‹ La sandale ailée, 1903-1905Chapitre 6 sur 52 · LA VOIX · texte numérisé non relu

LA VOIX

Je ne veux de personne auprès de ma tristesse Ni même ton cher pas et ton visag-e aimé, Ni ta main indolente et qui d'un doigt caresse Le ruban paresseux et le livre fermé.

Laissez-moi. Que ma porte aujourd'hui reste close; N'ouvrez pas ma fenêtre au vent frais du matin ; Mon cœur est aujourd'hui misérable et morose Et tout me paraît sombre et tout me semble vain.

LA SANDALE AILEJÏ

Ma tristesse me vient de plus loin que moi-même, Elle m'est étrangère et ne m'appartient pas, Et tout homme, qu'il chante ou qu'il rie ou qu'il aime, A son heure l'entend qui lui parle tout bas,

Et quelque chose alors se remue et s'éveille, S'ag-ite, se répand et se lamente en lui, A cette sourde voix qui lui dit à l'oreille Que la fleur de la vie est cendre dans son fruit.

LA SANDALE AILKE 3ï

Page 1