‹ La science au point de vue philosophiqueChapitre 4 sur 70 · Voyez au reste, dans ce volume, p. 424 et suivantes · texte numérisé non relu

Voyez au reste, dans ce volume, p. 424 et suivantes

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déYeloppement successif dans Thistoire, et leur complexité croissante selon les échelons hiérarchiques.

Ce recueil, tel qu*ilest disposé, est la mise en pratique, autant que les objets traités la comportent, de la classification des sciences selon le principe de la philosophie positive. Quelques-uns des morceaux ont été écrits avant que j'appartinsse à cette philosophie; mais ils n'en ont pas moins trouvé place dans le comparthnent qui, d'avance, leur était dévolu.

Comme le développement successif des sciences, d'après leur hiérarchie, pénètre profondément dans l'histoire générale, il est bon d'écarter quelques anomalies apparentes dans cette série si importante, quand on veut apprécier la marche de la civilisation et l'avenir de l'humanité.

Une de ces anomalies apparentes se trouve dans la formation de la chimie. Le moyen âge, bien long^ temps avant la physique, eut des travaux chimiques que l'on dénommait alchimie. Cette alchimie, toute chimérique qu'elle était dans ses principes et ses théories, ne laissa pas de faire d'heureuses trou<« vailles : par exemple l'eau-de-vie, le vitriol , le phosphore. Mais ce n'étaient, en effet, que des trouvailles qui n'apprenaient rien sur les lois mêmes de la combinaison et de la décombinaison des corps simples. Ces lois font la chimie, lui ouvrent la porte des découvertes, et n'ont été déterminées que dans la seconde moitié du xvm* siècle , par Lavoisier et ses contemporains.

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Une seconde anomalie apparente, peut-être encore plus marquée, appartient à la biologie. Ni la chose ni le nom ne furent d'abord connus ; mais très-anciennement on en étudia des fragments : les médecins observèrent les maladies ; Âristote décrivit les animaux et leurs parties ;Théopliraste composa un traité sur les plantes ; Ërasistrate, Hérophile , Galion pénétrèrent avant dans Tanatomie. Cela dura trèslongtemps et sans que personne entrevît une liaison entre les parties des animaux^ la botanique et les maladies. Il en existait une pourtant, et elle gisait dans l'attribution des propriétés irréductibles de nutrition, de motilité et de sensibilité à des éléments anatomiques irréductibles aussi. Cette attribution * fut accomplie au commencement de notre siècle.

On écarte ce qu'ont d'apparent ces anomalies , quand on détermine exactement ce qu'est la constitution d'une science. Il faut bien distinguer dans une science ses rudiments et sa constitution. Elle est rudimentaire quand elle n'a encore que des faits isolés ou des systèmes fictifs ; elle est constituée quand elle a reconnu son objet et sa méthode propres. Cette constitution définitive ne s'est faite pour chacune qu'après la science ou les sciences qui précèdent dans l'ordre hiérarchique; c'est l'histoire qui en témoigne. A partir de ce point, chaque science entre en son évolution. C'est dans le cours de cette évolution qu'elles deviennent tributaires les unes des autres sans aucun égard à l'époque successive de leur constitution ; elles sont

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alors interdépendantes, selon Theureuse expression de M. Herbert Spencer, qui eut le tort de vouloir substituer l'interdépendance à l'arrangement hiérarchique. Voyez, du reste, ma discussion sur cet objet dans Auguste Comte et la Philosophie positive^ 11,6.

Ce m'est une occasion de revenir sur un point où j'ai insuffisamment défendu M. Comte contre une objection de M. Herbert Spencer*. M. Comte place Tastronomie avant la physique, et il se fonde sur ce fait que, géométriquement, l'astronomie était réellement positive depuis l'école d'Alexandrie, tandis que la physique ne l'est devenue qu'à partir des découvertes de Galilée. Son contradicteur oppose que, géométriquement, l'astronomie n'a aucune précédeuce sur la physique terrestre ; que la géométrie, dès qu'elle fut constituée, s'appliqua également aux choses de la terre et aux choses du ciel ; et que l'as* tronomie n'était pas plus positive dans son aspect géométrique que la mesure des angles, triangles, cercles et polygones qu'on avait sur la terre. J'eus, dans le temps, très-grand tort d'accepter cette objection^; elle n'est pas valable. Sans doute la mesure

1. Auguste Comte et la Philosophie positive^ p. 288 et 293, l«f« édition.

2. Voy., t^., p. 294, comment, par une considération indirecte, Je conservai la série. Âujourd'tiui cela ne me sufût plus, et j'aperçois ce que J'aurais dû répondre ; mais il a'est jamais trop tard de se corriger et de défendre une doctrine aussi importante que la aérie des sciences*

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angles, des triangles, des cercles, est la même la terre que dans le ciel; mais, dans le ciel, cette <ure détermine les saisons, établit la précession des iooies, crée la gnomoniqtie et procure la prévisioa éclipses ; ce qui est une science. Rien de pareil la terre, oii la géométrie ne produit que des me- :s d'angles, de triangles et de cercles, sans autre utissement que l'arpentage, qui n'est qu'un art. Teur de M. Herbert Spencer est d'avoir considéré mesures en elles-mêmes seulement, sans tenir ipte de ce qu'elles enfantent, transportées à l'obi^ation des corps célestes. Il estdonc vrai qu'il y eut '. astronomie positive bien longtemps avant qu'il j une physique positive. La physique n'est devenue itivequeparrintroductiondel'élémentmécanique; suffi h. l'astronomie, pour le devenir, de l'élément métrique. L'histoire et M. Comte ont raison, lans cette même discussion ', je disais : « Chaque lience supérieure (les mathématiques et l'astronolie géométrique étant mises à part) se constitue par n résidu que laissent les sciences inférieures et a'elles n'expliquentpas,Là,dan3ce résidu, sont les latériaux de la constitution future de la science qui ientaprès.Quandlaphysiqueaépuîsé les propriétés ui lui incombent, il reste les propriétés d'af&nité loléculaire; mais, avant cet épuisement, nul ne But dire si l'af&nité moléculaire ne dépend pas de

. Auguitt Comte tl la Philoiophie poiiiiue, p. 301.

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« quelque propriété physique inconpue ou mal con- « nue ; après Tépuisement, le doute a disparu et la « chimie surgit. Même jugement pour la biologie : Cl la chimie achève de s'instituer, et alors apparaissent, c( dans leur inexplicabilité^ les phénomènes vitaux >iils « sont le résidu de la chimie, comme la chimie elle- <c même était le résidu de la physique ; à ce point, la <c biologie se constitue et se superpose au tronçon a scientifique tel qu'il existait. » A cela j'ajoute aujourd'hui que c'est des résidus de la biologie, c'ést-àdire de maints phénomènes qu'on ne sait comment classer dans l'anthropologie, que la sociologie commence à se former. M. Comte l'a fondée; depuis lui, on a des idées précises sur la loi de l'histoire, la direction du progrès, la marche de la civilisation, le but de l'humanité.

Ainsi les sciences, depuis les mathématiques jusqu'à la sociologie, forment une hiérarchie où les rangs n'ont jamais été intervertis et ne peuvent pas l'être. Tout est compris là dedans : les nombres, la connaissance des corps célestes, les propriétés physiques de la matière, les combinaisons moléculaires qu'elle affecte, la vie qui s'y développe sous la forme de substance organisée, et les phénomènes qui se passent dans les sociétés et la civilisation. Dès qu'on tient cette série dans la grandeur régulière de son ordre ascendant, on est aussitôt sur les hauts sujets du savoir humain.

Ce n'est pourtant pas avec l'impression d'une or-

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gueilleuse satisfaction que j'ai voulu laisser mon lecteur. J'ai terminé ce volume par l'exposé des hypothèses cosmogoniques relatives à l'univers, au monde, à la terre, aux espèces \ivantes. Rien n'est plus propre à faire toucher à l'esprit humain les bornes qui le renferment. Dès qu'il tente de parvenir à ce qu'exprime ce mot ambitieux de cosmogonie, il franchit les uns après les autres maints degrés prodigieux ; mais, quelque vaste espace qu'il parcoure ainsi, quel* ^; que immensité qu'il traverse, d'autres immensités

s'ouvrent à perte de vue; et il revient résigné à ignorer, mais assez fortifié par ce qu'il sait pour aspirer indéfiniment à savoir davantage.

Fëvriet iSλ.

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