BONNEFOI, JULIEN
BONNEFOI
i\h ! enlin, les voilj donc partis, et je puis t'embrasi-ei'. [Il se Jette à son cou.) Mon bon Julien... c'est donc bien vrai que tu n'es pas mort.
JULIEN
Comme tu vois.
BONNEFOI
Ils auraient fini par me le faire croire, à force de me le rrpéter.
JtJLTEN.
Le fait est que je l'ai éch^pé belle.
Air : T'oyage , i^oyage.
Après tant Je périls, moi-mome , Je suis surpris d'êire vivant ; Et de pouvoir à ceux que j'aime Prouver que je suis bien portant!
J'ai p ircoiiru l'Afrique, L'Asie et 1 Amérique ; Tu vois que le témoin Rcvifnt de loin. . . '
La fortune est vraiment Un gouffre Où l'on jQ perd on la cherchant ! On est balotté, On est tourmenté j On maudit le sort.
Chacun vous croit mort.
Mais l'espoir est là.
On pense qu'on a Maîtresse, amis, qu'on reverra....
Si tu savais comme cette idée nous soutient... assailli par les lempêtes... les corsaires... la foudre... la mitraille... naufrage', prisonnier, battu, ruiné , bîessé...
On souffre , (bis) mais on ne meurt jamais !
Mais ne pensons plus à tout cela, je suis ressuscité... je suis riche...
BONNEEOI.
Tu as donc fait fortune?...
JULIEN
Je ne pouvais manquer de réussir. N'avaivS-je pas, en qualité de commis-voyageur, emporté avec moi les produits des mariuficlures françaises?
Air : de Polichinelle sans le savoir.
De notre sol et de notre industrie
Les fruits heureux partout sont accueillis ;
Les élrungers aiment notre ])alrie;
De ses travaux ma fortune est le prix.
Le sombre Anglais , malgré sa politique. En enrageant consomme nos produits; De Londre aussi la boaulé romantique Yicnt s'embellir des modes de l'aris..
Tissus cîiarmans, nos légères dentelles Dos bords de rÈbro ;iu Toge, chaque jour. Sous leurs rej^lis, {j;nifc] tissent 1rs belles Et du soleil et dci Icux de l'amour.
Nos draps cites en j^lus d'une contrée tSont rechcrclics par les peu[)Ies germains ; De notre soi»*, «vec art préparée, J^a riche éloiïe habille les Romains.
Des fleurs des champs sr.r]iassant l'élégance, J.a (leur iactice. eu de lointains elinial.s, Tioinpc 1. s veux, et la rose de France Brille en Russie, au milieu des Jrimats.
J'ai retrouvé nos tableaux dans Florence; Aux ni;iiiis (les C.recs, notre 1er meurtrier; !Sos blés au loin vont porter rabondance ; ^os \ins sont bus dans 1 unixcrs entier.
rsous triomphons, aux ri\fs de la Seine, l)j cet email it la Chine apprêté , Et chaque jour, dans notre ])orcclaine Le mandarin au Japon prend son thé.
La Perse en vain contre nous se récrie ;
J'ai vu son roi s'y livier au repos
Sur des tapis de la Savonnerie ,
Et le grand Turc est coiffé d'un Ternaux !
De notre sol et de noire industrie , etc.
Yive la joie cl les amis ! bonsoir aux païens... A propos, <jL ma petite Henriette?
BONNKFOI.
Elle est avec les autres à raiidience... {On entend Henriette pleurer d ins la coulisse.) Mais liens, je l'entends.
JULIEN
Qu'alelle donc? qui peut la dt'solei- ainsi ?
BONNEFOI
Tiens-lui un inîjlani à IVcart , tu vas le savoir.. .
( Julien se retire au fond du théâtre , de manière a n'être point vu d^ Henriette,)
( 3i ^ SCÈNE XIII.
Les Mêmes, HENRIETTE. {Elle entre en pleurant. )
HENRIETTE
Ahl mon Dieu.. . mon Dieu.. . c'est-il avoir du malheur.. •
bonnefoi.
Qu'as- tu donc, moncnflint.. . lu pleures, je crois.. .
HENRIETTE
Il n'y a peut-être pas de quoi... j'hérite.
[Elle sanglotte.) bonnefoi.
Tu hérites !
HENRIETTE
Oui , mon parrain... je suis légataire universelle...
(Ses sanglots redoublent.)
BONNEFOI
Eh bien, c'est ça qui le chagrine... tu peux te vanter qu'il n'y a pas beaucoup d'héritiers dans ton genre...
HENRIETTE
Air : de la dame du château. ( A. daB.J
Vous avez l'cœur de rire , Quand c'pauvr' Julien est mort , C'est lui , s'il faut vous i'dire.
Qui m'iaiss' un si bean sort.
Il faut voir la colère De tous nos chers parens.
Mon l>ieu, qu'ilssont méchants!
Mais, quoique légataire, J'donn'rais tout mon argent Pour le revoir vivant ; De tout son bien je ne veux rien, Je ne voulais que mon Julien.
ENSEBMLE.
BONNEFOI
De tout son l)icn Tu ne veux rien , Tu ne voulais que ton Julien.
JUi lEN , à part.
De tO'-U mon bien Tu ne ^ oux ri» n Tu ne voulais que ton Julien.
Celte bonne Henrielle!..
BON NE FOI
Tu le regrettes donc beaucoup?
IlIiNlllETTE.
Je le crois l)ien... ce qui m'indigne , c'est de Toir que je suis la seule qui le pkure...
JULIE.N , à part.
Elle est cliarraanle !.. je n'y liens plus... ( il s'avance.) Henriette !..
HENRIETTE , le recon naissant.
Que voisje? Julien... est -il possible?
JLLIEN.
Air : C'est moi, c'e5/ mo/( de Lcocadic. ) C'est moi....
HENRIETTE
C'est toi .
JULIEN
C'est moi , que ton cœur attendait,
HENRIETTE
C'est toi , que mon cœur demandait....
Quoi ! c'est toi..
JDf.IEN.
Oui ^ c'est moi.
En allnnt chercher la richesse, L'es|)oir d être a toi me guidait Mon amour seul me commandait.
Mais;» (on Julien ,qni gardait Le cœur de sa jeune maîtresse ?...
HENRIETTE
C'est moi , ( ter. J Et mon cœur t'attendait Oui , c'est toi qu'il demandait...
Sans songer a ton opulence , Mon cœur nie disait, en ce jour. Te croyant perdu sans retour ; Ce prix si doux de ma constance Hélas ! qui me le donnera ?
Enfin qui me consolera ?
JULIEN
C'est moi (ier }
Que ton cœur attendait , C'est moi que ton cœur demandait.
HENRIETTE
C'est toi i^^''-)
Qne mon cœur attendait, C'est toi que mon cœur demandait.
BONNEFOI
Ahîçà, mes enfans, pardon, si je voas interromps.,, vous y reviendrez... mais votre mariage n'est pas encore une chose faite... Henriette dépend de ses parens... Julien , que ton retour soit encore un mystère pour eux.
JULIEN
Mais , à quoi bon?
BONNEFOI
D'après ton testament... ils doivent être furieux contre elle ?
HENRIETTE
Oh I je vous en réponds... ils m'auraient volontiers chassée de l'audience...
BONNEFOI
J'imagine un moyen...
Air : Canon de Berton , des cris de Paris.
Chut... je les entends, Tous vos parens Reviennent ici mecontcns ; Mais en secret J'ai mon projet :
Craignez d'en détruire l'effet.
Je prévois ici leur tapage.
Leur fureur.
Mais , courage , (^/^J
N'ayez pas peur.
JULIEN ET HENRlErTE.
Chut.. . je les entends.
Tous nos parens Reviiinncnt ici mccontens.
La Salle des Pas perdus, a
Un mol pourrait
De son projet Pour nous faire manquer l'effet.
Je prévois ici leur tapage, Leur fureur.
Mais, courage, {his.)
N'ayons pas peur.