Hypothèse cosmogonique par rapport à la terre
La cosmogonie de la terre emprunte les faits qui l'appuient à deux ordres d'études : les études astronomiques et les études physiques.
Au point de vue astronomique, la formation de la terre n'est qu'un événement particulier dans la constitution de notre monde, selon l'hypothèse deLaplacequi vient d'être exposée. Par le progrès du refroidissement, le solejj^ qui avait cédé les particules composant Neptune, Uranus, Saturne, Jupiter et Mars, céda celles qui devaient former notre globe. « Nos astres, dit Auguste Comte *, étant une fois détachés de la masse solaire, ont pu ensuite devenir liquides et finalement solides par le progrès continu de leur propre refroidissement, sans être affectés des nouvelles variations que l'atmosphère et la rotation du soleil ont pu éprouver. Mais l'irrégularité de ce refroidissement et l'inégale densité des diverses parties de chaque astre ont dû naturellement, pendant ces transformations, changer presque toujours la forme annulaire primitive, qui n'aurait
1 . Cours de Philosophie positive, t. II, 27* leçon. 3. Cours de Philosophie positive^ t. II, 27« leçon»
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subsisté sans altération que dans le seul cas des singu« liers satellites dont Saturne est immédiatement entouré. Le plus souvent, la prépondérance d'une por* tien de la zone gazeuse a dû réunir graduellement, par voie d'absorption, autour de ce noyau^ la masse entière de Tanneau; et l'astre a pris une figure sphéroï* dique, avec un mouvement de rotation dirigé dans le même sens que la translation, à cause de Texcès de vitesse nécessaire des molécules supérieures à l'égard des inférieures. »
Je n'ai pas besoin de rappeler ici que la terre satisfait à toutes les conditions qui ont suggéré Thypothèse de Laplace : la révolution d'occident en orient, la faible excentricité de son orbite, et le peu d'écartement où son plan de translation est par rapport au plan de l'équateur solaire. Ce sont là des données astronomiques. Les données physiques leur apportent un concours inattendu puisqu'il vient d'une source toute différente, et singulièrement confirmatif. A la différence des autres planètes soustraites à nos vérifications, le globe terrestre peut être étudié par nous, et fournir des témoignages, soit pour, soit contre Phypothèse astronomique. S'ils sont contre, on l'abandonnera; s'ils sont pour, elle sera fortifiée par une coïncidence où, moins que partout ailleurs, il est impossible de soupçonner rien de fortuit ou d'accidentel.
Les deux points que suppose l'hypothèse, c'est que la terre ait été fluide, et qu'elle ait été incandescente. La terre est un globe qui tourne sur lui-même avec vélocité; des observations de la dernière exactitude ont montré qu'il est aplati à ses pôles et renflé à son équa* teur. La géométrie, interrogée sur la cause de cette con* figuration, a répondu que nécessairement le globe avait été fluide, et elle s'est tue, comme cela devait
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être, sur la cause de cette fluidité. Hais, à son tour, la physique a reconnu que le globe terrestre avait pu être fluide soit par Teau, soit par le feu.
L'eau est, sur le globe terrestre, en très-petite quantité par rapport aux parties solides. A la température moyenne de 43 degrés, qui est celle qu'elle possède, elle est incapable, en la supposant même aiguisée de puissants dissolvants, de fluidifier, je ne dis pas la terre, mais à peine un cinquante-millième de la terre. L'eau est donc exclue.
Reste le feu. Puisque la fluidité ne peut dépendre que du feu ou de l'eau, et que l'eau n'est pas en quantité suffisante pour remplir cet office, l'alternative est imposée logiquement. Mais ces impossibilités logiques, quelque force qu'elles possèdent, gagnent infiniment à être soutenues par des réalités effectives. Les réalités ne font pas défaut. A mesure que Ton creuse le sol et qu'on, s'y enfonce, la température croît de un degré pour 26 à 30 mètres de profondeur. Les eaux thermales et les puits artésiens confirment le fait d'une chaleur intérieure; et les volcans mêmes et les tremblements montrent que l'incandescence n'est pas bien loin audessous de la croûte qui nous supporte. De son côté, la paléontologie atteste que, dans les âges géologiques, une plus haute température a régné sur la surface de la terre. Ainsi les traces positives d'une immense chaleur sont partout subsistantes; et c'est par le feu qu'est satisfaite la condition de fluidité imposée par la géométrie à la terre, vu sa configuration.
11 est sensible combien ces observations faites dans notre planète et, si je puis dire ainsi, sur les lieux, ajoutent de force à l'hypothèse cosmogonique de Laplace et à celle qui concerne l'univers des étoiles. On r^-monte de proche en proche, des planètes au soleil
et du soleil aux autres soleils, qui ont même apparence et rnênie constitution. On n'est plus effrayé des hardiesses de la théorie, et Ton se confie plus facilement à des déductions qui ont un point de départ solide et des échelons bien marqués.