‹ La salle des pas perdusChapitre 15 sur 18 · BONNEFOI, JULIEN · texte numérisé non relu

BONNEFOI, JULIEN

BONNEFOI

i\h ! enlin, les voilj donc partis, et je puis t'embrasi-ei'. [Il se Jette à son cou.) Mon bon Julien... c'est donc bien vrai que tu n'es pas mort.

JULIEN

Comme tu vois.

BONNEFOI

Ils auraient fini par me le faire croire, à force de me le rrpéter.

JtJLTEN.

Le fait est que je l'ai éch^pé belle.

Air : T'oyage , i^oyage.

Après tant Je périls, moi-mome , Je suis surpris d'êire vivant ; Et de pouvoir à ceux que j'aime Prouver que je suis bien portant!

J'ai p ircoiiru l'Afrique, L'Asie et 1 Amérique ; Tu vois que le témoin Rcvifnt de loin. . . '

La fortune est vraiment Un gouffre Où l'on jQ perd on la cherchant ! On est balotté, On est tourmenté j On maudit le sort.

Chacun vous croit mort.

Mais l'espoir est là.

On pense qu'on a Maîtresse, amis, qu'on reverra....

Si tu savais comme cette idée nous soutient... assailli par les lempêtes... les corsaires... la foudre... la mitraille... naufrage', prisonnier, battu, ruiné , bîessé...

On souffre , (bis) mais on ne meurt jamais !

Mais ne pensons plus à tout cela, je suis ressuscité... je suis riche...

BONNEEOI.

Tu as donc fait fortune?...

JULIEN

Je ne pouvais manquer de réussir. N'avaivS-je pas, en qualité de commis-voyageur, emporté avec moi les produits des mariuficlures françaises?

Air : de Polichinelle sans le savoir.

De notre sol et de notre industrie

Les fruits heureux partout sont accueillis ;

Les élrungers aiment notre ])alrie;

De ses travaux ma fortune est le prix.

Le sombre Anglais , malgré sa politique. En enrageant consomme nos produits; De Londre aussi la boaulé romantique Yicnt s'embellir des modes de l'aris..

Tissus cîiarmans, nos légères dentelles Dos bords de rÈbro ;iu Toge, chaque jour. Sous leurs rej^lis, {j;nifc] tissent 1rs belles Et du soleil et dci Icux de l'amour.

Nos draps cites en j^lus d'une contrée tSont rechcrclics par les peu[)Ies germains ; De notre soi»*, «vec art préparée, J^a riche éloiïe habille les Romains.

Des fleurs des champs sr.r]iassant l'élégance, J.a (leur iactice. eu de lointains elinial.s, Tioinpc 1. s veux, et la rose de France Brille en Russie, au milieu des Jrimats.

J'ai retrouvé nos tableaux dans Florence; Aux ni;iiiis (les C.recs, notre 1er meurtrier; !Sos blés au loin vont porter rabondance ; ^os \ins sont bus dans 1 unixcrs entier.

rsous triomphons, aux ri\fs de la Seine, l)j cet email it la Chine apprêté , Et chaque jour, dans notre ])orcclaine Le mandarin au Japon prend son thé.

La Perse en vain contre nous se récrie ;

J'ai vu son roi s'y livier au repos

Sur des tapis de la Savonnerie ,

Et le grand Turc est coiffé d'un Ternaux !

De notre sol et de noire industrie , etc.

Yive la joie cl les amis ! bonsoir aux païens... A propos, <jL ma petite Henriette?

BONNKFOI.

Elle est avec les autres à raiidience... {On entend Henriette pleurer d ins la coulisse.) Mais liens, je l'entends.

JULIEN

Qu'alelle donc? qui peut la dt'solei- ainsi ?

BONNEFOI

Tiens-lui un inîjlani à IVcart , tu vas le savoir.. .

( Julien se retire au fond du théâtre , de manière a n'être point vu d^ Henriette,)

( 3i ^ SCÈNE XIII.

Les Mêmes, HENRIETTE. {Elle entre en pleurant. )

HENRIETTE

Ahl mon Dieu.. . mon Dieu.. . c'est-il avoir du malheur.. •

bonnefoi.

Qu'as- tu donc, moncnflint.. . lu pleures, je crois.. .

HENRIETTE

Il n'y a peut-être pas de quoi... j'hérite.

[Elle sanglotte.) bonnefoi.

Tu hérites !

HENRIETTE

Oui , mon parrain... je suis légataire universelle...

(Ses sanglots redoublent.)

BONNEFOI

Eh bien, c'est ça qui le chagrine... tu peux te vanter qu'il n'y a pas beaucoup d'héritiers dans ton genre...

HENRIETTE

Air : de la dame du château. ( A. daB.J

Vous avez l'cœur de rire , Quand c'pauvr' Julien est mort , C'est lui , s'il faut vous i'dire.

Qui m'iaiss' un si bean sort.

Il faut voir la colère De tous nos chers parens.

Mon l>ieu, qu'ilssont méchants!

Mais, quoique légataire, J'donn'rais tout mon argent Pour le revoir vivant ; De tout son bien je ne veux rien, Je ne voulais que mon Julien.

ENSEBMLE.

BONNEFOI

De tout son l)icn Tu ne veux rien , Tu ne voulais que ton Julien.

JUi lEN , à part.

De tO'-U mon bien Tu ne ^ oux ri» n Tu ne voulais que ton Julien.

Celte bonne Henrielle!..

BON NE FOI

Tu le regrettes donc beaucoup?

IlIiNlllETTE.

Je le crois l)ien... ce qui m'indigne , c'est de Toir que je suis la seule qui le pkure...

JULIE.N , à part.

Elle est cliarraanle !.. je n'y liens plus... ( il s'avance.) Henriette !..

HENRIETTE , le recon naissant.

Que voisje? Julien... est -il possible?

JLLIEN.

Air : C'est moi, c'e5/ mo/( de Lcocadic. ) C'est moi....

HENRIETTE

C'est toi .

JULIEN

C'est moi , que ton cœur attendait,

HENRIETTE

C'est toi , que mon cœur demandait....

Quoi ! c'est toi..

JDf.IEN.

Oui ^ c'est moi.

En allnnt chercher la richesse, L'es|)oir d être a toi me guidait Mon amour seul me commandait.

Mais;» (on Julien ,qni gardait Le cœur de sa jeune maîtresse ?...

HENRIETTE

C'est moi , ( ter. J Et mon cœur t'attendait Oui , c'est toi qu'il demandait...

Sans songer a ton opulence , Mon cœur nie disait, en ce jour. Te croyant perdu sans retour ; Ce prix si doux de ma constance Hélas ! qui me le donnera ?

Enfin qui me consolera ?

JULIEN

C'est moi (ier }

Que ton cœur attendait , C'est moi que ton cœur demandait.

HENRIETTE

C'est toi i^^''-)

Qne mon cœur attendait, C'est toi que mon cœur demandait.

BONNEFOI

Ahîçà, mes enfans, pardon, si je voas interromps.,, vous y reviendrez... mais votre mariage n'est pas encore une chose faite... Henriette dépend de ses parens... Julien , que ton retour soit encore un mystère pour eux.

JULIEN

Mais , à quoi bon?

BONNEFOI

D'après ton testament... ils doivent être furieux contre elle ?

HENRIETTE

Oh I je vous en réponds... ils m'auraient volontiers chassée de l'audience...

BONNEFOI

J'imagine un moyen...

Air : Canon de Berton , des cris de Paris.

Chut... je les entends, Tous vos parens Reviennent ici mecontcns ; Mais en secret J'ai mon projet :

Craignez d'en détruire l'effet.

Je prévois ici leur tapage.

Leur fureur.

Mais , courage , (^/^J

N'ayez pas peur.

JULIEN ET HENRlErTE.

Chut.. . je les entends.

Tous nos parens Reviiinncnt ici mccontens.

La Salle des Pas perdus, a

Un mol pourrait

De son projet Pour nous faire manquer l'effet.

Je prévois ici leur tapage, Leur fureur.

Mais, courage, {his.)

N'ayons pas peur.

Page 1