‹ La Saskatchewan: essai de monographie provinciale canadienneChapitre 11 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Flore et Faune Un parallèle ure vers l'endroit où la Rivière du Castor rentre dans la province de Saskatchewan indiquerait assez bien la séparation entre la partie septentrionale, boisée et incomplètement cxplorée, et les régions du sud où règne la prairie. Le nord, avec ses forêts étendues, n'est encore parcouru que par les représentants de la Compagnie de la Baie d'Hudson, quelques trappeurs et prospecteurs. C'est aussi le domaine du gros gibier qui

devient malheureusement de plus en plus rare.

Le sud comprend, au contraire, une vaste plaine ondulée, parsemée de bouquets d'épinettes et de pins, avec de nombreux lacs. Le sol y est d'excellente qualité. Un peu léger dans l'ouest et le sud-ouest, il convient admirablement à l'élevage des bêtes à cornes et des moutons. La « buffalo grass » y est abondante et les vents Chinook tempèrent le climat en hiver. Plus à l'est, le sol est plutôt composé d'épaisse argile où le blé réussit très bien.

Flore

Forêts.:— Les forêts sont particulièrement étendues au nord et à l'est de Prince-Albert, devenu un centre important pour le commerce du bois. Les vastes espaces boisés du nord ne sont pas encore exactement connus. On ervit cependant pouvoir y trouver la matière nécessaire à une florissante industrie du bois de pulpe. Jusqu'à présent, l'exploitation forestière est surtout localisée à Greenbush, Hudson’ Bay Junction et Crooked River. Dans l’extr -nord de la province, les forêts sont de croissance lente, coupées de lac de marécages innombrables, parfois réduites à l'état de simples broussailles; et plus on avance vers les toundras polaires, moins elles renferment de bois marchand. Près du lac La Ronge, poussent des espèces semblables à celles des environs de Prince-Albert et d'aussi bonne qualité. Au-delà, de vastes étendues hoisées, ça et là interrompues par des muskegs, atteignent le lac Reindeer.

Dans les environs de Prince-Albert se trouvent d'immenses étendues Jde conifères : épinette blanche et noire, mélèze ou tamarack, pin jack; et d'arbres à feuillage caduc : tremble ou peuplier blanc, baume ou peuplier noir, bouleau blanc. C'est l'épinette blanche, atteignant souvent un grand diamètre, qui est le plus employée en Saskatchewan pour le bois de charpente. Il y a des troncs qui mesurent de 2 pieds à<30 pouces de diamètre à la base, mais généralement la moyenne sc.lient au-dessous de ces chiffres. L'épinette noire n'atteint pas une grande épaisseur : 7 à 8 pouces pour les arbres ordinaires. Le pin jack se trouve sur les terres légères sæblonneuses ou dans les forêts les

plus anciennes, les arbres ont de 12 à 8 pouces de diamètre à la baso. On l'a surtout exploité jusqu’à présent pour en faire des traverses de chemin de fer.

D'importantes réserves furestitres ont été conslituées en Saskatchewan; elles couvraicnt au i" janvier 1913 une superficie de 599.642 acres (1).

Les plus importantes sont ainsi dénommiées : Porc-Epic n° 2, montagne de l'Original, les Pins, collines du Castor. Trois autres beaucoup plus petites se trouvent situées : deux dans les collines des Cyprès et une au nord de Prince- Alberl. .

Les ‘quantités de bois disponibles dans ces réserves se répartissent à peu près ainsi : (2)

pois de sclage Bels de cudtage

n LAN Cordes Porc-Epic n° 2 ...... Pessrsse nee. M... 50.000.000 500.000 Montagne de l'Original ..,....,..,.,....,...,,,., 5.000.000 130.000 Les Pins .......................,,.4..,,.,,.,. nn n» 50.000 sollines du Castor .......,...,....,.,,,...,.,.,, | »» »n 10.000 Totaux .............., .......... 55.000.000 690.000

Les essences de bois existant en quantités exploitables dans les réserves forestières de la Saskatchewan sont les suivantes :

Peuplier (populus tremuloides) et baumier (pvopulus balsamifera). Le peuplier atteint au maximum de 32 pouces à 5 pieds. La plupart des arbres sains atteignent 15 pouces. Les baumiers ne dépassent pas 34 pouces, tandis que ceux de 18 pouces sains sont les plus nombreux. ° * Epinette blanche (picea canadensis) et épinette noire (picea mariana); existent seulement à la réserve des Pins et du Porc-Epic n° 2. Maximum 48 pouces, dimension des arbres sains, en général, 18 pouces.

Pin (pinus banksiana) à la réserve du Porc-Epic n° 2 et à celle des Pins. Maximum 20 pouces; dimension générale des arbres sains 12 pouces .

Mélèze (larix americana), aux Pins et au Porc-Epic n° 2. Maximum 24 pouces, dimension générale des bois sains 14 pouces,

Baumier (abies balsamea), existe seulement au Porc-Epic n° 2. Maximum 17 pouces; dimension générale des bois sains 10 pouces (2).

Dans les districts du sud, on rencontre aussi bien des arbres de haute futaie, pour la construction et le chauffage, que des broussailles, mais il n'y a pas de grandes forêts comme dans le nord. En certains endroits même, comme N.-D.4d'Auvergne, il n'y a pas d'arbres du tout et on peut regarder à 26 milles à ja ronde sans voir aucun arbuste ni arbrisseau. La caractéristique de cette partie de la province est le bouquet de bois rompant un peu la monotonie de la prairie ou égayant le cours des rivières. .

(1) Map showing disposition 9f lands, Department of the Interior, Canada, january 1"t

(2) Rapport du surintendant de la Sylviculture,°1909.

(3) Rapport du surintendant de la Sylviculture, 1909.

Ye

Les principales espèces représentées sont : l'épinetie blanche et rouge, Île peuplier, le saule, le haume de Giléad, les rosiers en épais buissons, le pin nain, le sapin, le liard, le tremble, l'orrme, l'érable du Manitoba dont on se sert principalement pour les ceintures d'abris autour des fermes, le coton-

nier qui ne donne que des succès relatifs, le frêne assez populaire chez les fermiers.

Pour protéger les richesses immenses des forûts canadiennés, le gouvernement fédéral- a pris d'importantes mesures, notämment depuis 1906. Le coupe du bois et la police des feux ont été mieux réglementées (1), des écoles ont été fondées pour la formation d'ingénieurs forestiers, des réserves ont été établies; on a enfin encouragé les plantations et, pour les provinces des prairies seules, il à été distribué, en 1909, plus de 2.500.000 arbres, venant cn grande partie de la pépinière d'Indian-Head.

Mais les lois et réglements sont difficiles à appliquer sur d'aussi vastes espaces, et il est à craindre que la forêt canadienne ne souffre, longtemps . encore, de l'inattention des mécaniciens n’observant pas les avertissements donnés, de la négligence des chasseurs éteignant mal leurs feux ou secouant inconsidérément les cendres de leurs pipes, enfin des incendies volontaires provoqués par les prospecteurs.

Arbres fruitiers et fleurs. — 11 y a, dans toute la province, une profusion d'arbrisseaux donnant de petits fruits d'excellente qualité : framboises, mûres, groseilles, gadelles, mais l'arboriculture fruitière n'est encore qu'à la période “d'expérimentation. Tous les gros fruits consommés dans la province proviennent de l'Ontario et de la Colombie Britannique. Les fermes expérimentales de Rosthern et d’'Indian-Head font de grands efforts pour développer la production fruitière et, à cette dernière notamment, bn est arrivé à d'excellents résultats pour Îles pommes. Malheureusenænt, les gelées de printemps peuvent avoir un effet désastreux sur Ja floraison des arbres ; c'est ainsi qu'à Indian-Head, en 1911, tout a été détruit. Le printemps avait fait son apparition de bonne heufe, en mars, et les arbres et arbustes fruitiers ayant fleuri avant l'époque ordinaire, les gelées avaient tout emporté ensuite, sauf deux pruniers sauvages à floraison tardive.

À cette ferme expérimentale, on cultive de nombreuses espèces de pommiers et de pruniers.; de même aussi les framboises et les müres, les gadelles noires, rouges et blanches, et les groscilles sont représentées par plusieurs variétés. Enfin, les fleurs et les arbres d'agrément ne sont pas oubliés; les plantes annuelles et vivaces sont cultivées avec succès, et l’on peut ddmirer dans cet endroit charmant où, sur un mille carré, de savants spécialistes font faire de rapides progrès à l'agriculture, les œillets, les scabieuses, - les chrysanthèmes, les tulipes, les dahlias et les roses.

Céréales et autres plantes. — La Saskatchewan est le pays du blé par excellence. Là, où il y à peu d'années, le buffle ‘sauvage foulait l'herbe des prairies, la terre « cassée » par le farmer donne maintenant : d’abundantes

(1) On comptait, malgré cela, en 1910, dans les trois provinces de Ja prairie, 1227 incendies de forêts, dont 184 causées par les chernins de fer. 3

moissons. La glaisc noire, que l'on trouve un peu partout, recouvrant un soussol d'argile, est d'ailleurs un excellent terrain pour toutes les céréales.

La sugotficie ensemencée en hlé en 1912 était de 5.384.092 acres (1) ct don-

nait une production à l'acre de 19,9 boisseaux. ‘ * La plus grande partie du blé cultivé en Saskatchewan appartient à la variété « Red Fife » dont les caractéristiques sont : une paille forte d'une longueur moyenne de 45 à 60 pouces avec des épis de 3 à 4 pouces presque sans barbes; larine de première qualité de couleur crème. D'autres variétés peuvent Ctre plus.hàlives ou donner un meilleur rendement, mais aucune, sauf le « Marquis », n'éeale le Red Fife pour la farine. Les autres variétés cullivées en Saskatchewan portent les noms suivants : White Fife, Club, Marquis, Blue Slern, Preston, Stanley, Huron, Percy, Chelsea.

La culture des grains comprend, avec le blé, l'avoine, l'orge et le lin. Les récoltes de cette dernière plante, cultivée surtout pour Ja. graine, augmentent dans des proportions considérables. .' ?

. La pomme de terre est récoltée un peu‘partout-dans la province, aussi bien dans le sud. que sur les bords de la rivière Churchill .

Le foin de prairie se compose généralement des variétés suivantes : « prairie wool » el à slough » où « marsh »; la fléole des prés ou thimotée entre pour la plus grande partie dans la composition du fourrage domestique.

Le seigle, le trèfle, l'alfalfa et le maïs ne sont cultivés, iusqu'à ce jour, que sur de faibles étendues.

Les plantes potasères viennent bien et donnent d'excellents produits (2). |

De nombreuses plantes parasites, -chardon du Canada, laiteron, herbe puante, etc., nuisent malheureusement à la croissance des céréales. Mais des mesures sévères ont été prises par le gouvernement et les inspecteurs municipaux pour en assurer la destruction.

œ , - Faune :

… Animaux sauvages. — La srl cdnme les autres provinces du Canada, est peuplée de gros et de peti Ti En ce qui G6ncerne spéciale-

ment le gros gibier, presque toutes les espèces quë l'on {rouve maintenant étaient répandues autrefois dans toute l'Amérique du Nord. La marche de la civilisation dans les Etals-Unis d’abord, dans le sud du Canada ensuite, les a repoussés vers le nord, et c'est maintenant sous le cercle polaire qu'il faut aller pour trouver les bœufs musqués, par exemple.

Cependant on voit'le caribou au sud du lac Athabaska, près du lac la Plonge et dans toute la-région des lacs avoisinants: En hiver il séjourne dans les marais arides et gelés où il trouve les lichens qui suffisent à sa nourriture journalière. Dans le district compris entre la rivière Saskatchewan et Ia

(1) The Public Service Monthly, january 1918. ‘ .

(2) Arla ferme d’'Indian-Head, on récolte de nombreuses variétés de pois, navets, betteraves fourragères et comestibles, carottes, asperges, choux, citronnelles, melons, rhubarbe, céleri, choux-fleurs, concombres, oignons, persil, épinards, citrouilles, courges, radis, tomates .laitues, panais, sauge, syriette, poivre, cresson, etc.

Churchill errent d'autres gros animaux : l'élan, le roi de la forêt canadienne, pesant parfois plus de mille livres, le wapiti, le daim qui grossit très rapidement en raison de l'excellence du climat et de l’abondante nourriture qu'il trouve, l'ours noir vivant surtout de fruits et seulement dangereux pour l'homme quand il est blessé, le loup impitoyablement poursuivi par les chasseurs et les fermiers, à cause des destructions qu'il cause autour des habitations.

Dans le sud-ouest on trouve encore le daim et, principalement dans l'ouest, l'antilope qui parèourt les prairies et les collines. Mais dans la moitié méridionale de la province la faune est surtout représentée par du petit gibier +” renards, lapins, lièvres, loutres, martres, zibelines, castors. ,

Parmi les oiseaux, le grouse a de superbes représentants : la poule de prairies, le grouse à collerette, le grous du Canada, le ptarmigan, le grouse des saules. Le gibier d'eau est aussi à profusion dans ces immenses régions de lacs, d'étangs et de marais. Là passent, chaque année, les oiseaux migrateurs qui abandonnent au printemps les terres inondées et les lagunes du sud pour les solitudes du nord où ils établissent leurs nids. On rencontre principalerent : le cygne siffleur, l'oie du Canada, l'oie blanche, le mallard, le canard noir et toutes les variétés de canards et de pluviers, des myriades’ de courlis et d'autres échassiers de moindre importance.

Près des étangs abondent enfin les butors et les hérons et souvent aussi les cormorans, les pélicans, les grues, les foulques, les râles, etc.

Quel paradis pour les chasseurs ! Aussi les compagnies de chemins de far n'ont-elles pas manqué d'attirer les disciples de Saint Hubert dans ces para- Bes. Les Dirt-Hills, à 20 milles environ au sud de Regina, sont un endroit favori pour la chasse des canards, des poules de prairie et des pluviers. Le district entourant le côté sud du lac Buffalo, à 20 milles au nord de Moose Jaw, est particulièrement recherché pour les oies, au moment où elles reviennent de leur séjour d'été au cercle arctique, en septembre et octobre.

Pour protéger le gibier et éviter le dépeuplement, d'importantes mesures ont été prises : le nombre des animaux qu'il est permis de tuer est limité; il y a des saisons de chasse pour chaque gibier; des droits sont exigibles pour les licences et permis ; enfin la vente et l'exportation sont strictement réglementées. ”

Bétail et autres animaux domestiques. — ‘Le sud-ouest de la Saskatchewan est une des meilleures régions d'élevage de la Puissance. Les hêtes à cornes et les chevaux y vivent dehors presque out l'hiver et l'herbe des prairies suffit à leur nourriture. Mais d’autres partiés de la province sont aussi très propices à l'élevage. Il y avait, en 1911, 281.297 vaches laitières et 546. 205 autres bêtes à cornes.

Une puissante organisation, la « Live stock association », s'efforce d'aider très sérieusement les éleveurs; une foire d'hiver tenue à Regina, est, chaque année, un véritable succès pour la vente des animaux gras et des taureaux.

Dans les districts de l’est et du nord-est, où abondent l’eau, l’herbe et les bouqüets d'arbres dans la prairie, se développe l’industrie laitière.

Les chape étaient en 1911 au ‘nombre de 574972. Le gouvernement, parf le Stallion Enrolement Act, encourage beaucoup les

fermiers à éleven de belles races. Les Clydesdales viennent en tête, puis ensuite les Percherons. Il y a aussi quelques Shires’ Suffolk-Punch et purs sangs, mais ils sont peu nombreux si on les compare aux deux premières races. L'élevage du cheval a fait de rapides progrès ces derniäres années et promet de se développer encore plus dans l'avenir.

En 1911 on comptait 125.072 moutons. Il y a quelques troupeaux de race pure où sont représentés les Leicester, les Shropshire et les Oxford. Quelques fermiers gardent ou font garder leurs troupeaux, en raison de la difficulté de les préserver autrement contre les attaques des loups et des coyoîtes. Dans les ranches il y a, comme en Alberta, des troupeaux variant de 2.000 à 4. 000 individus où dominent surtout les mérinos.

Les porcs sont élevés pour la consommation locale; il y en avait 333.218 dans toute la province en 1911. Ils ne font l'objet d'aucune industrie et l'on est forcé de faire venir de Winnipeg tous les produits venant de cet animal, spécialement le bacon.

Mentionnons enfin l'élevage des poules {dont le nombre était de 4. 643. 858 en 1911) qui réussit très bien et l'apiculture qui n'en est encore qu'à ses débuts.

Cette simple revue des animaux domestiques laisse entrevoir que le « mixed farming-» pourra être pratiqué, de plus en plus, avec succès et rein-

placer avantageusement ou tout au moins tempérer la culture exclusive du blé.

Poissons. — Le poisson abonde partout dans les innombrables lacs de la Saskatchewan, sauf, bien entendu, dans ceux qui sont trop fortement a lins. Si la province est le paradis des chasseurs, c'est aussi la terre d'élection des pêcheurs. Ces derniers ont l'avantage de trouver, en même temps, ce qu’ils aiment souvent autant que le poisson, de riantes prairies, des val-

- lées paisibles et l'âpre beauté des grandes forêts. Dans ce pays de cocagne ils | prennent, en grandes quantités, toutes les espèces de truites, depuis le délicat

petit poisson de ruisseau d'une demi-livre jusqu'à la truite grise géante des lacs qui pèse parfois 30 ou 40 livres, le brochet et le brocheton, désespoir du

pêcheur peu expérimenté, en raison de leur voracité, l'esturgeon, le tullibée, le poisson blanc et les autres petites espèces.

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