil ardent, crevassées, ruine'es, mais parées de Alertes couronnes de lierre et de guirlandes de convoi vulus à fleurs bleues...

Que de fois les sarrasins maudits, bravant la protection des comtes de Provence, ont fait échouer leurs sacolcves au pied de ton môle, leurs sacolèves qu'ils venaient charger de ces jeunes Provençales toujours si recherchées aux bazars de Smyrne et de Tunis!

PamTCs jeunes filles de Saint-Tropez ! pour vous plus d'espoir d'être arrachées à vos familles en plem-s, enlevées pai- quelque maudit pirate, et déposées palpitantes, mais curieuses, sous les riches portiques du palais d'un émir.

Plus d'espoir de quitter vos chaumières de briques, vos nattes de joncs, l'eau salée de la mer, poiu" les bains parfumés sous les sycomores, les tapis de cachemire, et les coupoles élégantes aux peintures mauresques.

Bonnes filles, que je conçois vos naïfs regrets!... Au moins autrefois on attendait avec espoir la saison de l'enlèvement; car enfin, c'était im avenir que cette venue de pirates.

Et toi aussi, l'on peut te plaindre, pauvre port de Saint- Tropez ! car ce ne sont plus de ces fringants navires aux banderoles écarlates qui mouillent dans tes eaux désertes; non, c'est quelquefois un lourd bateau marchand, un maigre mystik; et si, par hasard, une mince goélette, au corsage étroit et serré comme une abeille, vient s'abattre à l'abri de ton môle, tout le bourg est en émoi.

Et, par la sainte couronne de la Vierge! il était en émoi, je vous le jm-e, le 17 juin 181 j, ur le navire qui se balançait dans la rade n'était :

— Ni une tartane aux voiles latines,

— Ni xm both avec ses deux focs légers et flottants comme le fichu d'une femme,

— Ni im dogre avec son hunier immense,

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— Ni une mulette aux sept voiles triangulaires ^

— Ni une gondole vénitienne blanche et or, avec des rideaux de pourpre,

— Ni im /lew qui déploie ses deux vastes antennes comnoe ies ailes du léviathan,

— Ni lui padouan fier de sa voUui-e étagée en daaiier. Ce n'était enfin

— Ni lui prahau-plary de Macassar,

— Ni un balour des îles de la Sonde,

— Ni un piahap du Magellan,

— Ni im gros-bois des Antilles,

— Ni un yacht anglais .

— Ni lui catimarou,

— Ni une hourque,

— Ni une palme,

— Ni une prame,

— Ni xme biscayennCf

— Ni une bécasse,

— Ni un mulet,

— Ni une balancelb,

— Ni une chelingue,

— Ni un champan,

— Ni un houariy ■— Ni un dinga,

— Ni une prague,

— Ni une cague,

— Ni une yole,

— Ni... Enfin, c'était... c^élaiL-.»

'— Là Salauandke !

I A SALAMANDRE tS

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