SCÈNE DEUXIÈME
MICHELINE
Je préviens Monsieur que son chocolat se refroidit. (Bas, en grommelant.) II sera détestable !
MONTGOLFIER, s'asseyant.
Bah ! du chocolat froid, c'est une crème, ma bonne Micheline!... (Il mange.) Et une crème excellente !... (AGolombet.i Maintenant, un conseil, Colombet ! Ne cherche pas à lutter contre le vent, avec un ballon... Tu t'y casserais la tête... et le nez!
MICHELINE, lai présentant la Gazette et les lunettes.
Monsieur, la Gazette.
MONTGOLFIER, prenant le journal et les lunettes.
Après mon chocolat, ma Gazette ? C'est comme à Annonay !
MICHELINE
Oh ! non, Monsiejr, ce n'est pas comme à Annonay. A Annonay, Monsieur prenait son chocolat au lait, et le lait venait de sa belle vache noire. Il mangeait des tartines, Monsieur ; et sur les tartines, il y avait du beurre, battu exprès pour Monsieur. .. Monsieur avait sa bonne robe de chambre, et posait ses pieds sur les chenets ! . .. Tandis qu'ici, Monsieur prend son chocolat à l'eau, avec du pain... Et Monsieur est déjà sorti I. .. Et Monsieur a crotté ses souliers à boucles !. .. Oh ! pourquoi Monsieur a-t-il quitté 1 1 papeterie, où nous étions si heureux ?
MONTGOLFIER
Il me tarde autant qu'à toi de retourner à la papeterie, ma bonne Micheline ; mais c'est l'Académie des Sciences qui m'a invité h me rendre à Paris, pour lui montrer mes petites expériences d'Annonay, et j'ai dû me conformer à son désir. J'espère, cependant, que mon séjour ici ne sera pas trop long. Je l'abrégerai, d'ailleurs, le plus possible, je t'assure. *
COLOMBET, se frappant le front.
Ah 1 patron!... patron!... cette fois, j'ai trouvé!
MONTGOLFIER
Quoi donc ?
COLOMBET
La direction des ballons !... J'attacherai au ballon de grandes rames, qui, au lieu de s'agiter daus l'eau, s'agiteront dans l'air... comme çà!...
Il lui fait le geste de ramer.
MONTGOLFIER, haussant les épaules.
Ah ! mon pauvre Colombet !.. .
COLOMBET
Vous haussez les épaules ?
MONTGOLFIER, fait un signe affirmatif.
Oui, oui, mon ami, je hausse les épaules.
COLOMBET, soupirant.
Ah !
MONTGOLFIER, (il se lève).
Mais pourquoi diable t'obstiner à vouloir diriger